Visiter le 18e arrondissement de Paris

Visiter le 18e arrondissement de Paris

Si le quartier de Montmartre est souvent cité comme l’un des plus beaux de Paris pour les touristes et qu’en effet, il attire les foules, c’est bien qu’il y a quelque-chose dans ce quartier. Une certaine âme ? Un certain esprit dont les gens viennent s’imprégner le temps d’une journée de visite ? Ou alors, tous ces touristes ne sont-ils pas en train de courir derrière un esprit depuis longtemps disparu ? Où est l’esprit de bohême ? Les artistes sont-ils toujours présents à Montmartre ? Et surtout, qu’y a-t-il d’autre à voir dans le 18e arrondissement ? Car oui, nous allons sortir des sentiers battus, tout de même !

Un peu d’histoire

La Butte-de-Montmartre accueille l’abbaye Saint-Pierre de Montmartre dès 1133-1134, fondée par le roi Louis VI le Gros et Adélaïde de Savoie. Deux villages se trouvent dans ce territoire au nord de Paris : Montmartre et la Chapelle Saint-Denis. La zone reste longtemps agricole, avec des cultures maraîchères et des vignobles. Les artistes investissent les lieux à la fin du XIXe siècle tandis que le quartier de Pigalle devient sulfureux. Des populations immigrées viennent peupler le 18e arrondissement, notamment les quartiers de la porte de Clignancourt et de la Goutte d’Or au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Le nord de Pigalle le long du boulevard de Clichy

Divan du Monde – Cabaret Madame Arthur

Nous commençons notre visite par la rue des Martyrs, qui doit son nom au martyr de saint Denis, qui a laissé plusieurs traces dans Montmartre. Le divan du Monde est d’abord, au début du XIXe siècle, un bal. Puis en 1861, il devient une brasserie. En 1873, c’est un café-concert, le Divan japonais, dont le décor succombe à la mode japonaise de la fin du XIXe siècle. Il ferme en 1892 et rouvre un an plus tard.

Les affiches d’Henri de Toulouse-Lautrec attirent les foules. Une autre publicité sera sûrement apportée par le scandale provoqué par l’apparition d’une comédienne presque nue. L’établissement deviendra ensuite un théâtre, puis viendra à diffuser des films pornographiques. Dorénavant, le Divan du Monde accueille des concerts de musiques du monde. Un changement de vocation, qui s’éloigne de la réputation de Pigalle ! Le Divan du Monde s’est associé avec le cabaret Madame Arthur, d’abord un café, puis un cabaret travesti depuis 1946.

Nous tournons à droite, boulevard de Clichy.

La place Pigalle

A gauche, l’immeuble au numéro 9, construit en 1882, possède de grandes fenêtres et une frise en céramique, ainsi que deux visages sur des hauts reliefs en forme d’assiettes. L’immeuble cache des ateliers d’artistes – Picasso y vécut de 1909 à 1912. Les grandes fenêtres offraient un bon éclairage de l’intérieur des appartements.

La place Pigalle tient son nom du sculpteur Jean-Baptiste Pigalle, tout comme le quartier dont elle est le centre. Le quartier s’est fait une réputation durant le XIXe siècle. Ce haut lieu de la vie nocturne connaît également de la prostitution et des plaisirs nocturnes. Au siècle suivant, on y trouve boîtes de nuit sulfureuses, salles de spectacle érotiques et sex-shops. Nous en voyons d’ailleurs plusieurs en continuant notre promenade le long du boulevard de Clichy.

La Cité du Midi

petite impasse encadrée de plantes
A quelques mètres du boulevard de Clichy…

Quelques habitants originaires du Midi auraient nommé cette petite impasse bordée de maisons et de plantes. On y trouvait des ateliers, un cabaret, un lupanar… Mais ce sont les bains-douches de Pigalle qui y ont laissé le plus de traces, puisque des carreaux de faïences Art nouveau sur la façade indiquent encore la fonction du bâtiment au numéro 12.

édifice couvert de carreaux de faïences et inscription indiquant les bains-douches de pigalle
Les bains-douches de Pigalle sont maintenant des logements.

Avec la villa des Platanes, présentée ci-dessous, la Cité du Midi est un exemple de petite ruelle tranquille que l’on trouve près du boulevard de Clichy, qui permet d’échapper à son animation.

La Villa des Platanes

En 1896, l’architecte Deloeuvre aménage deux cours en retrait du boulevard de Clichy. Malheureusement, ces lieux au calme ne sont pas accessibles au public. 

immeuble avec une façade de briques rouges et un bow-window circulaire
A défaut de pouvoir entrer dans la villa des Platanes, signalons son bow-window très arrondi.

Le théâtre des Trois Baudets

Le théâtre des Trois Baudets ouvre en 1947, visant à accueillir de jeunes artistes alors inconnus du public. Les Trois Baudets lancent des opportunités pour une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs. S’y produisent Georges Brassens, Jacques Brel, Juliette Gréco, Raymond Devos… L’établissement devient ensuite un cabaret érotique. La rénovation de 2009 lui rend sa fonction première et lui ajoute une salle de spectacles ainsi qu’un bar-restaurant. En face, au numéro 65, se trouve la chapelle Sainte Rita, dont on se demande bien ce qu’elle fait ici à côté de certains magasins… Pas très catholiques dirons-nous !

La place Blanche

De la place Blanche descend la rue Blanche, par laquelle transitait le plâtre extrait des carrières de Montmartre, qui colorait la rue de sa couleur caractéristique de bon nombre d’immeubles parisiens.

Le Moulin Rouge

Charles Zidler et le Catalan Josep Oller, qui possédaient déjà l’Olympia, fondent le Moulin Rouge en 1889. Ils organisent la soirée d’inauguration le lendemain de la dernière fête de nuit du Jardin de Paris aux Champs-Elysées, avant sa fermeture annuelle. Etant donné qu’ils gèrent également cet établissement, ils convainquent plus facilement les habitués de les suivre jusqu’à Pigalle. Leur expérience du domaine du spectacle leur permet de connaître les attentes du public. Le succès est rapide, aussi bien parmi les anciens habitués que parmi des bourgeois, hommes d’affaires, petits employés ou étrangers de passage.

Le Moulin Rouge voit la naissance du French Cancan, et le passage de La Goulue, Germaine Pichot et Yvette Guilbert. Des artistes fréquentent le lieu, le plus célèbre étant Henri de Toulouse-Lautrec, qui assure au Moulin Rouge une renommée mondiale grâce à ses affiches et ses tableaux. Le lieu est d’une grande modernité, le Moulin Rouge ayant été le premier bâtiment électrifié de Paris et ce, dès sa création.

Un incendie détruit le Moulin Rouge en 1915. Il prend un nouvel essor grâce à de nouvelles vedettes, telles que Mistinguett, Maurice Chevalier, Gina Palerme ou Jeanne Aubert.

La Cité Véron

Avec ses petites maisons, la Cité Véron était une cité ouvrière, qui a échappé aux travaux du baron Haussmann. Une ruelle étroite dans un quartier sulfureux… Il ne faut que ça pour bâtir un repaire de brigands, et nulle doute que la cité Véron ne devait pas être très sûre au début du XXe siècle. Quoi qu’il en soit, Boris Vian s’y installe en 1953, rejoint par Jacques Prévert l’année suivante. Entre l’écriture de deux poésies, ils fondent le Collège de Pataphysique, dont ils sont “grands satrapes”, rien que ça, qui est une “société de recherches savantes et inutiles”. Au numéro 4 bis, le théâtre ouvert se consacre à la diffusion d’œuvres d’auteurs vivants. La Cité Véron s’est donc reconvertie dans le domaine artistique !

Boris Vian s’installe donc au numéro 6 bis, dans un bâtiment où se trouvaient d’anciennes loges de danseuses. Son épouse, Ursula Vian Kübler, continue d’y travailler après son décès. La Fond’action Boris Vian, ayant pour mission de promouvoir l’œuvre de Boris Vian et le développement des arts contemporains. Elle accueille quelquefois des chercheurs désirant consulter les archives du lieu resté fidèle à l’ancien appartement de l’auteur. La fondation organise des visites, dont les modalités sont présentées sur leur site.

maison au bout de la cité véron
Le Bas Montmartre a lui aussi ses petits airs de campagne !

De retour sur le boulevard de Clichy, remarquons le bâtiment du lycée Jules Ferry du début du XXe siècle, avec un style Art nouveau reconnaissable avec les décorations entre les fenêtres et sous le toit.

Tournons ensuite à droite, rue Caulaincourt.

Le cimetière de Montmartre

A la Révolution, le cimetière de Montmartre est l’actuel cimetière du Calvaire, mais qui se retrouve fermé. Un nouveau cimetière entre en fonction en 1795 à l’emplacement d’anciennes carrières abandonnées. Plusieurs Gardes suisses du palais des Tuileries finissent dans les carrières de Montmartre après leur mort à la suite de la prise du palais des Tuileries par les révolutionnaires. 1825 est l’année de l’inauguration du cimetière de Montmartre. Rattaché à Paris en 1860, il accueille les sépultures d’habitants du quartier, dont certains sont célèbres, tels que Dalida (au nord-est), Zola (en hauteur, à l’ouest d’un rond-point proche de l’entrée), Berlioz…

Le pont de Caulaincourt enjambe le cimetière de Montmartre. Il nous permet de continuer notre promenade par la rue Damrémont, qui bifurque à gauche après le pont.

Un tour dans Montmartre

L’histoire de Montmartre

Durant l’Antiquité, un temple dédié à Mercure et un à Mars se trouvaient sur une colline. Le Mons Martis (mont de Mars) a évolué en Montmartre. Saint Denis, l’archiprêtre Rustique et l’archidiacre Eleuthère y auraient été décapités aux alentours de 250, selon une tradition du VIIIe siècle qui fait du mont de Mars le mont des Martyrs. En 1133-1134, le roi Louis VI fonde l’abbaye royale des Dames de Montmartre. Plus de cinq siècles plus tard, on abandonne cette abbaye et on construit de nouveaux bâtiments plus bas.

En plus des vignes et des cultures maraîchères, de nombreux moulins se trouvent dans les environs. Des carrières de Montmartre, on extrait du gypse blanc, dont on se sert pour bâtir les immeubles parisiens. La Butte de Montmartre n’est alors pas un quartier bien famé. Des populations pauvres habitaient dans des cabanons insalubres. Au milieu du XIXe siècle, plusieurs agriculteurs, vignerons ou encore ouvriers changent de profession et ouvrent des guinguettes, cabarets ou tables d’hôtes. Des propriétaires moins riches exclus de Paris investissent dans le village de Montmartre où les prix sont moins élevés et où les produits de consommation ne sont pas taxés, puisque Montmartre se trouve en dehors de la barrière d’octroi. Montmartre se retrouve coupé en deux en 1860, la plus grande partie étant rattachée à Paris, le reste à Saint-Ouen.

Alors que les Prussiens assiègent Paris, les Montmartrois rassemblent en haut de la butte 171 canons. La situation n’est pas tolérable pour Adolphe Thiers et son gouvernement, qui envoient des troupes pour les récupérer. Mais tout ne se passe pas comme prévu : les troupes fraternisent avec les insurgés et les chefs sont exécutés. Plusieurs quartiers se révoltent : c’est le début de la Commune, le 18 mars 1871. Les communards résistent ici aux Versaillais jusqu’au 23 mai 1871. Bien qu’inclus dans Paris, le quartier de Montmartre demeure un lieu pittoresque avec un air de campagne. Une atmosphère propice pour les artistes, qui sont nombreux à y habiter entre 1890 et 1910. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, Montmartre est le centre artistique et littéraire de Paris. Puis les artistes partent pour le quartier du Montparnasse, comme nous avons pu le voir lors de notre visite du 14e arrondissement.

Autour de la rue Damrémont : premiers ateliers d’artistes et céramiques

Les Fusains

De la rue Damrémont, nous tournons à gauche, rue Tourlaque. Au numéro 22, Les Fusains sont une cité d’artistes dont les ateliers proviennent de l’Exposition universelle de 1889. Malheureusement, les vols des statues de la cour intérieure font que l’entrée est désormais fermée par un digicode. On comprend la décision ! Par conséquent, nous nous contenterons de regarder la façade et le nom de la cité d’artistes dessiné dessus. Des artistes tels qu’Auguste Renoir, André Derain, Joan Miro, Magritte ou Dali y eurent un atelier. Aujourd’hui, il reste des artistes, mais les ateliers sont surtout l’objet d’achats à prix d’or par des amoureux d’ateliers d’artistes…

Regagnons la rue Damrémont et marchons en direction du nord.

Les céramiques de la rue Damrémont

Nous observons d’abord plusieurs rotondes aux angles des immeubles, telles que celle de l’immeuble au numéro 19, construit en 1900. Pas sûr cependant que “rotonde” soit le terme le plus approprié, étant donné que le toit est plutôt de forme triangulaire.

Des céramiques se trouvent dans l’entrée de l’immeuble au numéro 43 bis. L’architecte Coinchon construisit ce bâtiment en 1910. Il fit appel à Francisque Poulbot pour réaliser des panneaux de faïence représentant des enfants en train de jouer. Il est possible d’accéder à l’entrée de l’immeuble en semaine, de 9h à 18h30.

Nous tournons ensuite à droite, rue Lamarck.

Des immeubles Art déco dans la rue Lamarck

Au numéro 102 débute le square Lamarck et on trouve un immeuble typiquement Art déco dans cette rue où domine un style éclectique. Les briques dominent côté square Lamarck, on peut penser que l’architecte a réservé ce matériau moins onéreux à la façade qui n’est pas du côté de la rue principale. Signalons les motifs des rambardes des balcons, ainsi que les quelques bas-reliefs.

En face du square Lamarck, nous pouvons gravir le premier escalier de cette promenade. Il n’y a pas plus de 120 marches.

Les céramiques de la rue Caulaincourt

L’escalier débouche sur la rue Caulaincourt. A droite, l’immeuble au numéro 59 possède une entrée avec plusieurs céramiques représentant des femmes dans les vignes ou à la plage. Il y a aussi une cour intérieure. Je n’ai malheureusement pas pu y entrer mais ai pu voir l’entrée de l’immeuble d’à côté, quelconque, mais dont la cour intérieure m’a permis de voir quelques décors sur la façade. Mais aucune de ces céramiques !

Revenons légèrement sur nos pas et tournons à droite, rue Juste Metivier. Elle nous mène à l’avenue de Junot, sur laquelle nous tournons à droite.

Promenade le long de l’avenue Junot

L’avenue Junot est aménagée entre 1910 et 1912. Le maquis de Montmartre avait alors échappé aux grands travaux Haussmanniens. Une population très pauvre y vivait. Ils ne résisteront pas à l’arrivée des promoteurs au début du XXe siècle, qui investissent la zone, profitant de son dynamisme porté par les artistes.

Au numéro 23 bis s’ouvre la villa Léandre, petite impasse campagnarde bordée de maisons anglo-normandes.

petite voie entourée de maisons de style anglo-normand
Un petit saut par dessus la Manche…

En face, un hôtel particulier en briques rouges avec deux bas-reliefs se trouve au numéro 22. Nous parlions de dynamisme porté par les artistes, au numéro 15 se trouve justement l’ancien atelier de Tristan Tzara, l’un des chefs de file du mouvement dada. Il vivait avec sa femme, Greta Knutson, peintre moderniste, dans cette maison de style moderniste à l’apparence très dépouillée.

atelier en deux parties : pierres en bas et murs blancs en haut
C’est surprenant cette forte distinction entre les deux étages !

Un petit passage, le Passage Lepic-Junot, relie l’avenue Junot à la rue Lepic. Un peu plus loin débute le hameau des artistes, où l’on trouve sans grande surprise d’anciens ateliers d’artistes, mais dont l’accès est fermé. Au numéro 1 se trouve le théâtre Lepic, situé derrière un moulin dont nous reparlerons quelques lignes plus loin.

L’avenue Junot débouche sur la place Marcel Aymé.

La place Marcel Aymé

La place Marcel Aymé est plutôt récente : elle est en effet créée en 1986. Elle attire les visiteurs par sa référence à une nouvelle de l’auteur Marcel Aymé, Le Passe-Muraille. Le personnage de celle-ci est sculpté au fond de la place au moment où il sort du mur. Le sculpture est donc figée dans un mouvement pour s’extraire des pierres. Depuis 1989, il en est toujours prisonnier !

statue d'un homme traversant un mur
Je suis le seul à me demander comment ils ont fait pour encastrer la statue de bronze dans le mur ?

Derrière la place Marcel Aymé, dans la rue Norvins, se trouve le petit jardin Frédéric-Dard, portant lui aussi le nom d’un écrivain français.

Faisons demi-tour et tournons à droite, rue Girardon. 

Promenade le long de la rue Lepic

La maison de Dalida

Dalida vécut plusieurs années (de 1962 à 1987) 11 bis rue d’Orchampt.

appartement de dalida
La maison d’une chanteuse connue à Montmartre.

Plusieurs peintres, écrivains et acteurs habitèrent dans cette rue aux étroits trottoirs (les plus étroits de Paris !). On trouve rue d’Orchampt quelques détails qui font le charme d’une découverte du quartier de Montmartre : quelques dessins de rue, deux jambes sculptées sortant d’un mur, une porte avec deux numéros…

Des moulins

De retour rue Lepic, que nous avons croisée avant de visiter la rue d’Orchampt, nous prenons la direction de l’ouest. Mais avant cela, remarquons à l’angle le restaurant surmonté… d’un moulin ! Le moulin de la Galette est en fait un ensemble de deux moulins : le moulin Radet, celui que nous voyons, et le moulin Blute-fin. Le moulin Radet trouverait son origine au XIIIe siècle. Il déménage plusieurs fois, passant de la rue de l’Abreuvoir à la butte Saint-Roch, puis de la butte Saint-Roch à la butte Montmartre. Au XIXe siècle, le moulin devient une guinguette : le moulin de la Galette. Cette activité n’ayant d’abord cours que durant le week-end, puis le moulin de la Galette devient une salle de bal fermée. C’est en 1924 qu’il prend son emplacement actuel.

moulin en bois
Il est un peu timide à se cacher derrière un arbre !

Le moulin Blute-Fin se trouve quant à lui juste après le numéro 77. Il appartenait à la même famille de meuniers que le moulin Radet, et eût sensiblement les mêmes activités. Contrairement au moulin Radet, dont seule la structure a été conservée, le moulin Blute-Fin est toujours en état de fonctionnement. Cependant, il se trouve au milieu d’une résidence privée et est difficilement visible depuis la rue. Ayant fait la visite en été, il faudrait voir si la chute des feuilles en hiver rend le moulin plus visible.

Quelques immeubles

Un immeuble de style Art déco se trouve au numéro 71, avec une entrée très décorée et deux grands bow-windows couverts de briques, tout comme la plus grande partie de la façade.

porte entourée de fleurs art déco
Porte à décors floraux Art déco.

Au numéro 49 se trouve un immeuble de style Art nouveau construit en 1908. Il dispose d’une belle porte ornée d’un visage de femme et de guirlandes végétales. D’autres guirlandes végétales décorent le bas du bow-window, qui se trouve sur la partie supérieure de la façade, en briques.

Au numéro 45 se trouve un passage couvert abritant des ateliers d’artistes et d’artisans.

Le cinéma Studio 28

La rue Tholozé débute à gauche, au 56 rue des Abbesses. Elle est en forte pente, mais nous n’allons pas parcourir une très grande distance. En effet, le cinéma Studio se trouve au numéro 10. Ce cinéma d’art et essai ouvre en 1928 et est alors un cinéma d’avant-garde qui se consacre à la recherche cinématographique. En 1930, la diffusion du film l’Âge d’or de Luis Bunuel déclenche un tel débat que la salle en ressort complètement saccagée. Un exploitant américain la rachète en 1932 et y diffuse des comédies américaines en version originale. Une salle rénovée est inaugurée en 1950 et neuf ans plus tard, c’est au Studio 28 qu’apparaît la première carte de fidélité, une avant-première tous les mardis ou encore des débats.

Ce cinéma indépendant diffuse toujours des films dans sa salle, où le spectateur peut également voir de beaux luminaires réalisés par Jean Cocteau lors de la rénovation de 1950.

Avant de continuer davantage dans la rue des Abbesses, retournons plutôt dans la rue Lepic, qui descend en direction du sud.

L’impasse Marie Blanche

L’impasse Marie Blanche se trouve au bout de la rue Constance (première rue à droite). Tout au bout de l’impasse se cache une autre surprise : une maison médiévale avec colombages ainsi qu’une tourelle et des mâchicoulis. Construite entre 1892 et 1897 par Charles de Montarnal, la maison Eymonaud succède à l’hôtel de l’Escalopier, construit en 1835. Le comte Charles de l’Escalopier, le propriétaire, historien et collectionneur, se fît construire ici un hôtel de style troubadour. Un hôtel tout de même moderne, puisqu’il avait fait aménager des serres chauffées à la vapeur. Finalement, il remplace ces infrastructures par une grande bibliothèque de cinq mille ouvrages et un musée sur l’orfèvrerie médiévale. Certains éléments de cet hôtel auraient été réutilisés dans la maison Eymonaud.

Au 15 rue Lepic, le café des Deux Moulins a servi de décor pour le film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, que je n’ai jamais vu. Peut-être y reconnaîtrais-je d’autres lieux de Montmartre ou plus généralement de Paris maintenant que mon œil est averti ?

Retournons rue des Abbesses qui mène en direction de l’est à la place des Abbesses.

Autour de la place des Abbesses

Une station de métro originale

édicule guimard surmonté d'une verrière
Il est très bien ici mais trop peu de monde font attention à sa présence. Dommage !

Ce sont les abbesses de l’abbaye de Montmartre qui ont donné ce nom à cette place. Au centre, l’un des derniers édicules Guimard se trouve au-dessus de la station de métro la plus profonde de Paris (mais plus de France, car la station de la ligne 15 Saint-Maur-Créteil va battre ce record, se trouvant 52 mètres sous terre). Elle se tient ici depuis 1974, année jusqu’à laquelle elle se trouvait à la station Hôtel de Ville. Le deuxième édicule se trouve à la station Porte-Dauphine, dans le seizième arrondissement. Nous avions alors évoqué plus longuement les entrées de métro réalisées par Hector Guimard.

L’église Saint-Jean de Montmartre

A la fin du XIXe siècle, l’église Saint-Pierre de Montmartre ne suffit plus à accueillir les fidèles, à la suite de l’augmentation drastique de la population du quartier. L’architecte Anatole de Baudot débute la construction d’une nouvelle église en 1894. Il va pour cela utiliser une structure en ciment armé. Sous les briques, il dispose des blocs de béton creux dans lesquels est placée une armature de fer et qui sont ensuite remplis de ciment. Une première pour un édifice religieux.

Mais tout n’est pas si simple ! En effet, le Ministère des Cultes et la ville de Paris vont intenter un procès contre l’architecte et le curé Sobeaux pour construction en absence d’autorisation. Le procédé de construction est nouveau à l’époque, et laisse sceptique. L’architecte et le curé vont donc réaliser des démonstrations techniques pour prouver que l’église tiendra bon. Les invités conviés sont convaincus, ainsi la construction peut reprendre en 1902 et se termine deux ans plus tard, en 1904.

L’église Saint-Jean de Montmartre présente un style Art nouveau bien plus visible que dans l’église Saint-Antoine des Quinze-Vingts, que nous avions visitée dans le douzième arrondissement. L’Art nouveau est reconnaissable dans la forme des vitraux, ainsi que dans le haut du clocher. Les contours du portail principal sont décorés de pastilles de grès cérame réalisées par Alexandre Bigot (qui a également participé à la décoration de l’immeuble Lavirotte, édifice Art nouveau situé dans le septième arrondissement).

clocher couvert de briques rouges et pastilles de grès cérame
Le clocher annonce la couleur !

Grâce à l’architecture en ciment armé, les murs sont moins épais. De nombreux vitraux de style Art nouveau les décorent. Deux magnifiques grandes verrières représentent la multiplication des pains et l’épisode de la femme adultère. Le vitrail du chœur représente la Crucifixion. Une série de 48 vitraux illustrent les Litanies de la Vierge, une autre série, les chevaliers de l’apocalypse.

Des motifs de bourgeons sont présents dans les éléments de décor.
vitrail représentant la crucifixion
La Crucifixion sur un vitrail à la forme de bourgeon.

Les amateurs de peinture seront satisfaits avec quelques toiles telles qu’une peinture des noces de Cana ou une autre, située dans le croisillon droit du transept, de la Vierge Marie. Deux autres peintures murales, réalisées par Alfred Plauzeau, encadrent le maître-autel. Recouvert de mosaïques, il présente cinq médaillons, évoquant le Christ entouré des quatre évangélistes.

maître-autel couvert de mosaïques et avec cinq médaillons en bronze
Un maître-autel couvert de mosaïques !

Au fond à droite se trouve la chapelle du Saint-Sacrément, une chapelle aux vitraux modernes dans laquelle se trouve l’ancienne porte de l’ex chapelle Sainte-Anne, réalisée en 1964.

Il est cependant curieux de voir de l’Art nouveau, dont l’une des caractéristiques est l’émancipation de la société, présent dans une église. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Anatole de Baudot était un architecte novateur et élève de Viollet-le-Duc, dont le travail a beaucoup inspiré les architectes du courant Art nouveau. Construire une église dans ce style est en phase avec l’esprit de modernité et de renouveau artistique de l’époque. Le choix de l’Art nouveau reflète un désir de renouveler l’image du Christianisme et de montrer que la religion pouvait s’adapter aux évolutions artistiques de l’époque.

Le mur des Je t’aime

Au nord de la place des Abbesses, le mur des je t’aime a pris place dans le square Jehan-Rictus. Tout commence avec Frédéric Baron, qui demande à son frère, puis des voisins, des amis, et finalement des passants dans la rue, d’écrire “je t’aime” dans leur langue. Il en collecte ainsi dans 250 langues. En 1997, il contacte Claire Kito, peintre et calligraphe, qui va l’aider à écrire tous ces je t’aime sur un mur. Reste à trouver lequel. Car des murs, il y en a plein à Paris ! Finalement, ce sera ici, dans le square Jehan-Rictus, dans le quartier de Montmartre. Un emplacement plutôt judicieux, étant donné que le quartier ressort souvent lorsqu’il est question d’endroits romantiques à Paris. L’œuvre est inaugurée en 2000 : 612 carreaux de lave émaillée couvrent 40 m² de surface, sur lesquels sont écrits 311 je t’aime en 250 langues.

mur de carreaux de lave émaillée bleus avec des je t'aime écrits dans plusieurs langues
Certes, la saint Valentin est passée, mais ça vous laisse du temps pour travailler la prononciation avant la prochaine ! Vous reconnaissez combien de langues ?

La rue Yvonne le Tac

C’est dans la rue Yvonne le Tac que les abbesses de Montmartre construisent de nouveaux bâtiments au XVIIe siècle. Au numéro 18 se trouve une maison néo-gothique dont la façade est ornementée de décors sculptés.

Au numéro 11 se trouve la crypte du martyrium de Saint-Denis. Elle se trouve à l’emplacement supposé de la décapitation du saint. Le 15 août 1534, Ignace de Loyola, Pierre Favre, François Xavier, qui a donné son nom à l’église Saint-François-Xavier, dans le septième arrondissement, ainsi que quelques autres, prononcent le vœu de se rendre à Jérusalem tous les deux ans dans le but de convertir des habitants au christianisme. Ils sont à l’origine de la fondation de la Compagnie de Jésus, autrement dit les Jésuites.

La crypte est redécouverte au début du XVIIe siècle. Lors de la Révolution, un entrepreneur acquiert l’abbaye d’en bas, la démolit et met en place une carrière de gypse. Elle est ensuite comblée pour tracer la rue Yvonne le Tac. Les Jésuites achètent le terrain de la crypte du martyrium, puis les Dames Auxiliatrices du Purgatoire y construisent un monastère en 1887, dont la chapelle subsiste aujourd’hui. Je ne sais pas si les horaires indiquées sont toujours d’actualité. En tout cas, je ne l’ai pas vue ouverte.

Yvonne Le Tac, née Yvonne Manière le 22 août 1882 à Paris et morte le 23 décembre 1957 à Paris, est une institutrice et directrice de l’école des filles située au numéro 7 de la rue portant désormais son nom, à Paris. Elle fut résistante et déportée à Ravensbrück et Auschwitz-Birkenau.

Faisons demi-tour et tournons à droite, rue Ravignan, après la place des Abbesses. On bénéficie d’une vue sur Paris depuis le haut de cette rue. Elle mène à la place Emile Goudeau.

De place en place

La place Emile Goudeau

C’est l’un des rares bateaux à se trouver sur une butte !

Des peintres tels que Picasso ou Braque, ainsi que des écrivains tels qu’Apollinaire fréquentaient la place, où se trouve le Bateau-Lavoir, une cité d’artistes. Elle prend la place de la guinguette du Poirier-sans-Pareil et comprend une vingtaine de logements. Le loyer est très modique mais les conditions assez sommaires : aucune isolation, un seul point d’eau pour tous les locataires… Le Bateau-Lavoir, lieu d’effervescence artistique, va cependant perdre du dynamisme après la Première Guerre mondiale, alors que les artistes délaissent Montmartre pour le quartier du Montparnasse et la Ruche, une cité d’artistes située dans le quatorzième arrondissement. Un incendie le détruit presque intégralement en 1970. La reconstruction du Bateau-Lavoir se fait à l’identique mais en utilisant du béton.

La place Jean-Baptiste Clément

Avant d’arriver à la place Jean-Baptiste Clément, remarquons la maison au 19 rue Ravignan, une maison de campagne !

maison à l'apparence de maison de campagne
Une grande maison de campagne !

Également, l’immeuble au numéro 36 de la rue Gabrielle, de style Art déco avec une façade en briques et des rambardes de balcons caractéristiques de ce style.

Plusieurs points de vue sur Paris se trouvent dans le quartier de Montmartre. La Butte Montmartre est en effet, grâce à sa hauteur, l’endroit parfait pour une vue globale sur la capitale. En 1860, un entrepreneur décide que cela ne suffit pas. En plus, on peut bénéficier de ces points de vue gratuitement ! Étant donné qu’il cherche à investir son argent pour en gagner plus, il bâtit la tour de Montmartre, d’une hauteur de quarante mètres. Vingt centimes permettront au visiteur de profiter du “plus beau point de vue du monde”. Et un café lui permettra de se désaltérer une fois redescendu. Il a dû falloir beaucoup de visites pour rentabiliser le coût de la construction ! La tour n’existe plus aujourd’hui, mais elle est représentée au-dessus de la porte de l’immeuble au numéro 10 de la place.

On trouve au centre de la place une fontaine, reste du premier château de Montmartre, construit en 1835 dans un style néo-Renaissance. Cette fontaine est le siège de la Confrérie du Clos de Montmartre.

Au nord de la place s’élève la folie Sandrin. Au XVIIIe siècle, bien que Montmartre soit proche de Paris, c’est encore un village de campagne isolé. Un certain M. Sandrin va suivre la mode et y construire une maison de campagne. Il fait détruire le palais de Bellevue (décidément, on se plaît à regarder Paris dans le coin) pour construire l’édifice visible aujourd’hui, la folie Sandrin, ou il n’y a pas de fous. Enfin, pas encore. Vous vous souvenez du docteur Blanche et de sa clinique près de la rue Berton, dans le seizième arrondissement ? Il acquiert la folie Sandrin, où passeront plusieurs artistes et poètes tels que, nous l’avons déjà dit, Gérard de Nerval, du 21 mars au 22 novembre 1841, ou Jacques Arago, si vous connaissez. La folie Sandrin, rénovée, se constitue désormais de plusieurs appartements de luxe.

Un restaurant qui a vu passer de nombreux peintres !

Nous continuons notre promenade rue Norvins, en direction de l’est. Il commence à y avoir énormément de monde dans cette rue ! Tournons à droite, rue Poulbot, bien plus tranquille.

Le musée Dali

Dans une ancienne cave, ce musée expose la plus grande collection de France du peintre surréaliste Salvador Dali. Le visiteur découvre des sculptures et des gravures sur les thèmes du temps, de l’amour et de la métamorphose.

La rue Poulbot débouche sur la place du Calvaire, depuis laquelle nous pouvons profiter d’une belle vue sur Paris. Et sur une petite rue en escalier, la rue du Calvaire ! Qui ne tient pas son nom de sa forte dénivelée, mais du calvaire de Montmartre, qui se trouve non loin d’ici. Nous allons d’ailleurs y aller, mais il nous faut d’abord passer par la place du Tertre.

La place du Tertre

Sur la place du Tertre, quelques peintres résistent à l’étalement de plus en plus important des restaurants. Restaurants profitant de l’attraction touristique que représente cette place où chacun peut se faire faire le portrait par l’un des peintres installé sur l’un des emplacements du carré central de la place.

A la fin du siège de Paris lors de la guerre franco-prussienne de 1870, les Gardes nationaux y entreposent une partie des canons stockés alors sur la butte. Le général Lecomte tente de les récupérer, mais ses troupes fraternisent avec les insurgés. Il est fusillé, au début d’une révolte qui deviendra la Commune de Paris.

Au numéro 3 se trouvait l’ancienne mairie de Montmartre.

Au nord-est de la place du Tertre, l’église Saint-Pierre de Montmartre se trouve au numéro 2 rue du Mont-Cenis.

L’église Saint-Pierre de Montmartre

Présentation de l’église

L’église Saint-Pierre de Montmartre succède à une basilique mérovingienne, elle-même succédant à un temple antique dont quatre colonnes ont été réutilisées et sont toujours visibles dans l’église actuelle. Lorsque le roi Louis le Gros fait l’acquisition de l’abbaye, elle est en très mauvais état. La construction d’une nouvelle église débute en 1134. Ainsi, l’église Saint-Pierre de Montmartre est la plus ancienne église paroissiale de Paris après l’église Saint-Germain-des-Prés. La construction se termine dans la seconde moitié du XIIe siècle. Les religieuses de l’abbaye de Montmartre en gardent la propriété malgré leur déménagement dans l’abbaye “d’en bas” en 1686. Menaçant ruine au XIXe siècle, elle échappe à la destruction de justesse. Louis Sauvageot la restaure entre 1900 et 1905.

L’église Saint-Pierre de Montmartre est de style roman, avec des éléments gothiques primitifs. Les premiers éléments que nous allons voir ne sont pas de ce style. En effet, les trois portes en bronze sont des réalisations d’un artiste italien, Tommaso Gismondi, en 1980. En entrant, notre regard est attiré sur des vitraux modernes réalisés par Max Ingrand en 1953. Ces vitraux ont fait parler d’eux, les religieux leur reprochant de ne pas respecter le style roman de l’église. Le maître-autel, en cuivre émaillé, date de 1977.

Mais tout cela n’a rien à voir avec le style de l’église, c’est trop moderne !

Oui, mais ce sera tout pour cette époque. Puisque vous insistez, les chapiteaux sont d’époque, tout comme plusieurs colonnes, mises à part quatre du chœur, d’époque antique. La chapelle absidiale des Fonds baptismaux est romane, la cuve de baptême date cependant de la Renaissance. Le chaire est de style classique mais l’apparence romane se trouve aussi dans l’aspect extérieur de l’église, autant que dans son style général. Voilà, il n’y avait pas de quoi en faire un roman.

Le cimetière du Calvaire

Tout proche de l’église Saint-Pierre de Montmartre, le cimetière du Calvaire est le plus petit cimetière de Paris. Ses 600 m² n’ont pu accueillir que 85 tombes. Le cimetière est donc fermé en 1823. Soit 22 ans après son ouverture ! Mais on peut considérer qu’il est plus ancien, un premier cimetière a en effet ouvert en 1688, la Révolution étant passée par là, il n’en reste aucune tombe. Le cimetière du Calvaire est la dernière demeure de familles de Montmartre, mais aussi de familles nobles du neuvième arrondissement, revenues à Paris à la Restauration. On y trouve le navigateur Bougainville, le premier maire de Montmartre, ainsi que les Debray, la famille de meuniers qui a créé le moulin de la Galette.

Alors que le quartier est l’un des plus visités de Paris, le cimetière du Calvaire est sûrement l’un des sites parisiens accueillant le moins de touristes ! Et pour cause : ce n’est pas qu’il soit désagréable à visiter, mais il n’ouvre qu’à la Toussaint ! Ainsi que pendant les Journées du Patrimoine et la fête des Jardins. Ce qui est très peu !

Et donc c’est quoi, l’origine du nom de ce cimetière ?

Le cimetière du Calvaire doit son nom au Calvaire de Montmartre, qui se trouve dans le jardin mitoyen.

Tout commence en 1833, l’abbé Ottin cherche à attirer des fidèles dans sa paroisse. Pour cela, il installe sur un terrain proche de l’église Saint-Pierre de Montmartre neuf stations et un rocher pour représenter le Saint-Sépulcre. Voilà, tout est près, il n’y a plus qu’à faire du Calvaire de Montmartre un lieu de pèlerinage. Ça marche bien avec Jérusalem, objet même de plusieurs croisades. Sauf qu’ici, pas de sang à verser. Bon, si les pèlerins, bien sûr généreux, pouvaient faire des dons pour renflouer les caisses de la paroisse, ce ne serait tout de même pas de refus. Le pape y attache des indulgences mais malgré cela, le lieu est loin d’attirer autant de monde qu’espéré. Pire : la construction du Sacré-Cœur ampute le jardin d’un peu de terrain et il faut déplacer deux stations… Difficile de créer un nouveau pèlerinage. Peut-on aller jusqu’à dire que c’est un véritable calvaire ?

Résultat aujourd’hui, le Calvaire de Montmartre n’est ouvert que le premier novembre.

De la rue du Mont-Cenis à la rue de l’Abreuvoir

Le sud de la rue du Mont-Cenis

Une cour intérieure avec un puits se cache au numéro 11 bis, derrière la grille à l’emblème de l’une des plus anciennes familles de Paris. Il est possible d’y entrer lors des horaires de bureau. A côté se trouvait le cabaret de Patachou, un établissement de divertissement dans les années 1950, où Edith Piaf fit sa dernière représentation et où se produisirent Charles Aznavour, Jacques Brel, Raymond Devos, Léo Ferré, Claude Nougaro, Frank Sinatra, Georges Brassens, qui y débuta sa carrière, et bien sûr Patachou. Une galerie d’art occupe maintenant le lieu.

Au numéro 14, le château d’eau de Montmartre se trouve au milieu du square Claude Charpentier, architecte urbaniste ayant travaillé à la sauvegarde de plusieurs quartiers parisiens (Montmartre, le Marais, les Halles, les rives de la Seine…), et ayant restauré le Bateau-Lavoir.

Tournons à droite, rue Cortot.

Le musée de Montmartre

Au numéro 12 se trouvait la maison du Bel-Air, qui accueillit plusieurs artistes, tels qu’Auguste Renoir, Emile Bernard, Suzanne Valadon ou Raoul Dufy. C’est maintenant le musée de Montmartre, présente l’histoire de la Butte, des objets rappelant la bohème de Montmartre, une reconstitution de l’atelier de Suzanne Valadon et une du café de l’abreuvoir.

La rue Cortot

La rue Cortot débute avec au numéro 1 un immeuble Art déco recouvert de briques et possédant des bas-reliefs représentant des oiseaux. Son apparence devient plus campagnarde à mesure que l’on s’approche de la rue des Saules, avec des petites maisons couvertes de plantes grimpantes.

porte art déco du 1 rue cortot
Peut-être que la représentation d’oiseaux veut aller de pair avec l’air de campagne de la rue Cortot ?
maison avec vignes grimpantes et fleurs
La campagne juste après le grand immeuble avec les oiseaux !

La rue de l’Abreuvoir

En 1325, la rue de l’Abreuvoir est la ruelle qui va au But (déformation de la fontaine du Buc). Le passant arrive directement à la fontaine sur laquelle débouche la rue. Elle prend le nom de “chemin de l’Abreuvoir” en 1843, car en partait un chemin menant à l’abreuvoir de Montmartre.

restaurant la maison rose
Il faisait tellement beau que la lumière du soleil faisait presque paraître la Maison rose blanche !

L’angle de la rue à droite est bien connu avec la Maison Rose, présente sur plusieurs tableaux. Il faut dire que la rue de l’Abreuvoir a vraiment des airs de campagne et semble hors de Paris. De plus, il échappe un tout petit peu à la forte animation touristique de la place du Tertre. Il faut croire que nombre de touristes ne s’éloignent pas de plus de cent mètres des endroits considérés comme incontournables. Ne nous étonnons pas s’il y a des coins encore dits “secrets” à Paris ! Cependant, ne vous attendez pas à y être tranquille pour autant : il y a tout de même beaucoup de monde.

rue bordée d'arbres avec vue sur l'un des dômes du sacré-coeur
Ouais bon il y a quand même du monde. C’est la campagne à Montmartre !

On trouve dans la rue de l’Abreuvoir plusieurs maisons anciennes, typiques du vieux Montmartre. Celle au numéro 4 témoigne de son ancienne appartenance à un historien spécialiste des campagnes napoléoniennes, avec une enseigne représentant l’aigle impérial et un cadran solaire. A gauche, le grand jardin cache en fait des ateliers loués à des artistes étrangers pour un loyer modéré.

La rue de l’Abreuvoir débouche sur la place Dalida.

Autour de la place Casadesus

Nous allons voir plusieurs choses dans cette partie, mais rien sur la place en elle-même, dont j’ai découvert le nom lors de la rédaction de l’article.

Le buste de Dalida

Sur la place Dalida, se trouve le buste de… Dalida, réalisé par le sculpteur Aslan, il prend sa place en 1997, soit dix ans après le décès de la chanteuse. La place Casadesus se trouve un peu plus loin, après l’allée des Brouillards.

Le château des Brouillards

Nous avons vu plusieurs rues campagnardes jusqu’à maintenant. Imaginez, alors que le jour se lève, sur une petite brume à la rosée du matin. On aurait envie de commencer à écrire quelques vers sur cette ambiance poétique. Ce n’est cependant pas pour cela que le château des Brouillards porte ce nom. D’ailleurs, où est-il ce château ? Bien que le temps soit beau, je ne le vois pas.

En fait, il se trouve à l’arrière du jardin, et est bien mieux visible depuis l’allée des Brouillards. C’est un grand manoir, un peu comme la folie Sandrin que nous avons vue tout à l’heure. Tout comme elle, le château des Brouillards est une folie, construite en 1772 pour un avocat du Parlement de Paris, à la place d’une ferme et d’un moulin.

Son nom de “château des Brouillards” viendrait des vapeurs d’eau provoquées par les sources et abreuvoirs du voisinage au petit matin.

Au XIXe siècle, on construit autour des ateliers d’artistes, où vécurent par exemple Auguste Renoir et Amedeo Modigliani. Le château se trouve dans le maquis de Montmartre. Il échappe à la destruction au début du XXe siècle grâce au président de la société du Vieux Montmartre. En effet, il l’achète, le restaure et obtient la modification du tracé de l’avenue Junot !

petite rue entourée d'arbres
L’allée des Brouillards au soleil !

Le square Suzanne Buisson

Le square Suzanne Buisson porte le nom d’une femme politique et résistante, déportée et décédée à Auschwitz en 1944. On y trouve une statue de saint Denis portant sa tête. Après sa décapitation, en route pour saint Denis (à supposer qu’il y ait eu une destination à sa dernière pérégrination), il s’arrête près d’une fontaine pour laver sa tête. Ben quoi ? C’est important de garder la tête propre. Puis imaginez, si on vous coupait la tête, vous auriez les mains pleines de sang. Vous seriez contents de trouver une fontaine pour tout laver, vous aussi ! D’après la légende, la fontaine en question se trouvait près du château des Brouillards.

La légende de saint Denis daterait du IXe siècle, les abbés voulant faire oublier la chapelle Saint-Denys, dans le village de la Chapelle, au profit du bourg de Saint-Denis, où il déplacèrent ses reliques et les offrandes s’y trouvant.

Revenons place Dalida et descendons les escaliers de la rue Girardon. Nous arrivons sur la place Constantin-Pecqueur, avec en son centre le square Joël le Tac.

De square en cimetière

Le square Joël le Tac

Le square a beau avoir été créé en 1935, il ne porte son nom actuel que depuis 2012. C’est alors qu’il a pris le nom d’un résistant français. Dans le square se trouve un monument réalisé par Paul Vannier en hommage au peintre Théophile-Alexandre Steinlen. A l’ouest, le grand bâtiment de l’école Constantin Pecqueur, couvert de brique, date du début du XXe siècle.

A droite, la rue Lucien Gaulard donne accès au cimetière Saint-Vincent.

Le cimetière Saint-Vincent

tombe avec statue en bronze et sacré-cœur au loin
Naturellement, les talents artistiques s’expriment dans un cimetière de Montmartre. De même qu’une atmosphère hors de la ville.

Jamais deux sans trois : voici donc le cimetière Saint-Vincent pour compléter les cimetières de Montmartre. Le cimetière Saint-Vincent est le cimetière des montmartrois et on trouve ainsi parmi ses neuf cents tombes celle de Marcel Aymé, Maurice Utrillo, Marcel Carné, Roland Dorgelès… Le cimetière Saint-Vincent est sans doute celui qui a le plus l’ambiance montmartroise. De plus, on y bénéficie d’une belle vue sur le Sacré-Coeur. A l’origine, l’entrée se trouvait du côté de la rue Saint-Vincent. Il y aurait sûrement eu plus de touristes si l’entrée ne se trouvait pas maintenant de l’autre côté, faisant du cimetière Saint-Vincent un lieu un peu plus secret.

La rue Saint-Vincent est justement notre prochaine étape. Pour cela, il nous faut revenir sur la place Constantin Pecqueur et tourner à gauche, rue Saint-Vincent.

Le long de la rue Saint-Vincent

Le cabaret Au Lapin Agile

A gauche, au croisement avec la rue des Saules se trouve le cabaret Au Lapin Agile. Un premier édifice voit le jour en 1795 et une auberge, Au rendez-vous des voleurs, ouvre en 1860. Un nom plus adapté au Bas-Montmartre ! En 1869, il prend le nom de Cabaret des Assassins. En 1879, le caricaturiste André Gill se voit chargé de concevoir une enseigne. Il crée le lapin vert, qui avec sa bouteille de vin à la main fera connaître le cabaret sous le nom Au Lapin à Gill, qui deviendra un lapin agile.

Est-ce la fameuse agilité du lapin qui a permis au cabaret d’échapper à une destruction ou un changement d’apparence ?

Le cabaret Au Lapin Agile devient un repaire d’artistes désargentés au début du XXe siècle, car le propriétaire leur offre parfois le repas en échange d’un tableau ou d’une chanson. Picasso, Van Gogh, Vlaminck, Roland Dorgelès, Apollinaire et bien d’autres se retrouvent dans cet établissement qu’Aristide Bruand a racheté afin de le sauver des promoteurs. Ils ne sont pas les seuls clients. En effet, le lieu devient également prisé des anarchistes, mais aussi de voyous du Bas Montmartre. L’ambiance est parfois explosive mais le cabaret Au Lapin Agile finit par regagner son calme.

Un calme qui va s’installer en 1914, alors que les habitués partent au front. Il ne retrouvera pas son animation une fois la guerre finie, Montparnasse devenant alors le nouveau lieu de rendez-vous des artistes. Néanmoins, Léo Ferré ou Claude Nougaro y font des apparitions et le cabaret Au Lapin Agile est toujours en activité aujourd’hui.

Les vignes du Clos Montmartre

De l’autre côté de la rue Saint-Vincent, on trouve des vignes. La présence de vignes à Montmartre date au moins du Xe siècle. La culture va se poursuivre pendant plusieurs siècles. Les parcelles se trouvant en dehors du mur d’octroi, le vin se commercialise dans les tavernes du voisinage et n’est pas soumis à l’octroi.

parcelle de vignes et bâtiments en arrière plan
Le futur concurrent du vin de Bordeaux ?

Mais le développement du quartier, consécutif à son rattachement à Paris en 1860, va mettre à mal les parcelles viticoles. En 1930, la ville de Paris, alors propriétaire du terrain devant lequel nous nous trouvons, prévoit d’y construire des immeubles. Henri Sauvage est alors pressenti pour construire un immeuble à gradins, semblable à celui qui se trouve au numéro 26 de la rue Vavin. La mobilisation des habitants du quartier fait échouer le projet et on plante de nouveaux cépages, curieusement sur une pente orientée côté nord.

Les récoltes ont toujours lieu et des bouteilles de vin sont vendues lors d’enchères. Les œuvres sociales organisées dans le quartier bénéficient des sommes récoltées.

Le jardin sauvage Saint-Vincent

Quelques mètres plus loin se trouve le jardin sauvage Saint-Vincent, 2000 m² où la végétation se développe librement. Cet ancien jardin du bâtiment du Musée de Montmartre est devenu un square public, puis une friche abandonnée jusque dans les années 1980. De nombreuses espèces végétales colonisent cet espace, aidées par les paysagistes de la ville de Paris, qui y ajoutent une petite mare. Afin de le préserver, le jardin n’est ouvert aux visites que durant des visites guidées.

maison couverte de vignes
Les vignes sont même sur les maisons !

Avec les maisons de campagne, parfois couvertes de vigne, la rue Saint-Vincent est une rue à l’ambiance très campagnarde ! Elle débouche sur le square de la Turlure.

Autour du Sacré-Coeur

Le square de la Turlure

En 1770, on construit ici le treizième moulin de Montmartre. Il ne se trouvera ici que pendant cinquante ans, les carrières de Montmartre fragilisant les sols, entraînant la destruction progressive des moulins. Si du moulin, il ne reste rien, une petite grotte témoigne de l’ancienne présence des sœurs du Cénacle, qui avaient aménagé une petite réplique de la grotte de Lourdes. Le square de la Turlure porte désormais le nom de square Marcel Bleustein Blanchet, un résistant français qui fonda le groupe Publicis, aujourd’hui troisième groupe mondial de publicité. Le visiteur y découvre également une vue sur l’arrière de la basilique du Sacré-Coeur.

On contourne celle-ci en tournant à droite, rue du Chevalier de la Barre.

La cité du Sacré-Coeur

A droite débute la Cité du Sacré-Coeur où se trouve le prieuré de Saint-Benoît. La grille était ouverte lors de ma visite, j’en ai ainsi profité pour prendre une photo. Cependant, il n’y avait rien d’extraordinaire.

Continuons sur la rue du Cardinal Guibert, qui passe entre la basilique du Sacré-Cœur et l’église Saint-Pierre de Montmartre. C’est bon, nous sommes enfin arrivés devant la basilique du Sacré-Cœur, depuis tout le temps que nous le voyons ! Il faut dire que nous en avions déjà eu un aperçu lors de notre visite du deuxième arrondissement, il y a bien longtemps de cela…

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Petite histoire de la basilique du Sacré-Cœur

Comme nous l’avons vu jusqu’ici, la colline de Montmartre a longtemps été un lieu de culte. Mais après tout, elle dispose déjà d’un édifice religieux : l’église Saint-Pierre de Montmartre, alors pourquoi débuter la construction de la basilique du Sacré-Cœur en 1875 ? En 1870, la France perd la guerre contre la Prusse. Il ne faut pas longtemps pour que certains attribuent la cause de la défaite à une punition divine après ce qui serait un siècle de déchéance morale depuis la révolution de 1789. Napoléon Ier ayant apparemment trouvé un moyen d’empêcher la fureur divine, c’est Napoléon III qui en paya les conséquences.

Mais la construction de l’église ne va pas être une chose aisée. Il faut d’abord faire l’acquisition des terrains. Situés au sommet de la Butte Montmartre, ils permettront à l’édifice de dominer tout Paris. Cependant, il y a un hic : ils appartiennent à des particuliers ou à la ville de Paris. Qu’à cela ne tienne, il suffit de déclarer le projet d’utilité publique, ce qui permettra l’expropriation des propriétaires si besoin. L’Assemblée nationale, à majorité royaliste, vote la loi d’utilité publique.

Cela ne va pas faire taire les débats, entre les conservateurs favorables à sa construction pour expier les pêchés révolutionnaires (1789 et de la Commune de Paris), et les socialistes, qui dénoncent la provocation que représente cette construction à l’endroit où la Commune de Paris a débuté. Si l’expiation de la Commune fût sûrement l’un des motifs des partisans de la construction du Sacré-Cœur, une réaction au libéralisme de la société pourrait en être un autre. En plus de ce contentieux, la construction de l’église du Sacré- Cœur s’étend sur une longue période, de 1875 à 1923, pendant laquelle la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat est votée par exemple, avec un athéisme montant, parfois accompagné d’un anticléricalisme.

Aujourd’hui encore, ce sujet fait l’objet de débats. Encore très récemment, des élus ou des initiatives citoyennes réclamaient la destruction de la basilique. Chose qui n’est plus possible désormais, mais depuis très récemment, puisque la basilique du Sacré- Cœur rejoint la liste des monuments historiques classés le 13 décembre 2022.

Au-delà de ces controverses, intéressons-nous au bâtiment en lui-même et à son architecture. La basilique du Sacré-Cœur est en effet un monument très intéressant.

Le monument le plus célèbre de l’arrondissement !
L’architecture de la basilique du Sacré-Coeur

La construction du Sacré-Cœur fait intervenir plusieurs architectes. Tout d’abord, Paul Abadie commence la construction et prévoit une basilique romano-byzantine. Se succéderont ensuite Honoré Daumet, Charles Laisné, Henri-Pierre Rauline, Charles Garnier, Lucien Magne et Jean-Louis Hulot. Autant d’esprits qui influenceront un style éclectique ! Par exemple, Magne remplace les coupoles byzantines prévues par Abadie par des dômes de style néo-Renaissance de forme ovale.

Ce sont des pierres blanches de Château-Landon et de Souppes-sur-Loing qui constituent les murs du Sacré-Coeur. Elles sécrètent du calcin lorsqu’il pleut, ce qui donne à la basilique du Sacré-Cœur sa couleur blanche. Un blanc qui n’est troublé que par les statues équestres en bronze de saint Louis et de Jeanne d’Arc. Un blanc que l’on voit de loin, le Sacré-Cœur culminant à 83 mètres en haut du dôme central, 91 en haut du campanile. C’est alors l’édifice le plus haut de Paris. Il faut dire que quand on est perché sur une colline de 130 mètres, ça aide ! Mais malgré cette surélévation, la tour Eiffel est plus haute ! Le Sacré-Cœur détient cependant un autre record : en effet, il renferme la plus grosse cloche de France, La Savoyarde, fondue à Annecy en 1895 et pesant 18.8 tonnes. On y trouve aussi la plus grande mosaïque de France.

Car oui, je ne vous ai pas encore parlé de l’intérieur et de ce que cachent les trois portes ornées de bas-reliefs représentant des passages du Nouveau Testament. Outre une grande mosaïque s’étendant sur 475 m² et représentant Jésus-Christ ressuscité (la plus grande mosaïque de France), on trouve une grande crypte, plusieurs chapelles avec un riche statuaire, un maître-autel avec un grand retable, une imposante verrière… Et un grand dôme, mais on le voyait déjà dehors. Différemment cependant ! Il offre une vue splendide sur Paris et sa région, après l’ascension des 280 marches !

Depuis 1885, des fidèles se relaient et assurent ainsi une prière perpétuelle dans la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

Quels monuments voit-on d’ici ? Je suis resté sur le parvis, je prendrai de la hauteur dans le Dôme sûrement un autre jour !

Le square Louise Michel

Témoin du débat enflammé dont nous avons parlé précédemment, le square devant la basilique du Sacré-Coeur tient son nom d’une figure majeure de la Commune de Paris. Il faut dire aussi que son précédent nom, square Adolphe Willette, n’était plus très acceptable en 2004 au vu de l’engagement antisémite du dessinateur. Une fois ces questions de nommage évoquées, intéressons-nous à ce que l’on trouve dans ce square aménagé à partir de 1877, puis réaménagé au début du XXe siècle par l’architecte Jean-Camille Formigé.

Tout d’abord, ne pas manquer le point de vue depuis le parvis du Sacré-Cœur . Plus bas se trouve une fontaine monumentale de style néoclassique réalisée par Paul Gasq en 1932. Plusieurs arbres remarquables se trouvent dans le parc, tels qu’un marronnier d’Inde de 3.3 mètres de circonférence et 20 mètres de haut ou un févier d’Amérique de trois mètres de circonférence. Ils ont l’avantage de procurer de l’ombre, contrairement aux escaliers qui montent vers la basilique du Sacré-Cœur.

Une fois en bas, nous tournons à droite, rue Tardieu, puis à gauche, rue des Trois Frères. Nous arrivons sur la place Charles Dullin.

La place Charles Dullin

La place du Théâtre existait déjà en 1825 et on y trouvait, sans surprise, un théâtre. Le théâtre en question, théâtre de Montmartre puis théâtre de l’Atelier, est en activité depuis le XIXe siècle. L’acteur Charles Dullin le dirigea de 1922 à 1940 et donna son nom à la place. 

Nous continuons la promenade sur la rue d’Orsel puis tournons à gauche, rue Seveste. A droite de la rue Ronsard se trouve la Halle Saint-Pierre.

Des magasins près du Sacré-Coeur

La halle Saint-Pierre

La halle Saint-Pierre est un ancien marché couvert construit par un disciple de Victor Baltard en 1868. On reconnaît le style architectural avec l’utilisation du fer et de la fonte. La halle se consacre désormais à l’art brut et aux expositions éloignées des grands courants d’art contemporain.

Le marché Saint-Pierre se trouve de l’autre côté, dans la rue Charles Nodier.

Le marché Saint-Pierre

2500 m² sur six niveaux sont consacrés à la vente de tissus. Ce n’est d’ailleurs pas le seul magasin de tissu des environs.

Continuons notre promenade dans la rue Charles Nodier en direction du nord, puis tournons à droite, rue André del Sarte. Au numéro 24, remarquons les mosaïques entre les fenêtres. La rue André del Sarte débouche dans la rue de Clignancourt et devant les anciens magasins Dufayel.

Les anciens magasins Dufayel

En 1856, Jacques François Crespin ouvre ce grand magasin parisien, alors nommé Palais de la Nouveauté. En 1888, Georges Dufayel reprend l’affaire qu’il développe, l’enseigne employant jusqu’à 15 000 personnes ! Se trouvant dans un quartier ouvrier, le magasin développe le crédit à la consommation. Touché par une bombe durant la Première Guerre mondiale, le grand magasin Dufayel ferme en 1930. Il abrite aujourd’hui des bureaux de banque et 280 logements. La façade bien visible depuis la rue André del Sarte présente un grand haut-relief de Jules Dalou représentant le Progrès entraînant le Commerce et l’Industrie, ainsi que des statues réalisées par Alexandre Falguière.

Le quartier de la Goutte d’Or

Histoire de quartier de la Goutte-d’Or

Il y a plusieurs siècles, des vignobles se trouvaient ici. Ils produisaient du vin blanc, qui donna le nom de “La Goutte d’Or” à une auberge, puis à son village. La Goutte d’Or, ça peut sembler un peu arrogant. Toujours est-il qu’il était réputé, puisque la ville de Paris en offrait quatre bouteilles au roi de France lors de l’anniversaire de son couronnement ! Ce petit hameau se trouvait près de la Chapelle, commune à laquelle il a été rattaché. Il se développe au cours du XIXe siècle, alors que La Chapelle est rattachée à Paris en 1860. Le quartier devient un quartier industriel, notamment dans le domaine des chemins de fer, avec par exemple l’installation d’une fabrique de machines à vapeur.

Le quartier de la Goutte-d’Or accueille ensuite de nombreux immigrants dans la seconde moitié du XXe siècle, ce qui en fait le quartier le plus cosmopolite de Paris. Cela se voit notamment dans les commerces exotiques. C’est aussi un quartier avec une part importante de logements sociaux, surtout comparé à Montmartre que l’on vient de quitter.

Autour du boulevard Barbès

La rue de Sofia

Nous prenons la rue de Clignancourt en direction du sud et tournons à gauche, rue de Sofia. L’immeuble tout le long du côté gauche de la rue est occupé par les bureaux de la BNP Paribas, la banque qui a ses bureaux dans les anciens magasins Dufayel. Impressionnante succession de grandes fenêtres sur une façade se terminant par une rotonde à l’angle avec le boulevard Barbès.

pavillon circulaire à l'angle du boulevard barbès
Il y a eu quelques modifications depuis l’époque des Grands magasins Dufayel !

Le marché Barbès

Avant de parler du boulevard Barbès, signalons que sur le boulevard de la Chapelle, à gauche, se tient un grand marché. La ligne 2 du métro suit le tracé du boulevard. De l’autre côté, on peut voir le cinéma Le Louxor, dans le dixième arrondissement, et donc déjà présenté dans l’article dédié. Mais le bâtiment vaut le coup d’œil et donc je profite de notre passage ici pour le signaler.

Le boulevard de la Chapelle suit l’ancien tracé du mur des Fermiers généraux. Il était moins onéreux de bâtir une ligne aérienne que de creuser, c’est pourquoi la ligne 2, tout comme la ligne 6, sont aériennes sur une partie de leur parcours.

Le boulevard Barbès

En 1863, lors des aménagements Haussmanniens, on décide de prolonger le boulevard Magenta jusqu’à la porte de la Clignancourt. C’est ainsi que le boulevard Ornano, dont la partie sud devient boulevard Barbès, est créé. Nous avons déjà vu les Grands magasins Dufayel. Ils occupent aussi les numéros 15 et 17. L’adjectif “grand” n’est pas trompeur ! C’est ainsi que nous pouvons encore admirer une façade avec des visages au-dessus du troisième étage de fenêtres, et une rotonde peu après.

immeuble haussmannien avec surélévation plus moderne
Curieuse surélévation d’immeuble haussmannien. Qui sont les visages au-dessus des fenêtres ?

Le boulevard Barbès constitue un quartier populaire de Paris, cela est visible aux magasins que l’on y trouve. Mais ils ne sont pas sans surprise.

Un ancien cinéma dans un magasin

Au numéro 34 se trouve un magasin de la chaîne Kata.

On va encore beaucoup marcher, c’est pour ça que tu veux qu’on achète des chaussures ?

Euh, non, non. C’est parce-que ce magasin a pris place dans un ancien cinéma ! Les rideaux rouges, le balcon de style néo-classique, et même les affiches publicitaires sont toujours présentes ! Des restes oubliés du cinéma Barbès Palace, datant de 1914 et fermé en 1985. Il n’a malheureusement pas été réhabilité comme le Louxor, et ne bénéficie même pas d’une mesure de protection. Une découverte tout à fait insolite, qui ne se devinerait pas du tout de la rue !

intérieur d'un magasin de chaussure avec un décor de théâtre à l'italienne
Comme quoi, on peut avoir des surprises touristiques mêmes en faisant du shopping !

Le magasin s’ouvre de l’autre côté, sur la rue des Poissonniers. Remarquons un fronton ouvragé au numéro 14. La rue des Poissonniers rejoint le boulevard Barbès. Nous tournons alors tout de suite à gauche, rue de la Goutte d’Or.

Autour de la villa Poissonnière

La rue de la Goutte d’Or porte le nom du hameau de la Goutte d’Or. Au milieu des immeubles modernes (la rue ayant fait l’objet d’un réaménagement urbain dans les années 1980-1990), une grille au numéro 42 ferme l’accès à la villa Poissonnière. Cette voie privée date de 1830, alors que le hameau de la Goutte d’Or se développe. Son commanditaire est le charcutier Benoît Véro, qui va faire appel à vos souvenirs car nous avons déjà entendu parler de lui. C’était il y a très longtemps, lors de notre visite du premier arrondissement. Benoît Véro était l’un des propriétaires de la galerie Véro-Dodat.

petite allée encadrée de maisons avec jardins

Tournons à gauche, rue des Gardes, qui est le domaine des magasins de couture et de design. Nous arrivons sur la rue Polonceau. A gauche, au numéro 41 se trouve l’autre entrée de la villa Poissonnière. J’ai eu la chance d’être invité à entrer par un habitant ! J’ai ainsi pu découvrir les petits pavillons avec leurs jardins. Un tout autre style comparé à la rue de la Goutte d’Or ! Une autre époque… Mais au départ, j’étais venu dans la rue Polonceau pour voir au numéro 38 une maison, entourée de verdure, un autre bout de campagne qui était la maison d’anciens meuniers. En effet, la rue Polonceau était à l’origine un chemin menant aux cinq moulins présents sur la butte des Couronnes.

maison cachée derrière les buissons
Un vestige de la campagne dans le quartier de la Goutte d’or

Faisons demi-tour dans la rue Polonceau. Le square Léon se trouve à l’emplacement de la butte des Couronnes avec ses cinq moulins. Ces moulins servaient à broyer le plâtre extrait des carrières de Montmartre. Mais cela faisait longtemps que les moulins avaient disparu lorsque le square Léon a été aménagé à la place d’immeubles détruits dans les années 1970-1980.

Tournons à gauche, rue Saint Luc. Remarquons l’école Saint-Luc et ses bâtiments du début du XXe siècle. Mais c’est surtout la vue sur l’église Saint-Bernard de la Chapelle qui attire l’œil.

Autour de l’église Saint-Bernard de la Chapelle

façade avec porche d'entrée

Au XIXe siècle, la population du hameau de la Goutte d’Or s’accroît, mais les habitants doivent toujours se rendre dans la commune de La Chapelle pour prier à l’église Saint-Denys de la Chapelle. L’architecte Auguste-Joseph Magne (père de Lucien Magne) bâtit alors une nouvelle église de 1858 à 1861 dans un style néogothique. Louise Michel y anime le club de la Révolution pendant la Commune. L’église défraie les chroniques en 1996 lors du mouvement des sans-papiers. Trois cents étrangers s’y installent pour demander leur régularisation, après avoir été expulsés de l’église Saint-Ambroise. Une nouvelle expulsion interviendra, à la suite de laquelle un processus de régularisation au cas par cas aura lieu. L’église Saint-Bernard de la Chapelle est sous la responsabilité de missionnaires scalabriniens, une congrégation créée en Italie à la fin du XIXe siècle ayant pour mission l’accompagnement des migrants.

L’entrée ne se fait pas par le proche flamboyant offert par la ville de Paris, mais par une petite porte au sud, dans le rue Saint-Bruno. L’intérieur est typique du style néogothique, le principal intérêt de l’église étant les peintures dans les chapelles latérales et les vitraux. Récemment, une restauration des peintures de la chapelle des baptismaux a été effectuée par les élèves de l’Institut National du Patrimoine. Lors de mon passage, un panneau l’indiquant se trouvait dans la chapelle. Les étudiants, sous la responsabilité d’un enseignant, ont restauré deux œuvres de Charles Porion, un élève d’Ingres (dont nous avons un peu parlé dans l’article précédent).

Devant le porche, le square Saint-Bernard – Saïd Bouziri porte le nom d’un militant des droits humains qui tenait une librairie dans le rue Stephenson. Rue Stephenson dans laquelle on trouve un bâtiment avec un ensemble de grandes fenêtres à la place du bow-window central au numéro 20 ou des motifs courbés dans les rambardes des balcons et sur la porte au numéro 16.

Faisons demi-tour et tournons à droite, rue Saint-Luc. Remarquons les mosaïques entre les fenêtres des immeubles aux numéros 11 et 13. Nous tournons ensuite à droite, rue Léon.

La rue Léon

L’Institut des Cultures d’Islam

L’Institut des Cultures d’Islam se trouve aux numéros 19 à 23 de la rue Léon. Cet espace présente la civilisation islamique à travers des expositions artistiques, des concerts, des lectures de contes, ou encore des visites du quartier.

L’Olympic Café

En face, l’Olympic Café est un café, restaurant et salle de concert qui a pris place dans une ancienne salle de bal de style Art déco. Un style que l’on retrouve sur la façade de l’immeuble, en pierres de tailles et briques, avec trois bow-windows décorés de quelques bas-reliefs.

Un grand marché africain

Nous prenons la rue de Panama, juste avant l’Institut des Cultures d’Islam, puis tout de suite à gauche la rue de Suez pour arriver à la rue Dejean. Un grand marché africain a lieu dans cette rue, et plusieurs boutiques africaines se trouvent dans les rues tout autour. 

Le long de la rue Doudeauville

Au bout de la rue Léon, nous tournons à droite, rue Doudeauville. Cette rue, ouverte en 1826, faisait le lien entre la route de Saint-Denis et la rue des Poissonniers. Au numéro 33, un bas-relief en couleur est le fronton d’un ancien temple luthérien.

bas-relief en couleurs
Une distribution de pains ?

Un mascaron constitue le fronton du numéro 31, un immeuble qui semble avoir été rehaussé.

Faisons un petit détour par la rue Jean Robert et remarquons l’immeuble en briques rouges situé aux numéros 12 et 14. Un bas reliefs représentant des branches se trouve au-dessus de la fenêtre surmontant la porte de droite. Cet immeuble est une ancienne coopérative ouvrière. Issue d’une association ouvrière après 1848, elle avait pour mission d’assurer une distribution alimentaire pour ses adhérents. Un magasin coopératif se trouvait au rez-de-chaussée tandis que des logements occupaient les étages supérieurs.

De retour rue Doudeauville, nous passons devant le site de l’ancienne mairie de La Chapelle, aujourd’hui le collège Marx-Dormoy. Décidément, il y a toujours des motifs similaires sur les briques de ces bâtiments du début du XXe siècle, mais je ne sais pas ce qu’ils représentent…

Nous faisons un détour par la rue de la Chapelle, quoique vous pouvez écourter la promenade en tournant à gauche puis de nouveau à gauche, rue Ordener. Nous parcourons la rue de la Chapelle en direction du sud.

Le quartier de la Chapelle

Histoire du quartier de la Chapelle

La Chapelle fût longtemps un village au nord de Paris. Point de passage entre la capitale, Saint-Denis et le nord de la France, plusieurs auberges s’y développent. Aux alentours, de grands champs cultivés permettent d’alimenter Paris. La foire du Lendt, l’une des plus grandes foires de France, se déroulait dans cette plaine en juin, du IXe siècle à 1793. Cet événement, qui rassemblait des marchands venus de toute l’Europe, apportait un grand gain financier au village de la Chapelle.

Si le village décline à cause de la guerre de Cent-Ans et des guerres de Religion, il renaît au XVIIe siècle avec l’installation de plusieurs guinguettes, qui en font un lieu de divertissement. Au XIXe siècle, de nouveaux habitants, venus des campagnes et trop pauvres pour loger à Paris, s’y installent. Les voies de chemin de fer remplacent le blé dans les champs et aujourd’hui encore, le quartier de la Chapelle se trouve entre deux ensembles de voies, partant de la gare du Nord et de la gare de l’Est.

Le Bois Dormoy

Dans la cité de la Chapelle se trouve le Bois Dormoy, à l’emplacement d’un ancien terrain vague. Échappé d’un projet d’urbanisation en 2015, le Bois Dormoy est géré par une association qui y a mis en place un jardin partagé, organise des concerts, des lectures de contes, des expositions de photographie, accueille des élèves des écoles voisines…

Tournons ensuite à gauche, boulevard de la Chapelle, puis de nouveau à gauche, rue Pajol.

Le temple Ganesh

En 1985, un certain M. Sanderasekaram décide de construire un temple hindou, alors qu’il n’y en a aucun à Paris. Ce sera le temple Sri Manika Vinayakar Alayam, consacré à Ganesh. Il le fait construire au 17 rue Pajol, offrant ainsi un lieu de culte à la communauté tamoule sri-lankaise de Paris, qui devait jusque-là prier chacun chez soi. La famille Sanderasekaram a bâti d’autres temples hindous : dans le nord du Sri-Lanka, à Londres ou encore à Melbourne.

Le temple est ouvert de 8h30 à 20h.

Juste à côté se trouve l’église Notre-Dame de Chaldée, une église construite en 1992 où les messes se font en araméen, la langue parlée par Jésus-Christ. Ce rite est apparu en Turquie au XVIe siècle et les messes de l’église Notre-Dame-de-Chaldée accueillent essentiellement des réfugiés irakiens et turcs. Pour la repérer, ne pas chercher de clocher, mais une grande croix sur une grande fenêtre. Elle se trouve aux numéros 13-15.

Retournons rue Marx Dormoy et marchons en direction du nord, jusqu’à arriver devant une chapelle et un édifice d’apparence médiévale au numéro 16.

L’église Saint-Denys de la Chapelle

Sainte Geneviève décide de la construction d’une chapelle à cet emplacement en 475, le tombeau de saint Denis se serait alors trouvé dans les parages. La chapelle attire des pèlerins, ce qui aide au développement du village de La Chapelle. Selon certains écrits, les reliques de saint Denis sont déplacées dans la basilique Saint-Denis au VIIe siècle, ce qui entraîne l’abandon de la chapelle, détruite par les Vikings au IXe siècle. En 1204, on construit une nouvelle église de style gothique primitif. Elle est incendiée pendant la Grande Jacquerie en 1358, puis de nouveau dégradée pendant les guerres de Religion et l’occupation de l’armée prussienne en 1814.

Depuis la rue de la Chapelle, on peut voir une façade de style classique, construite en 1757, mais plus de clocher, celui-ci ayant été détruit à deux reprises pour éviter son effondrement, en 1757 et 1930.

L’entrée se trouve du côté de la place de Torcy, accessible depuis la rue de Torcy. La première fois, j’ai pensé que l’église était fermée et que les horaires indiqués étaient incorrects…

L’intérieur de l’église est sombre et l’ambiance paraît nous provenir directement de l’édifice médiéval. Le style roman est très présent, de même qu’un style gothique primitif dans les chapiteaux. On trouve à l’intérieur des vitraux à motifs géométriques, quelques statues, dont une statue de Jeanne d’arc au bûcher, et une partie de la nef avec la charpente apparente.

église à façade classique et basilique de style néo-roman
Une basilique assez étonnante, qui déteint avec l’église à droite !

La basilique Sainte-Jeanne-d’Arc de Paris

En 1914, la Première Guerre mondiale vient de commencer et les armées allemandes marchent vers Paris. L’abbé Margand, de la paroisse Saint-Denys de la Chapelle invoque Jeanne d’Arc et fait vœu de construire une basilique en son honneur si Paris n’est pas touché par les Allemands. Pourquoi Jeanne d’Arc ? Et bien, parce-qu’en 1429, Jeanne d’Arc se serait recueillie dans l’église Saint-Denys de la Chapelle avant de tenter de reconquérir Paris. L’assaut, qui a lieu contre la porte Saint-Honoré, échoue et Jeanne d’Arc est blessée à la jambe par un carreau d’arbalète. Une statue de Jeanne d’Arc à cheval se trouve près de l’endroit où elle aurait été blessée, sur la place des Pyramides, dans le premier arrondissement.

Revenons au vœu de l’abbé Margand. Quand la Grande Guerre se termine, Paris n’a pas été pris. Quelques bombes sont tombées, mais l’abbé estime que son vœu a été exaucé. Plusieurs emplacements sont envisagés et c’est finalement le terrain adjacent à l’église Saint-Denys de la Chapelle qui est choisi. On déplace même la statue de Jeanne d’Arc, alors devant l’église, devant la basilique. Le diocèse de Paris lance un concours d’architecture, qui permet de recevoir pas moins de 165 projets. C’est celui de Georges Closson qui remporte le concours, éliminant Auguste Perret et son projet d’église avec un clocher en béton armé et vitrail de deux-cents mètres de haut. Il s’en inspirera pour l’église Saint-Joseph du Havre, ville dont il reconstruit tout le centre-ville.

Les travaux commencent en 1930, mais il faut déjà consolider les cavités souterraines. Le 12 mai 1935, la basilique est ouverte au culte. Mais elle est loin d’être terminée. En effet, on doit d’abord détruire et reconstruire l’école paroissiale, et le projet initial se trouve être trop onéreux. Pierre Isnard se voit confier la réalisation d’un nouveau projet fin 1959. Les travaux se terminent en 1964. De la rue de la Chapelle, cette église de style néo-roman ressemble à un château-fort du Moyen-Âge.

Les entrées se trouvent de l’autre côté. Au passage, remarquons l’immeuble du 58 rue de Torcy, qui présente quelques mosaïques.

Un immeuble couvert de briques avec des mosaïques florales.

Le nord du 18e arrondissement

La rue Marcadet

Revenons sur la rue Marx Dormoy et marchons vers le sud puis tournons à droite, rue Ordener. Un pont traverse les voies ferrées et à gauche débute la rue Marcadet. Au numéro 7 se trouvent deux œuvres d’art de rue, qui font face à tout un mur peint, de l’autre côté de la rue Ordener.

oiseau bleu et fleurs peints contre le mur
Un petit bout de forêt dans un quartier qui en aurait bien besoin !

Aux numéros 51 et 53, l’immeuble reprend les codes de l’Art déco et semble couvert de carrelage.

immeuble paraissant couvert de carrelage

Nous tournons ensuite à droite, boulevard Barbès, puis de nouveau à droite, rue Boinod et enfin à gauche, rue du Simplon.

Autour de l’arrêt Simplon

La rue du Simplon

La rue du Simplon, du nom d’un col dans les Alpes, est lotie dans la deuxième moitié du XIXe siècle. C’est ainsi qu’on y trouve des immeubles de style Art nouveau, tels que ceux aux numéros 17 et 21, des immeubles Art déco comme celui au numéro 21 bis, et des immeubles post-haussmanniens. L’immeuble au numéro 21, que des céramiques colorent par endroits, a toute sa partie centrale en retrait, une sorte de bow-window à l’envers.

immeuble avec façade en u
Une immeuble à façade en U, une disposition s’inspirant de ce que les frères Perret ont fait avec leur immeuble de la rue Benjamin Franklin.

Au numéro 23 se trouve l’église orthodoxe serbe de Paris, installée dans un ancien temple protestant. Continuons sur la rue Boinod et tournons à droite, rue des Amiraux.

La rue des Amiraux et la Piscine des Amiraux

La rue des Amiraux comprend plusieurs bâtiments du début du XXe siècle. L’art déco y est représenté, tout d’abord avec l’immeuble au numéro 13, qui fait l’angle, légèrement décoré de briques bleues et d’un peu de grès cérame, ainsi qu’avec l’immeuble du numéro 11, avec son double bow-window central. Deux immeubles qui ont peut-être constitué le groupe d’habitations bon marché réalisé dans la rue des Amiraux. Mais si nous avons marché jusqu’ici, c’est pour la piscine des Amiraux, se trouvant un peu plus loin.

immeuble à gradins
La pyramide du 18e arrondissement. Pas besoin d’aller en Egypte !

Avec ses carreaux de faïences blanches rappelant ceux du métro, l’immeuble de la piscine des Amiraux fait beaucoup penser à l’immeuble du 26 rue Vavin. Et pour cause : il a été construit par le même architecte, Henri Sauvage. Une construction qui s’est faite avec du béton armé selon le même procédé d’immeuble à gradins, entre 1922 et 1927.

L’immeuble fait débat. En effet, ses gradins impliquent une perte d’espace et donc de logements. Mais ils permettent un meilleur éclairage par la lumière du soleil des appartements, qui bénéficient d’une terrasse. Alors directeur, avec Charles Sarazin, de la Société anonyme de logements hygiéniques à bon marché, Henri Sauvage se sert de carreaux de faïence blanche. En revanche, ce n’est pas lui qui a décidé de construire une piscine au centre de l’immeuble, y imaginant un cinéma. La mairie de Paris, commanditaire de ce projet d’HBM, prendra la décision d’y établir plutôt une piscine.

En face de l’entrée de la piscine des Amiraux se trouve l’école publique des Amiraux. J’ai pu profiter de l’ouverture de la porte de la cour pour voir les mosaïques représentant des fleurs au-dessus de la porte d’entrée du bâtiment scolaire.

La rue des Amiraux croise la rue de Clignancourt. A droite se trouve l’église Notre-Dame du bon conseil, à gauche, notre prochaine destination.

L’église Notre-Dame du Bon Conseil

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’église Notre-Dame du bon conseil. Il n’y a en plus pas grand chose à voir dans cette église de style néo-gothique sobre de la fin du XIXe siècle. Son principal attrait : ses vitraux réalisés par les ateliers Mauméjean, représentant la Sainte Famille, la vie de Jésus et des apparitions de la Vierge. Le nom de l’église évoque une apparition de la Vierge en Italie, en 1467. Une verrière à motifs géométrique se trouve du côté de la façade. Tous ces vitraux colorent une église aux murs blancs, sous un toit en lambris rouge sombre.

Autour de la place Aminadabu Birara

Marchons dans la rue de Clignancourt en direction du sud, traversons le boulevard Ornano puis la rue Ordener et tournons à droite, rue Eugène Sue. Nous arrivons sur la place Aminadabu Birara, du nom d’un résistant rwandais contre le génocide des Tutsi.

Au sud, dans la rue Ramey, à l’angle avec la rue du Baigneur, des mosaïques représentant des scènes de pêche témoignent de la présence, aujourd’hui révolue, d’une poissonnerie.

mosaïque représentant une scène de pêche
Une poissonnerie qui vend maintenant … ???

Au nord de la place se trouve la rue Ferdinand Flocon, avec un immeuble à auvent et couvert de briques avec motifs colorés. Des carreaux de grès cérame entourent la porte. L’école maternelle Ferdinand Flocon, en briques elle aussi, mais de couleurs différentes, date du début du XXe siècle.

vue sur le dôme et le clocher du sacré-cœur
Il n’y a pas à dire, les vues depuis le sud sont meilleures ! Mais quand même, cette vue est pal mal, n’est-ce pas ?

Nous continuons notre promenade depuis la place Aminadabu Birara sur la rue Marcadet. On tourne ensuite à droite, rue du Mont-Cenis. Remarquons tout de même à l’angle entre les deux rues, au numéro 103, le curieux édifice avec une petite poivrière (petite tourelle de forme cylindrique ou polygonale, surmontée d’un toit conique). C’est un vestige de l’ancienne manufacture de porcelaine de Clignancourt, du XVIIIe siècle. La manufacture eut une durée de vie très courte. Ouverte en 1775, elle est en proie à des difficultés à la Révolution, ses clients, souvent issus de la noblesse, ayant émigré. Les tentatives de relance de l’activité, au tout début du XIXe siècle, échouent, et seul cet édifice et sa poivrière échappent à la destruction. Plus récemment, c’était un club libertin, qui a fermé en 2021.

petit bâtiment avec tourelle d'angle avec poivrière
La manufacture essayait-elle de se faire passer pour plus ancienne qu’elle ne l’est avec cette poivrière ?

La rue du Mont-Cenis nous mène à la place Jules Joffrin.

La place Jules Joffrin, l’église et la mairie

L’église Notre-Dame de Clignancourt

Clignancourt reste longtemps un petit village de campagne. Mais au milieu du XIXe siècle, le nombre d’habitants du quartier de Clignancourt est en pleine augmentation. Alors que le dimanche arrive et qu’il est temps pour eux d’aller prier, il faut aller jusqu’à l’église Saint-Pierre de Montmartre pour cela ! Ce qui doit empêcher les estropiés d’assister à la messe. Ou tout simplement, les gens un peu feignants ! L’architecte Paul-Eugène Lequeux construit donc une église entre 1859 et 1863 dans un style éclectique. C’est l’empereur Napoléon III qui finance en personne l’édification de cette église, l’impératrice Eugénie participant à sa dotation en mobilier. Mais une grande partie de celui-ci disparaît lors de la Commune.

Cela n’empêche par l’intérieur de l’église, où le style néo roman domine, d’être bien doté en statues, notamment dans le déambulatoire, et surtout de tableaux. Des artistes de renom participent à la décoration de l’église Notre-Dame de Clignancourt, tels que Michel Dumas, Félix-Joseph Barrias ou Romain Cazes. On trouve également des toiles de Nélie Jacquemart, épouse du banquier et collectionneur Edouard André, et qui ont tout deux légué leur hôtel, devenu musée Jacquemart-André, à l’Institut de France.

Le chœur est très riche en peintures. De nombreuses icônes et tableaux, réalisés par Romain Cazes, s’y trouvent. Ils ne sont éclairés que par des petits vitraux plutôt géométriques, dont le style contraste avec ceux vu d’habitude. Dans le croisillon droit du transept, Michel Dumas a représenté la vie de saint Denis. Félix-Joseph Barrias a quant à lui décoré la chapelle de la Vierge, derrière le chœur. Plusieurs tableaux retraçant la vie de la Vierge encadrent une Vierge à l’Enfant en marbre, réalisée par Auguste-Louis Ottin. Deux tableaux de Nélie Jacquemart se trouvent dans le petit couloir menant à cette chapelle. Ils sont légendés, ainsi vous les reconnaîtrez facilement. Si son nom vous dit quelque-chose, c’est parce-qu’elle et son mari ont légué leur collection à l’Institut de France pour ouvrir le musée Jacquemart-André.

La mairie du 18e arrondissement

Il n’y a pas que la population de fidèles qui augmente au XIXe siècle. Il y a aussi celle de l’administration. Surtout qu’avec l’agrandissement de Paris en 1860, celle-ci a plus de monde à gérer. C’est ainsi que Marcellin Varcollier, puis Léon Salleron, construisent une nouvelle mairie face à l’église Notre-Dame de Clignancourt, de 1888 à 1905. Elle remplace la mairie de la place du Tertre que nous avons vue en début de visite.

Une station de métro hors du style Guimard

Une station de métro se trouve au milieu de la place Jules Joffrin. Cette station ne possède pas les édicules Guimard présents sur beaucoup d’autres stations. Pour cause : elle ne faisait pas partie du même réseau !

En effet, les lignes 12 et 13 étaient exploitées, à partir de 1910, par la Société du chemin de fer électrique souterrain Nord-Sud de Paris. Pour se démarquer de sa rivale, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, elle donna un style différent à ses stations. Leur nom est écrit en faïence et non en plaque émaillée. Il est entouré de faïence marron pour une station sans correspondance, ou verte si la station a une correspondance ou est un terminus. Et si le voyageur ne sait pas dans quelle direction aller, il peut voir la destination sur le tympan de chaque extrémité de la station.

La Société Nord-Sud (j’abrège car son nom est un petit peu long) veut ainsi se donner un standing plus élevé que sa rivale. Mais elle n’arrive pas à amortir le coût de construction de ses lignes. Elle fusionne alors avec la CMP en 1931.

Revenons sur nos pas dans la rue du Mont-Cenis et tournons à droite, rue Duc.

La rue Duc

Au numéro 4 se trouvait l’office public d’hygiène sociale du département de la Seine. Il épaulait les services administratifs d’hygiène de la préfecture de la Seine et de la préfecture de police. Il avait un bureau dans chaque arrondissement, et nous voici devant celui du 18e, avec ses briques oranges et son nom écrit en mosaïques bleues.

immeuble en briques claires du 4 rue duc

Au numéro 18 se trouve un autre immeuble du début du XIXe siècle, mais de style complètement différent ! Une grande guirlande végétale s’étend sur toute la largeur de la façade, et deux mascarons se trouvent sous chaque bow-window de cet immeuble datant de 1912.

immeuble avec guirlande végétale et visages encadrant les fenêtres
Toujours la même question : qui sont ces visages ?

Le bureau de poste au numéro 19 dispose quant à lui d’une grande porte arrondie.

Un détour à l’ouest

La suite de la visite fait faire un grand détour pour deux endroits qui ne font pas partie des immanquables. Vous pouvez rejoindre le boulevard Ornano directement si vous voulez un peu écourter la visite. Sinon, la promenade continue avec la rue Duc, puis la rue des Cloys jusqu’à la rue Ordener.

Montmartre aux artistes

Au numéro 189, la société Montmartre aux artistes, menée par le sculpteur Louis le Jeune, construit entre 1929 et 1936 la plus grande cité d’artistes d’Europe. La société d’habitations à bon marché fait appel à l’architecte Adolphe Thiers, à ne pas confondre avec Adolphe Thiers, avec qui il est apparenté et qui fit construire l’enceinte de Thiers au cours du règne de Louis-Philippe. Le but est de pallier aux opérations immobilières qui chassent, déjà, les artistes de Montmartre. Mais une mauvaise gestion et la crise financière de 1929 provoquent la dissolution de la Société.

Que cache donc cette grande façade Art déco en briques rouges et ces trois portails en arcade ? Pour le savoir, il faut s’y rendre lors des journées Portes Ouvertes des ateliers de Montmartre. En automne, il est ainsi possible de découvrir le hall d’entrée de style Art déco, et des immeubles blancs dans la cour intérieure. Un contraste complet avec la façade qui donne sur la rue ! Autre solution : vous pouvez devenir artiste et déposer votre dossier. Mais attention : la demande est forte et le nombre de places est limité !

Nous tournons ensuite à droite, rue Championnet.

L’église Sainte-Geneviève des Grandes Carrières

L’accroissement de la population ne conduit pas ici à la construction d’une nouvelle église, rejetée par la Mairie, mais à l’agrandissement d’une chapelle existante. Les murs de l’église sont en pierre meulière et en ciment. A l’intérieur, les murs sont blancs et les vitraux peu colorés. Ainsi, l’édifice bénéficie d’une bonne luminosité. Contrastant avec cette blancheur, une grande verrière réalisée par les ateliers Mauméjean se trouve dans l’abside et fait face à l’entrée. Ce grand vitrail représente la vie de sainte Geneviève. Les ateliers Mauméjean ont aussi réalisé les mosaïques derrière le maître-autel. Autres éléments d’intérêt : les chapiteaux du chœur, représentant des scènes de la vie de sainte Geneviève, du Christ, ou de la Vierge. On peut voir aussi des vitraux modernes, de même qu’une fresque murale contemporaine dans le bas-côté droit.

vitrail représentant un ange avec une épée
Un vitrail ne représentant pas sainte Geneviève pour illustrer l’église Sainte-Geneviève des Carrières…

Continuons notre promenade jusqu’à la rue André Messager, à droite (700 mètres de marche).

Les HBM de la rue André Messager

Un ensemble d’immeubles HBM (Hébergements Bon Marchés) se trouvent dans la rue André Messager. Couverts de briques rouges et oranges, ces immeubles Art déco sont typiques des HBM des années 1920-1930.

En passant au niveau de la rue Letort, nous profitons d’une vue sur le château d’eau de Montmartre.

rue encadrée d'immeubles et avec vue sur le château d'eau de montmartre
Vue pas très touristique du château d’eau de Montmartre.

La rue Championnet nous ramène sur le boulevard Ornano, que nous parcourons en direction du nord. Le bâtiment blanc au numéro 70 comporte plusieurs mosaïques. L’avenue de la Porte de Clignancourt prolonge le boulevard Ornano et nous fait sortir de Paris. C’est ainsi que nous découvrons le marché aux puces de Saint-Ouen, à gauche juste après le boulevard périphérique.

Le marché aux puces de Saint-Ouen

Un marché se développe ici à partir de la décennie 1830. De nombreux marchés s’y trouvent encore, notamment des brocanteurs qui raviront les amateurs de mobilier, tableau ou autres objets anciens. Par exemple, dans le marché Dauphine, une halle au toit vitré rappelant les Halles de Victor Baltard rassemble des libraires, des antiquaires, avec des antiquités orientales, des tapisseries; du mobilier Art déco, des artistes… Et il y en a, du monde, puisqu’on y trouve plus de mille marchands et cinq millions de visiteurs par an, ce qui en fait le cinquième site le plus visité de France ! Je ne l’aurais jamais deviné ! Un petit achat pour terminer la visite ?

allée encadrée de boutiques d'antiquaires
Un petit meuble pour terminer la visite ?

A ne pas manquer

La plus belle église : Difficile de ne pas mettre le Sacré-Cœur dans les immanquables du 18e arrondissement. Mais comme c’est un choix trop évident, j’en citerais une autre : l’église Saint-Jean de Montmartre.
Le quartier de Montmartre, tout simplement !

Le mot de la fin

Avec ce long article, nous avons enfin découvert Montmartre, après un 17e arrondissement moins réputé pour le tourisme. Nous avons réussi à nous frayer un chemin parmi tous les visiteurs, mais aussi à découvrir une autre facette du 18e arrondissement, une fois sortis de la Butte.

Alors la Butte de Montmartre perd-elle en authenticité ? La réponse est sûrement subjective, et je vais ici donner mon avis. Pour moi, la réponse est clairement oui ! Ayant déjà visité Montmartre il y a de nombreuses années, je n’ai pas ressenti d’ambiance particulière, sinon le rythme de tortue des touristes agglutinés autour de cinq sites précis. Il y a beau rester quelques peintres sur la place du Tertre, l’animation qui y règne n’est pas du tout propice à la contemplation. De plus, la place du Tertre, place des peintres, devrait plutôt être surnommée “place des restaurants”. J’ai l’impression qu’ils prennent bien plus d’espace qu’auparavant. La solution étant peut-être de visiter Montmartre l’hiver, sous la pluie, avec moins de monde et une luminosité moindre, une solution plus propice à se remémorer le passé.

Ou bien tout ça est simplement le signe de l’évolution d’un quartier, et le signe qu’il est peut-être temps de se promener ailleurs, et de découvrir les autres richesses de Paris. Chose aisée à faire, tellement les quartiers situés à quelques centaines de mètres de Montmartre sont différents et riches de découvertes !

rue des mille et unes nuits à Chefchaouen

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