
Visiter le 19e arrondissement de Paris
Du 19e arrondissement, je ne connaissais, avant de commencer ma visite, que le parc des Buttes Chaumont avant de commencer ma visite. J’apprendrai plus tard que j’ai déjà visité la Cité des Sciences et de l’Industrie il y a longtemps. Et j’ai déjà entendu parler du Zénith de Paris, mais n’y suis jamais allé. La découverte du 19e arrondissement est donc totale pour moi et je ne sais pas du tout ce que je vais y trouver. Je feuillette quelques guides et remarque des zones de campagne et le grand parc de la Villette. Rien d’extraordinaire, mais le 17e arrondissement paraissait encore plus vide et nous y avons découvert des endroits sympathiques ! C’est parti pour la découverte du 19e arrondissement !
Un peu d’histoire
L’existence d’un village correspondant à la Villette est attestée à la fin du XIIe siècle. Il se trouve alors autour du pressoir de la Léproserie de Saint-Lazare. Au siècle suivant, la population commence à s’étendre sur les terrains correspondant aujourd’hui à ceux de l’avenue de Flandre. Plusieurs congrégations religieuses s’installent, ainsi que plusieurs moulins sur la butte Chaumont. Les derniers combats avant la libération de Paris durant la guerre de Cent-Ans ravagent les lieux. Les cultures telles que le blé et l’orge dominent le paysage. On trouve aussi quelques arpents de vignes jusqu’au tout début du XIXe siècle.
Comme dans d’autres faubourgs de Paris, le territoire de l’actuel 19e arrondissement voit arriver, au XVIIIe siècle, des guinguettes. Les Parisiens sortent de la ville. Ils viennent y boire du vin et faire la fête chez des vignerons qui trouvent ainsi un bon débouché pour leurs produits. A la veille de la Révolution, Claude-Nicolas Ledoux construit une nouvelle barrière d’octroi. Cette barrière ne parvient pas à complètement arrêter la contrebande. Cependant, elle provoque du mécontentement, à une période qui va devenir explosive. Le 12 juillet 1789, trois cents personnes incendient la barrière de Belleville. L’octroi est rétabli en 1798. Plusieurs Parisiens ont profité de la vente des biens nationaux pour acheter à Belleville.
Les trois paroisses du territoire deviennent une unique commune : la Villette. Napoléon Ier y fait aménager le bassin de la Villette, qui s’inscrit dans un réseau de canaux, en reliant le canal Saint-Martin et le canal de l’Ourcq. Ces nouvelles voies de navigation vont faciliter le développement de l’industrie et apporter de l’eau aux Parisiens. De nombreux entrepôts voient le jour, ainsi que des ateliers de transformation des matières premières.
Au XIXe siècle, la population croît rapidement. Ainsi, le nombre d’habitants de la Villette passe de 1582 en 1817 à 12180 en 1847. La population ouvrière se révolte et prend une part active à la révolution de juillet, en 1848. Mais ils sont frappés par la crise économique qui entraîne la fermeture de nombreux ateliers. En 1860, l’agrandissement de Paris rassemble la commune de la Villette et le nord de Belleville pour former le 19e arrondissement. Cet arrondissement accueille de nombreux expropriés à la suite des aménagements du baron Haussmann. Mais cet agrandissement n’est pas en faveur des communes de la Villette et de Belleville, qui voient les prix augmenter à cause des taxes d’octroi, et le prix de l’immobilier stagner. En effet, les habitants espéraient vendre leur bien à des nouveaux bourgeois installés ici, mais ceux-ci ont préféré les quartiers à l’ouest de Paris, mieux aménagés et plus riches.
L’aménagement affecte aussi le 19e arrondissement. Au nord-est, on met en place les abattoirs généraux et on aménage le parc des Buttes Chaumont. Mais il est durement touché par les combats de la Commune de Paris (du 18 mars 1871 au 28 mai 1871). Au début du XXe siècle, le 19e arrondissement est le plus pauvre de Paris. De nombreux ouvriers sont employés dans des raffineries, des usines (distillerie, chaudières…), ou dans des ateliers comme celui qui fabrique des pianos Erard. Plusieurs vagues d’immigrations voient s’installer dans le 19e arrondissement des Grecs, des Arméniens, des Italiens, des Maghrébins, des Yougoslaves…
Le 19e arrondissement se transforme à partir des années 1960, notamment autour de l’avenue de Flandre. Et en 1991, le parc de la Villette est aménagé. Puis au début du XXIe siècle, les entrepôts Mac Donald sont convertis en bureaux et habitations.
Au sud du 19e arrondissement
Autour de la rue de Belleville
Autour de l’arrêt des Pyrénées
Et ça y est, nous sommes proches des Buttes Chaumont qui culminent à 80 mètres, et donc l’arrêt de métro s’appelle Pyrénées ! Ils exagèrent toujours à Paris, comme avec la Montagne Sainte-Geneviève. Ou alors, ils ne sont jamais allés à la montagne !
Euh, excusez-moi, mon cousin qui vient de la campagne s’est emparé de mon clavier. Et il adore dire du mal de Paris, je ne sais pas pourquoi ! Bon, ce n’est pas tout, mais ça ne nous apprend pas l’origine de ce nom. A vrai dire, je n’ai rien trouvé de particulier… Et nous n’allons même pas mettre les pieds dans la rue des Pyrénées. Par conséquent, je propose que nous passions à la suite. Nous commençons plutôt avec la rue de Belleville, en direction du sud-ouest. Nous tournons à droite rue de Rébeval, une rue où se trouvait une source d’eau minérale vendue sous l’appellation “eau d’Atlas”. Décidément… Au numéro 80, l’Ecole des ingénieurs de la ville de Paris occupe une ancienne usine de jouets, construite en 1922. Un bâtiment où les briques rouges entourent de hautes fenêtres.
Nous tournons à droite, rue de l’Equerre, qui nous mène à l’avenue Simon Bolivar. A gauche, au numéro 27, un médaillon en bas-relief indique l’année de construction de cet immeuble haussmannien : 1887. A droite, l’avenue Simon Bolivar nous ramène à la station Pyrénées. Nous tournons alors à gauche, rue de Belleville. L’autre côté de la rue nous amènerait dans le vingtième arrondissement.
Au 117, rue de Belleville, on peut voir un bel immeuble en briques présentant un bas-relief en bronze. Alors qu’une station souterraine de la ligne de la Petite Ceinture devait initialement se trouver là, la fondation Rothschild fait construire un ensemble de logements sociaux en 1904. Cet ensemble d’HBM organisés autour d’une cour centrale ouverte applique les principes hygiénistes, comme ceux mis en place par l’architecte Augustin Rey, qui participe à l’étude préalable aux travaux.

Portrait : Augustin Rey, né en 1864 et mort en 1934, a d’abord participé à la construction du magasin du Printemps, après être passé par l’Ecole des Beaux-Arts. Il a construit plusieurs églises protestantes à Paris, comme l’église luthérienne du Bon-Secours dans le 11e arrondissement ou l’église luthérienne Saint-Paul de Montmartre. Vainqueur du concours de la Fondation Rothschild en 1905, il participe ainsi à la construction de trois premiers ensembles de logements sociaux rue du Marché-Popincourt (11e arrondissement), rue de Prague (12e arrondissement) et ici, rue de Belleville. A partir de 1910, il se consacre à des études sur l’hygiène et l’urbanisme, intervient lors de conférences et participe à des expositions. Il ne réalise probablement plus de construction à partir de cette année-là.
La rue de la Villette nous mène devant un autre immeuble de style Art déco, au 8 rue Fessart. Celui-ci ne devait pas être un HBM : il a en effet bien peu de briques, mais surtout de la pierre de taille qui se trouve sous les auvents. Des mascarons ornent le bas des deux bow-windows, dont six représentant deux familles sous celui à l’angle de la rue !

Le Plateau
Continuer rue de la Villette puis tourner à gauche, rue Carducci, qui mène au Plateau, au 22 rue des Alouettes. Cet espace consacré à l’art contemporain occupe d’anciens studios Gaumont. Le visiteur peut y découvrir des expositions d’art contemporain. C’est assez petit donc les visites sont assez rapides. Lors de mon passage, tout le monde pouvait participer en créant des petites sculptures en argile. Il semblerait qu’il y ait des sculpteurs en devenir à Paris !
De retour sur la rue Fessart, que nous prenons en direction de l’est, nous tournons à droite pour arriver devant l’église Saint Jean-Baptiste de Belleville.
L’église Saint Jean-Baptiste de Belleville
En 1543, les habitants de Belleville obtiennent la construction d’une chapelle dans leur village, puis d’une première église en 1635. Jusqu’en 1802, c’était un vicaire de l’église Saint-Merri (4e arrondissement !) qui faisait le déplacement pour officier dans l’église Saint-Jean Baptiste de Belleville ! L’architecte Jean-Baptiste Lassus construit un nouvel édifice, plus grand, entre 1854 et 1859, dans un style néogothique.
Portrait : Jean-Baptiste Lassus, né en 1807 et mort en 1857, est le premier architecte à étudier les monuments et les écrits du Moyen-Âge afin de les restaurer les monuments avec plus d’exactitude. Il intervient ainsi sur plusieurs chantiers en tant qu’architecte restaurateur : la Sainte-Chapelle, l’église Saint-Séverin, l’église Saint-Germain l’Auxerrois et la cathédrale Notre-Dame, pour ce qui concerne Paris. A Nantes, il construit l’église Saint Nicolas. C’est l’un des premiers édifices néo-gothiques de France, construit entre 1844 et 1869. Un style que Jean-Baptiste Lassus participera grandement à répandre dans les arts décoratifs.

Pour la construction de l’église Saint Jean-Baptiste de Belleville, il met en place une grande nef à arcades brisées ainsi que des voûtes avec des croisées d’ogives. Pour éclairer le tout, mais aussi apporter un peu de couleur, les maîtres verriers Louis-Charles Steinheil et Auguste de Martel réalisent des vitraux représentant des scènes de l’Ancien Testament, de la vie de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, en vrais pastiches de vitraux d’églises gothiques.
D’autres éléments décoratifs complètent les vitraux : des culots en forme de visages, au niveau des colonnes (les sculptures les plus impressionnantes sont celles du tympan), ainsi que des fresques peintes dans les transepts.
Nous continuons notre promenade rue de Belleville, en direction de l’est. Au numéro 151 se cache la Cité du Palais Royal de Belleville, une allée avec des maisons basses. Je n’ai malheureusement jamais vu l’entrée ouverte. Tournons ensuite à gauche, rue des Fêtes.
Autour de la place des Fêtes
La rue des Fêtes
Au numéro 7 se trouve un immeuble de style Art nouveau en briques. Avec l’immeuble du 8, rue Fessart, il permet de bien comparer les deux styles. En effet, les deux immeubles en briques (même si celui du 8 rue Fessart est majoritairement en pierre de taille), permettent de constater la présence de bas-reliefs végétaux sur le premier, absents sur le second, des auvents sur les deux, mais surtout une forme différente de bow-windows, qui sont arrondis ici, contrairement à l’immeuble du 8 rue Fessart. Au numéro 11, on trouve un hôtel particulier datant du XVIIIe siècle, avec des mascarons. Un modèle assez rare d’habitation comparé aux autres rencontrés durant cette promenade !

Le numéro 13 est un autre accès à la Cité du Palais Royal de Belleville. On y trouve une petite allée bien verte avec des petites maisons. L’entrée est là aussi fermée, mais y venir lors des journées “ateliers ouverts” de Belleville permettrait d’y accéder. A l’angle de la rue des Fêtes et de la rue Petitot se trouvent les bains-douches Petitot, en briques, datant de 1935, encore en usage aujourd’hui. Nous tournons à droite et continuons dans la rue Augustin Thierry. Remarquons la grande peinture sur l’immeuble à droite. Le parc devant lequel nous arrivons ensuite est le parc du Regard de la Lanterne.
Le regard de la Lanterne
Cette petite construction en pierre qui se trouve dans le jardin est un regard du réseau hydrique de Belleville, dont il reste plusieurs exemplaires dans le vingtième arrondissement. Un regard permet l’accès aux canalisations d’un réseau hydrique. Celui-ci date de la fin du XVIe siècle ou début du XVIIe siècle. Il servait de regard principal au grand aqueduc de Belleville. Etant donné que cet aqueduc est situé en profondeur, le regard renferme un escalier permettant d’y accéder.

La rue Augustin Thierry laisse sa place à la rue Henri Ribière, les deux traversant une cité. Nous tournons à droite, rue Jean Quarré, puis à gauche, rue du docteur Potain. Au numéro 27, nous pouvons voir un ensemble d’immeubles en briques, une autre cité mais datant du début du XXe siècle, donc quelques décennies avant la précédente. Les immeubles tout en briques sont décorés avec des briques de différentes couleurs et d’une mosaïque indiquant le local du gardien. Les bow-windows offrent des jardins à certains locataires.

Les bâtiments s’étendent jusqu’à la rue des Bois, que nous prenons à droite pour tourner tout de suite à droite, rue Emile Desvaux.
Les rues Emile Desvaux et Paul de Kock
Ces deux rues sont loties à la fin des années 1920, à l’emplacement d’un ancien parc. Elles sont constituées de constructions basses et de maisons. Les plantes s’y trouvant lui donnent une ambiance un peu campagnarde, loin des hauts immeubles précédents (et pourtant situés à quelques mètres de là). Elles présentent divers styles architecturaux et décors, par exemple le numéro 34, rue Paul de Kock, a une grande baie vitrée sous laquelle se trouve une mosaïque représentant un ange.




Des immeubles du XXe siècle et l’église Notre-Dame de Fatima
La rue Emile Desvaux débouche sur la rue de Romainville, que nous prenons sur la gauche. Nous tournons ensuite de nouveau à gauche, rue de l’Orme, dont le nom témoigne de la présence ici d’une ancienne forêt (à noter la rue des Bois non loin). Parmi les immeubles Art déco de la rue, celui au 16 rue de l’Orme est sûrement le plus impressionnant. En briques grises avec quelques décors rouges, il présente à chaque angle un bas-relief représentant un double médaillon avec un navire. On retrouve le même motif sur le médaillon au-dessus de l’entrée donnant accès à la cour centrale.
A droite, la rue des Bois nous mène devant l’église Notre-Dame de Fatima.
L’histoire de l’église Notre-Dame de Fatima Marie Médiatrice commence comme celle de la basilique Sainte-Jeanne-d’Arc, que nous avons vue lors de notre visite du 18e arrondissement. Le cardinal Suhard, en 1944, promet de faire construire une église à la Vierge Marie si elle sauve Paris de la destruction par les Allemands. Ainsi, entre 1951 et 1954, l’architecte Henri Vidal fait construire cette église. Un quartier d’habitation était même prévu tout autour de l’église. Mais finalement, la présence du périphérique n’attire pas les foules et seule l’église voit le jour. Elle ferme en 1974 et rouvre en 1988 et accueille maintenant la communauté portugaise de Paris.
La façade d’entrée est encadrée par un campanile de 58 mètres de haut à gauche et d’une petite tour à droite. A l’intérieur, une imitation d’un dallage de pierres recouvre le béton ayant servi à la construction des murs. De hauts mais étroits vitraux non figuratifs se trouvent sur chacun des murs. Ils n’offrent malheureusement pas beaucoup d’éclairage pour admirer les statues très réalistes se trouvant à l’intérieur de l’église.

En sortant de l’église, à droite, nous suivons le tramway pour arriver devant l’entrée du parc de la Butte du Chapeau Rouge.
Un air de campagne dans le quartier d’Amérique
Le parc de la Butte du Chapeau Rouge
Quel drôle de nom ! Le parc de la Butte du Chapeau Rouge le tient d’une ancienne guinguette qui se trouvait là. Alors que des travaux d’aménagements bâtissent des logements sociaux aux alentours dans les années 1920, la zone du parc de la Butte du Chapeau Rouge échappe à toute construction. En 1939, l’architecte Léon Azéma, qui a participé à la construction du palais de Chaillot, dans le 16e arrondissement, aménage sur ce terrain d’anciennes carrières de gypses un parc de 4.7 hectares dans un style néoclassique. On y trouve un square de style Art déco, une fontaine avec la sculpture d’Eve face à l’entrée, une statue représentant l’enfance de Bacchus, ainsi qu’une vue sur le nord-est de Paris.

Sortons du parc par le boulevard d’Algérie, tournons à droite rue Alphonse Aulard puis à droite, rue de la Mouzaïa.
Le quartier de la Mouzaïa
Le quartier de la Mouzaïa est un ensemble de petits chemins avec des maisons basses. Elles se trouvent autour d’un parcours qui commence dans la rue Mouzaïa, continue rue Liberté, passe par la rue du Général Brunet et se termine par la rue Miguel Hidalgo. C’est un endroit qui se prête bien aux découvertes impromptues et je vous laisse donc le soin de sélectionner votre villa préférée. Je présenterai dans cette partie ces villas en général, ainsi que l’église Saint-François d’Assise.
Les villas du quartier de la Mouzaïa
Sur ce terrains d’anciennes carrières, un plâtrier et conseiller municipal de Belleville crée la Société des marchés au chevaux et au fourrages de Paris en 1875. Il devait ainsi y avoir ici un marché aux chevaux ! Mais les affaires ne décollent pas et il ferme en 1879. L’instabilité du terrain, due aux galeries des anciennes carrières, limite la construction des maisons à un rez-de-chaussée et un étage. L’architecte Paul Fouquiau, principal protagoniste des constructions, profite de prêts à taux réduits pour la construction d’habitations à bon marché, qui va s’étendre des années 1880 aux années 1920. Car oui, toutes ces petites maisons étaient à l’origine des logements ouvriers ! De ce que j’ai vu, aucune maison ne se distingue en termes d’architecture mais elles ont chacune un style différent.





Une découverte insolite à quelques centaines de mètres de grandes tours d’un tout autre style !
De mon côté, j’ai terminé la visite de ce quartier avec la maison bleue au 13 rue Miguel Hidalgo et la maison de campagne en briques du numéro 17.


L’église Saint-François d’Assise
Alors que la population du quartier est en pleine expansion, les frères Paul et Augustin Courcoux construisent une église entre 1914 et 1926. Entre-temps, les travaux sont interrompus au déclenchement de la Première Guerre mondiale et reprennent en 1919. Pour commémorer les sept cents ans de la création du Tiers-Ordre de saint François, l’église est dédiée à saint François d’Assise. Les architectes donnent ainsi à l’édifice une apparence franciscaine. Cette apparence très sobre est rompue à l’intérieur par la grande mosaïque des ateliers Mauméjean et la fresque de Charles Bouleau.


L’église cumule plusieurs styles : byzantin pour la mosaïque, roman pour les fresques, Art déco pour l’autel et l’escalier de la tribune d’orgue… Deux couleurs dominent : le blanc des murs et le marron foncé du toit, qui n’est pas de la charpente en bois mais une imitation en béton armé ! Les couleurs sont apportées par la mosaïque et les fresques, mais aussi par les vitraux, œuvres des ateliers Mauméjean.
Un détour architectural au début du XXe siècle
De la place Rhin et Danube, vous pouvez prendre la rue David d’Angers en direction de l’ouest pour atteindre la prochaine destination. Mais je propose ici un détour avec quelques découvertes que j’ai faites par hasard lors de l’une de mes promenades en préparant cet article. J’ai continué tout droit, rue du Général Brunet puis ai tourné à gauche, boulevard Sérurier. On y trouve plusieurs immeubles en briques rouges, typiques des HBM des années 1920. Je signalerais tout particulièrement l’immeuble au numéro 110 dont la cour intérieure est fermée d’une grande baie vitrée de style Art déco. L’immeuble aux numéros 112, 116 et 118 est un exemple représentatif de cette partie du boulevard.

Tournons ensuite à gauche rue Manin. Un autre exemple de construction en brique se trouve au numéro 42 de cette rue, avec une école aux murs couverts de briques colorées. Celles-ci forment des rayures oranges et rouges sur tout le long du bâtiment. Nous tournons ensuite à droite, rue d’Hautpoul.
Autour du parc des Buttes Chaumont
L’église Sainte Colette des Buttes Chaumont
Depuis la rue d’Hautpoul, nous tournons à gauche, allée Darius Milhaud. On pourrait presque prendre l’entrée de l’église Sainte Colette, sur la gauche, pour l’entrée d’un immeuble d’habitation. Elle se trouve en effet au rez-de-chaussée d’un immeuble. Cette église, construite en 1992 par Thaddée et Yolande Nowak, voit donc le jour à une époque où les fidèles sont bien moins nombreux à se rendre à la messe et, surtout, à faire des donations pour construire de nouvelles églises. L’église Sainte-Colette a donc un côté sobre pour des raisons économiques. Ainsi, elle n’a pas nécessité la construction de son propre bâtiment. Pour la même raison, l’intérieur est dépouillé de presque toute ornementation. On y trouve une statue de sainte Colette, une statue de la Vierge, une icône représentant une Vierge à l’enfant et c’est tout !
La rue d’Hautpoul nous mène dans l’avenue Jean Jaurès.
L’avenue Jean-Jaurès
Le musée des Compagnons Charpentiers des Devoirs du tour de France
Le musée des Compagnons Charpentiers des Devoirs du Tour de France se cache à l’arrière d’un restaurant, au 161, avenue Jean Jaurès. Il présente les réalisations des Compagnons pour l’Exposition universelle de 1900, et aussi pour d’autres occasions.
Les Compagnons du Tour de France sont de grands artisans, dont le but est de s’élever par le travail. Ils rassemblent des ouvriers au talent reconnu. Ils étudient pendant trois ans puis partent cinq à sept ans faire un tour de France, afin de parfaire leurs études. A l’issue de celles-ci, ils présentent une œuvre pour démontrer le savoir-faire qu’ils ont acquis. Leurs compétences sont reconnues et c’est ainsi que l’État fait appel à eux pour restaurer les plus grands monuments français.
Le gymnase Jean-Jaurès
Ce gymnase s’appelait à l’origine gymnase d’Allemagne et se trouvait rue d’Allemagne. La Première Guerre mondiale passant par là, il fallut leur trouver un nouveau nom ! Ce sera celui de Jean Jaurès, qui milita à la fin de sa vie pour empêcher la Grande Guerre. Entre autres, mais nous sommes là pour parler du gymnase. Ce gymnase possède une architecture intéressante, déjà à l’extérieur avec ses briques et ses grandes vitres, mais aussi à l’intérieur. Il est en effet possible d’y admirer son architecture métallique, aussi visible à l’extérieur au niveau des vitres. Elle provient d’une ancienne ferme métallique provenant de la galerie des Machines de l’Exposition universelle de 1878.
En face du gymnase débute la rue de Laumière, que nous empruntons pour tourner tout de suite à droite, rue de Meaux.
L’église Notre-Dame de l’Assomption des Buttes Chaumont
En 1960, l’architecte Denis Honegger débute la construction d’une église dans un quartier en plein développement, grâce à l’arrivée d’ouvriers travaillant dans le quartier, notamment les abattoirs de la Villette. Après avoir construit plusieurs ensembles d’immeubles, il est maintenant temps d’offrir aux habitants un lieu de culte. Avec son clocher, l’église Notre-Dame de l’Assomption des Buttes Chaumont est plus visible que l’église Sainte Colette. Si elle ne se confond pas avec un immeuble d’habitation, son intérieur se confondrait volontiers avec un amphithéâtre !
De la couleur est apportée par les vitraux modernes disposés autour de l’entrée et dans la chapelle des Fonts baptismaux. Mais ce sont surtout le blanc du grand plafond et le marron clair des bancs qui dominent.

Nous continuons notre promenade dans la rue de Meaux puis tournons à gauche, rue Armand Carrel. Nous arrivons devant le parc des Buttes Chaumont, mais avant d’aller s’y promener, faisons un petit tour, en commençant par la mairie du 19e arrondissement, que nous voyons sur la gauche.
La mairie du 19e arrondissement
La mairie du 19e arrondissement est un édifice éclectique construit par l’architecte Gabriel Davioud de 1876 à 1878. La façade présente une belle symétrie, un corps principal constitué d’une entrée encadrée de quatre colonnes, une grande fenêtre encadrée par deux ensembles de deux colonnes autour d’une statue. Les deux ailes, identiques, utilisent la pierre et la brique rouge, rappelant le style du XVIIe siècle, et présentant des fenêtres classiques avec des mascarons.
Allons maintenant dans la rue Meynadier.
Des secrets architecturaux à l’ombre dans la rue Meynadier
La rue Meynadier, à l’ombre des arbres qui se trouvent sur toute sa longueur, est un bon endroit pour voir de belles façades, pour la plupart haussmanniennes. L’immeuble au numéro 4 est de style Art nouveau. Il se distingue avec une sorte de griffon au-dessus de la porte d’entrée, des visages de femmes ailées et des bas-reliefs courbés.

Une fois arrivée au niveau de la rue de Crimée, il faut lever les yeux pour repérer un autre élément insolite. Traversez la rue de Crimée et regardez vers la rue Meynadier. Regardez le bâtiment à l’angle côté droit. Vous pouvez voir deux atlantes au travail. En effet, ces deux ouvriers du bâtiment travaillent le balcon du dessus : l’un utilise un burin tandis que l’autre applique du ciment. On ne connaît malheureusement pas le sculpteur auteur de cette œuvre, ni le sens de la lettre B sculptée entre les deux travailleurs.

Dos à la rue Meynadier cette fois, nous nous engageons dans la rue de Crimée à droite.
L’église Saint-Serge de Radogène
Au numéro 93 de la rue de Crimée se trouve un autre lieu insolite du 19e arrondissement. Alors que cette portion de rue semble totalement banal, la grille donne accès à un espace à l’ombre d’arbres, sous lesquels se trouve une église orthodoxe russe. Nous voilà arrivés en pleine Sibérie, mais avec une température bien plus clémente !
Une église est d’abord construite en 1861 pour une communauté d’ouvriers allemands. C’est alors une église protestante luthérienne. Mais en 1914, la Première Guerre mondiale éclate et les ouvriers allemands sont priés de quitter les lieux. Vous vous en doutez bien, ils n’emportent pas l’église avec eux jusqu’en Allemagne. Mais dix ans plus tard, c’est une autre communauté qui rachète cette église maintenant désaffectée : des russes fuyant la révolution bolchevique. Ceux-ci aménagent l’église selon leurs convenances, notamment ils lui offrent des décorations, manquantes dans le culte protestant.
C’est ainsi que nous pouvons découvrir rue de Crimée l’église Saint-Serge de Radogène et ses fresques avec de nombreuses icônes. Un intérieur en bois qui lui donne une apparence de chalet. Sûrement l’endroit le plus insolite du 19e arrondissement !

La rue de Crimée passe au niveau du parc des Buttes Chaumont que nous voyons à droite.
Le parc des Buttes Chaumont
Tout comme la Butte Montmartre, la Butte Chaumont possède un sous-sol riche en gypse. A cause de cela, le “chauve mont” est impropre à la culture. Non loin de là, Paris est une ville qui se développe. Au XIVe siècle, les ruelles étroites sont propices à la propagation d’incendies. Le roi Philippe le Bel oblige donc les parisiens à couvrir leurs murs de plâtre, protégeant du feu. Le plâtre s’obtenant en faisant chauffer du gypse, voilà les buttes du nord de Paris assaillies par les mineurs qui vont sortir de là les pierres qui serviront à bâtir la ville.
Cinq siècles plus tard, le gypse s’épuise et d’innombrables galeries parcourent le sous-sol des Buttes Chaumont. Les équarisseurs de chevaux remplacent les mineurs : on dépèce les chevaux et on laisse la carcasse au fond des galeries, ni vu ni connu. Enfin, si : l’odeur est pestilentielle. Alors que le baron Haussmann aménage Paris, les Buttes Chaumont se transforment.
Adolphe Alphand aménage, de 1864 à 1867, un parc de 24.73 hectares. Pour ce faire, il s’entoure du paysagiste Edouard André, de l’architecte Gabriel Davioud pour le bâti, d’Eugène Belgrand pour le réseau hydraulique du parc et du jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps. Ce grand jardin à l’anglaise présente une forte dénivelée : jusqu’à 40 mètres ! Certaines parties vont ainsi pouvoir s’inspirer des paysages alpins. Le travail est colossal, si bien qu’un millier d’ouvriers œuvrent au terrassement du terrain, dont les matériaux déblayés sont transportés par des chevaux, mais aussi par une voie ferrée mobile !

Au centre du parc se trouve un lac avec un promontoire rocheux sur lequel un belvédère domine les environs. Gustave Eiffel réalise une passerelle métallique suspendue pour permettre aux promeneurs d’atteindre l’île.
Les promeneurs sont des gens de la haute société, mais aussi des ouvriers, qui commencent à avoir leur dimanche de libre. Ils peuvent ainsi se promener au milieu d’espèces variées d’arbres et découvrir le lac, une cascade et une grotte. Plusieurs de ces arbres sont aujourd’hui plus que centenaires. J’ai vu deux énormes platanes !
Pour la suite de la visite, on sort du parc au sud-ouest, direction avenue Mathurin-Moreau.
Du parc des Buttes Chaumont à la Villette
L’hôpital Fondation Adolphe de Rothschild
L’avenue Mathurin-Moreau débute juste à gauche de l’hôpital de la Fondation Adolphe de Rothschild, reconnaissable à son imposant bâtiment couvert de briques, construit entre 1902 et 1905 comme l’indiquent les deux dates au-dessus de l’horloge. A sa mort, le baron Adolphe de Rothschild demande dans son testament la construction de cet hôpital ophtalmologique à ses frais et le dote d’une rente lui permettant d’assurer son fonctionnement et des soins gratuits pour tous.
Nous descendons dans l’avenue Mathurin Moreau et à gauche, la rue Georges Lardennois mène à la butte Bergeyre.
La Butte Bergeyre
Tout comme les Buttes Chaumont, la Butte Bergeyre est un lieu d’extraction de gypse et son sous-sol regorge de carrières. Au début du XXe siècle, on y trouve un parc d’attractions et des lieux de spectacles. En août 1918, on inaugure un stade de rugby qui prend le nom du joueur Robert Bergeyre, mort durant la guerre lors du jour le plus meurtrier de l’histoire française : le 22 août 1914 (27000 morts). Mais à cause du sol instable, il faut souvent effectuer des travaux de consolidation, ce qui coûte cher. Les terrains sont alors vendus en lots et de petits immeubles et maisons sont construits à la fin des années 1920.
Les rues en pavés renforcent l’ambiance campagnarde qui règne sur la Butte Bergeyre. Mais c’est surtout le jardin qui en est responsable. Un jardin partagé se trouve en effet sur la Butte Bergeyre, ainsi qu’une parcelle de vignes. L’absence d’habitation à cet endroit laisse une vue dégagée sur Montmartre.





De retour sur l’avenue Mathurin-Moreau, nous tournons à droite, rue Simon Bolivar.
L’église Saint Georges de la Villette
Au numéro 112-114 se trouve l’église Saint-Georges de la Villette. La construction de cet édifice néo-roman débute en 1873 avec l’architecte Louis-Pierre Chauvet et se termine en 1880 avec Alfred Coulomb. Elle tient son patronyme en l’honneur de l’archevêque de Paris, Georges Darboy, fusillé par les Communards durant la Semaine sanglante.
Les vitraux figuratifs représentent des scènes telles que la résurrection. Ils ne laissent que peu entrer la lumière, ce qui fait que l’intérieur est très sombre. L’intérieur est peu décoré, si ce n’est des motifs colorés dans les chapelles. L’église dispose de deux orgues, l’un d’eux se trouvant derrière le maître-autel. Plusieurs représentations de saint Georges terrassant le dragon se cachent dans l’église : une statue, un motif sur le pupitre ou encore un bas-reliefs sur le tympan, où il est à cheval.

Retournons dans l’avenue Mathurin-Moreau.
La cité rouge
Au numéro 20, nous pouvons voir un ensemble d’HBM construits à la toute fin des années 1920 par l’architecte Charles Heubès. Je pense que je n’ai pas besoin de vous expliquer pourquoi on appelle cette résidence la cité rouge ! Des briques d’autres couleurs et du béton permettent de rompre avec la couleur dominante. D’autres couleurs, telles que le bleu, qui se trouvent aussi dans les colonnes autour des portes d’entrées. Bien que ces logements se veulent économiques, l’architecte a tout de même réalisé des éléments de décor à peu de frais. On regrettera cependant le remplacement des portes d’origine par des portes tout à fait quelconque. Une belle découverte !

Une fois arrivés sur la place du colonel Fabien, où se trouve le siège du Parti Communiste, dont nous avons déjà parlé lors de notre visite du 11e arrondissement, nous prenons le boulevard de la Villette jusqu’à la rotonde de la Villette.
Promenade dans le quartier de la Villette
Et le quartier du Pont-de-Flandre, qui se trouve au nord !
Du bassin de la Villette à l’avenue de Flandre
La rotonde de la Villette

Ce n’est pas la première rotonde de la barrière d’octroi du mur des Fermiers généraux que nous voyons à Paris (souvenez-vous, près de la place Denfert-Rochereau). Construite par Claude Nicolas Ledoux dans un style Louis XVI, s’inspirant de l’Antiquité classique et de l’architecture italienne palladienne, la rotonde de la Villette accueillait les bureaux des contrôleurs et des gardes. Elle échappe à la destruction du mur des Fermiers généraux mais sera tout de même incendiée pendant la Commune. Elle survivra aussi au passage de la ligne 2 du métro. La rotonde de la Villette abrite maintenant un restaurant et des bureaux.
Notez que les boulevards de la capitale trahissent l’ancienne présence d’un mur d’enceinte. Et la rotonde de la Villette se trouve justement sur le boulevard de la Villette.
Le bassin de la Villette
Le bassin de la Villette relie le canal Saint-Martin au canal Saint-Denis et au canal de l’Ourcq. Aménagé en 1808, ses abords constituent un lieu de promenade. Mais au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, ils accueillent plutôt des dépôts de marchandise. Les anciens magasins généraux se trouvaient au bord du canal, aujourd’hui transformés en hôtel. Dorénavant, c’est une extension de Paris plage, qui occupe le quai de la Seine, et les promeneurs sont de retour.

Le bassin de la Villette permettait de remplir le canal Saint Martin et le canal Saint Denis pour permettre la navigation. Mais il servait aussi de source d’eau potable pour les parisiens.
Le pont de Crimée
Au nord du bassin de la Villette, le dernier pont levant de Paris traverse l’étendue d’eau. Construit en 1885 en métal, le pont se soulève grâce à un fonctionnement hydraulique lors du passage d’un bateau. Les piétons peuvent alors emprunter la passerelle surélevée qui se trouve juste à côté.
Traversons le pont pour visiter l’église Saint-Jacques-Saint-Christophe.
L’église Saint-Jacques Saint-Christophe

La construction de cette église est décidée sous la Restauration, alors que le village agricole de la Villette connaît un fort développement. Elle se trouve sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, à l’emplacement d’une ancienne église du XIVe siècle. L’architecte Paul-Eugène Lequeux (auteur de l’église de Notre-Dame de Clignancourt, dans le 18e arrondissement) construit, entre 1841 et 1844, une église de style néoclassique, un style commun lors de la période de la Restauration, qui s’inspire des basiliques antiques.
En plus de l’antiquité romaine, l’église Saint-Jacques-Saint-Christophe s’inspire également des églises italiennes avec sa façade, son baptistère et son bénitier, tous deux de style Renaissance. Elle renferme également une très belle chaire en marbre avec un bas-relief représentant la Présentation du Christ aux nations de la Terre.
L’église a fait l’objet d’un réaménagement en 1930, qui a remplacé son clocher par les deux tours actuelles, et a agrandi son chœur, dont les fresques datent de cette période. Les vitraux du chœur datent de 1920 et représentent des personnages, tandis que les autres se contentent de formes géométriques.
Nous continuons sur la rue de Crimée et tournons à gauche, avenue de Flandre.
L’avenue de Flandre
L’avenue de Flandre tient son nom du fait qu’elle faisait partie de la voie romaine reliant Lutèce à la Flandre. C’était ensuite la rue principale de la Villette. Elle a été un terrain pour des expériences architecturales au cours des années 1970. On a ainsi vu sortir de terre des ensembles dont les Orgues de Flandre sont l’une des réalisations les plus complètes. Cet ensemble de logements sociaux construits de 1973 à 1980 par l’architecte Martin van Treeck à la place d’une cité ouvrière de 1850 se compose de tours à gradins renversés. Je trouve que ça pose question en termes de luminosité pour les appartements qui se trouvent aux étages « renversés »… Au milieu des deux bâtiments mitoyens de l’avenue de Flandre, subsiste une porte de l’ancienne cité ouvrière subsiste.

Quel contraste avec l’immeuble d’en face, au numéro 72, avec ses bow-windows arrondis et datant de la fin du XIXe siècle !

Un cimetière juif portugais
Plus loin, au niveau du 44 de l’avenue Flandre se trouve un immeuble complètement banal. Mais derrière se cache un cimetière juif portugais. Au XVIIe siècle, les juifs n’avaient pas le droit d’être enterrés dans les cimetières. En 1691, le propriétaire de l’auberge située ici leur donna l’autorisation, moyennant finance, d’enterrer leurs morts dans le jardin de son auberge. Un peu moins d’un siècle plus tard, une communauté juive séfarade rachète deux jardins mitoyens pour former le présent cimetière. Il servit jusqu’en 1810, année durant laquelle Napoléon ouvrit les cimetières à la communauté juive.
Pour visiter le cimetière, il faut vous rendre au Consistoire israélite de France, situé 17 rue Saint-Georges (9e arrondissement). Vous obtiendrez ainsi les clés permettant d’accéder au cimetière, qu’il vous faudra ensuite ramener après votre visite.
Nous tournons ensuite à droite, rue du Maroc. Ainsi, nous allons rejoindre le parc de la Villette sans faire demi-tour dans l’avenue de Flandre. Nous tournons ensuite de nouveau à droite, rue de Tanger.
Promenade à l’ouest du 19e arrondissement
L’église Notre-Dame des Foyers
L’église Notre-Dame des Foyers est un bel exemple d’église moderne. Construite entre 1964 et 1967 par Robert Salles et Marcel Astorg dans le cadre des Œuvres des Chantiers du Cardinal et aménagée par Paul Alain Djian, l’église présente un judicieux éclairage à l’intérieur, grâce à ses murs blancs et ses vitraux tournés vers l’autel. La largeur de moins en moins importante au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’autel met également en valeur celui-ci.
Les Œuvres des Chantiers du Cardinal sont un organisme fondé en 1931 par le cardinal Verdier. Leur but est de construire et entretenir des églises à Paris et dans sa région. Ils facilitent le financement des églises construites après la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. A ses débuts, il a particulièrement visé La Zone, cette zone tout de suite après l’enceinte de Tiers, dans laquelle de nombreux hébergements à loyers modérés sont construits après la destruction de cette enceinte, entre 1919 et 1929.
Nous tournons ensuite à gauche, rue Curial. Le Centquatre Paris se trouve au numéro 5.
Le Centquatre Paris
Cet espace culturel a pris place dans un ancien bâtiment des pompes funèbres de Paris, construit en 1874 par Edouard Delebarre Debay sous la supervision de Victor Baltard, avec une architecture industrielle, caractérisée par des structures de fonte, de fer et de verre. En 2004, Marc Iseppi et Jacques Pajot réhabilitent le site afin d’en faire un espace artistique dédié à l’art contemporain. En plus des expositions et de la salle de théâtre, chacun peut occuper l’espace central pour s’essayer à la danse, au théâtre, ou tout autre activité.
Nous continuons dans la rue Curial et tournons à droite, rue de l’Ourcq. Remarquons au passage l’immeuble de style Art nouveau au numéro 96, avec ses fenêtres ornées de frontons à fleurs ou de mosaïques et sa façade en briques oranges avec des rayures rouges.
L’église Saint Luc
L’église Saint-Luc est construite de 1997 à 1999 par Pierre-Henri Montel et Christian Basset dans un style contemporain. Sa façade est en verre et en aluminium ! L’intérieur est résolument moderne mais n’a pas d’élément décoratif particulier.

Nous tournons à gauche, rue de Cambrai, qui nous mène au parc de la Villette.
Le parc de la Villette
Histoire du parc de la Villette
Le parc de la Villette s’étend sur 55 ha, ce qui en fait le plus grand jardin paysager de Paris. Mais pas le plus grand espace vert, car ceux-ci occupent 33 ha, ce qui est déjà pas mal. Il occupe le site des anciens abattoirs de la Villette. Au XIXe siècle, l’abattage des animaux vendus dans Paris se fait directement sur le lieu de vente, ce qui est fort pratique dans un souci de conservation de la viande.
En 1865 et 1866, Jules de Mérindol, élève de Victor Baltard, et Louis-Adolphe Janvier construisent une grande halle pour centraliser l’activité et forment ainsi les abattoirs de la Villette. Imaginez plus de dix mille bouchers travaillant dans cette grande halle de 18000 m², avec jusqu’à 5000 bêtes !
Dans les années 1950, l’industrie frigorifique se développe et rend l’existence des abattoirs de la Villette de moins en moins nécessaire. Les installations devenant vétuste, on lance de grands travaux en 1959. Soit un peu tard ! C’est ainsi que les abattoirs de la Villette ferment en 1974.
Un an plus tard, une idée commence à germer dans l’esprit des pouvoirs publics : celle de transformer les abattoirs de la Villette et les espaces attenants en parc urbain. Les habitants du quartier ont d’ailleurs eu la même idée et ont déjà commencé à s’y promener. En 1980, l’aménagement débute. Il est prévu la construction d’une Cité des Sciences et de l’Industrie, ainsi que des espaces dédiés à la musique. Le tout dans un grand espace vert.
La Cité des Sciences et de l’Industrie
C’est le grand bâtiment que l’on voit en arrivant depuis la rue de Cambrai. La Cité des Sciences et de l’Industrie a pour mission de diffuser la culture scientifique en rendant le visiteur actif dans sa découverte. Elle accueille depuis 1986 des expositions sur l’univers, notre planète, la conquête spatiale, l’espèce humaine, l’innovation, l’urgence climatique, les sons ou encore les mathématiques. Ces expositions proposent des expériences ludiques afin de bien cerner ces sujets, toujours dans une démarche scientifique. La Cité des Sciences et de l’Industrie accueille également une bibliothèque, la Cité de la santé, la Cité des métiers, et plusieurs expositions temporaires.

La Cité des Enfants
Elle propose une démarche similaire à la Cité des Sciences et de l’Industrie pour les enfants.
Le Planétarium
Le Planétarium dispose d’un système de projection qui fera voyager les visiteurs dans l’univers. Il y a plusieurs séances chaque jour avec des thèmes différents. J’ai assisté à une projection de trois quart d’heures sur le ciel au Moyen-Âge.
La Géode
La Géode, c’est cette grande sphère grise qui se trouve comme posée sur l’eau devant la Cité des Sciences et de l’Industrie. A l’intérieur, une projection de films scientifiques et culturels sur un écran hémisphérique.
Argonaute
C’est bien étonnant de trouver ici, dans le parc de la Villette, un sous-marin de la marine nationale ! Alors que celui-ci est retiré du service, il est alors confié aux Amis du musée de la mer pour l’Atlantique. En 1989, il effectue son dernier voyage, partant du port de Toulon pour rejoindre Paris via le Havre et le canal Saint-Denis. Désormais, les visiteurs peuvent le visiter. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fallait pas être claustrophobe pour travailler à son bord ! Un musée sur l’histoire des sous-marins et les sous-marins français complète la visite, d’environ une demie-heure.
Espace Chapiteaux
L’espace Chapiteaux est dédié au cirque contemporain.
Le Cabaret Sauvage
Le Cabaret sauvage succède au Magic Mirror de la Villette, installé ici de façon éphémère. Il propose des spectacles de musique, de danse, de théâtre ou de cirque.
Le Zénith Paris
Les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel construisent le Zénith de Paris pour remplacer le Pavillon de Paris. Inauguré en 1984, il peut accueillir pour des concerts plus de 6000 personnes. Soit moins que le Pavillon de Paris qui pouvait en accueillir jusqu’à 10000.
Cité de la Musique – Philharmonie de Paris
La Philharmonie de Paris, inaugurée en 2015, est une grande salle de concerts harmoniques. Bien que le bâtiment construit par Jean Nouvel ait été considéré comme trop cher et mal situé, il accueille aujourd’hui jusqu’à 2400 personnes dans sa grande salle dont l’acoustique a été soignée pour de grands concerts, dont ceux de l’Orchestre de Paris, qui y a élu domicile.

En face se trouve la Cité de la Musique, créée par l’architecte Christian de Portzamparc. On y trouve le musée de la musique depuis 1995. Le visiteur y découvre plus de mille instruments, des portraits de musiciens, des maquettes d’opéras, le tout au cours d’un parcours chronologique débutant au XVIIe siècle. Il y a trois parcours dans l’audioguide : un parcours pour voir l’essentiel, d’une heure et demie, un parcours en musique et un dernier qui fournit des explications sur chaque instrument. En tout, il y en aurait pour quatre jours d’enregistrements ! De quoi revenir… D’autant plus que j’ai mis quatre heures pour suivre le parcours de l’essentiel ! Des musiciens agrémentent la musique le long du parcours.
Le Hall de la Chanson
Le Hall de la Chanson ne fait pas partie de la cité de la musique. Il se trouve en effet de l’autre côté de la Grande Halle de la Villette. Pourtant, son thème en fait partie, et c’est plus précisément la chanson française. Un bon moyen de (re)découvrir son patrimoine !
La Grande Halle de la Villette

La Grande Halle ouvre en 1985. Elle est alors métamorphosée. Bien qu’elle ait conservé son architecture métallique, il ne reste plus aucune trace des anciens abattoirs. Des expositions ont pris leur place, ainsi qu’un restaurant et une librairie. En face de l’entrée de la Grande Halle, on trouve la fontaine aux Lions. Souvenez-vous, elle avait été placée par Napoléon Ier sur la place de la République, dans le 10e arrondissement.
A l’origine, il y avait également deux halles plus petites, dont l’une est détruite en 1980. L’autre est démontée six ans plus tard, et les éléments de sa charpente sont toujours entreposés dans des locaux à Dammarie-les-Lys, en Seine-et-Marne.
Les jardins
Les espaces verts du parc de la Villette s’organisent autour d’une prairie formant un cercle coupé en deux par le canal de l’Ourcq. Douze jardins se partagent l’espace, avec des thèmes variés comme un jardin de bambous, un jardin aux Dessins en mémoire des personnes ayant été atteintes par le sida, le jardin des Équilibres et des cerfs-volants, ou encore les jardins partagés pour faire découvrir le jardinage aux enfants. Des espaces verts qui attirent beaucoup de monde en été ! Enfin, il va sans dire que le parc de la Villette est très différent du parc des Buttes Chaumont. L’ambiance y est tout autre. Cela amène une grande diversité d’espaces verts au 19e arrondissement.

L’église Sainte Claire d’Assise
C’est André le Donné, élève d’Auguste Perret, qui construit cette église donnant sur le boulevard périphérique de 1956 à 1958. Vu de l’extérieur, c’est un cube de béton aux façades rayées de gris un peu plus foncé. L’intérieur est très peu décoré : quelques statues seulement ! Contrairement à l’église Notre-Dame des Foyers, c’est du chœur que vient la lumière, les fenêtres étant très petites et non décorées.
A ne pas manquer
Le quartier de la Mouzaïa et ses maisons vous faisant sortir de Paris.
L’église Saint-François d’Assise vaut le détour pour sa grande mosaïque tant qu’on est dans le quartier.
La plus belle église : la pittoresque église Saint-Serge de Radogène.
Se promener dans le parc des Buttes Chaumont en faisant un tour à la Butte Bergeyre, juste à côté.
Le mot de la fin
Même si le 19e arrondissement ne sera pas dans le top incontournable de mes visites parisiennes, il y a tout de même quelques endroits qui valent le détour. Notamment le quartier de la Mouzaïa et ses allées champêtres. L’église Saint-Serge de Radogène est une telle surprise que je trouve curieux qu’elle soit si peu mentionnée ! Enfin, le 19e arrondissement témoigne du développement de Paris vers le nord et les aménagements qui y ont eu lieu ces dernières décennies. Il offre une continuation dans la découverte de l’architecture qui, jusqu’ici au cours de nos visites, s’arrêtait souvent à la période pré-Seconde Guerre mondiale.


