Découvrir Merzouga et ses dunes avec un événement inattendu

Découvrir Merzouga et ses dunes avec un événement inattendu

Dans l’article précédent, nous avons découvert la vallée du Dadès et les gorges éponymes. Puis nous avons visité les gorges du Todra. Plus connues que les gorges du Dadès, les gorges du Todra sont un incontournable d’un voyage dans le sud du Maroc. Dans cet article, nous entrons dans le désert et le berceau de la dynastie alaouite à Rissani. Nous irons voir les célèbres dunes de Merzouga.

La route des milles kasbahs continue ici, Rissani étant entouré de ksours ! C’est donc parti pour une visite entre habitats traditionnels et dunes.

Un aparté sur les kasbahs et les ksours

Il en a longtemps été question durant cette série d’articles, et après trois articles bien remplis, voici enfin une partie consacrée aux kasbahs et ksours. Ces constructions, typiques du sud marocain, ont connu des jours meilleurs. Construites pour protéger des villageois des attaques de nomades ou pour démontrer le prestige d’une famille, les kasbahs sont aujourd’hui, pour beaucoup, en mauvais état.

Une kasbah est construite en terre crue, mêlée à des cailloux et quelques tiges d’herbe. Ce matériau peut aussi servir à construire certaines habitations d’un village. Ils prennent donc la couleur de la terre locale, ce qui est bien visible quand on compare le Ksar d’Aït Ben Haddou (rouge) aux ksours près de Rissani (jaunes).

Ces constructions ont plusieurs avantages : elles sont composées de matériaux locaux, qui offrent une bonne isolation, et qui sont moins chers que le béton par exemple. Malgré cela, les kasbahs sont abandonnées et se dégradent.

Pour comprendre cela, il faut prendre en compte l’évolution sociale et urbaine au cours des derniers siècles. Les conditions arides du sud du Maroc entraînaient une forte compétition pour les ressources en eau et en nourriture. Les tribus étaient souvent en guerre et certaines volaient les récoltes d’autres tribus. Pour se protéger, les habitants construisent des ksours, des villages fortifiés et des greniers, fortifiés eux aussi. Des ksours et kasbahs fleurissent dans le sud du Maroc, notamment près des palmeraies et des oasis. De riches notables se font aussi construire des kasbahs en dehors des ksours.

Néanmoins, l’inconvénient de ce matériau de construction est qu’il demande beaucoup d’entretien. Les murs en pisé se dégradent vite. Les épisodes pluvieux, bien qu’ils soient rares, aggravent la situation : ils mettent à mal les constructions en terre crue. Ainsi, en moins d’un siècle, une kasbah peut disparaître du paysage… Mais tant qu’elles sont habitées, et donc entretenues, les kasbahs subsistent.

Depuis la seconde moitié du vingtième siècle, trois phénomènes sont survenus. D’une part, le Maroc, comme beaucoup de pays, a connu un exode rural. Les habitants abandonnent ainsi les maisons en pisé de leur village pour trouver du travail ou de meilleures conditions de vie en ville. Ainsi, les villages se vident, et manquent de bras pour entretenir les kasbahs.

D’autre part, de très nombreux juifs marocains émigrent vers Israël, les Etats-Unis, le Canada ou la France. Des quartiers entiers construits en pisé sont abandonnés.

Enfin, la famille traditionnelle où les fils mariés vivent dans la même maison que leurs parents (il faut alors une grande maison), laisse progressivement la place à des familles ayant chacune leur maison. Les enfants s’installent alors chacun chez soi pour fonder une famille. Cela a une influence à la fois sur les kasbahs, qui sont délaissées au profit d’habitats plus petits, et sur l’organisation sociale des villages, qui évolue vers plus d’individualisme. Et aussi, j’allais l’oublier : les guerres entre tribus appartiennent désormais au passé, ainsi les greniers fortifiés, remparts et autres bâtiments défensifs perdent de leur utilité.

Ainsi, de nombreuses kasbahs et habitats traditionnels en pisé sont menacés de disparition, d’autant plus que très peu sont protégés pour leur valeur patrimoniale et ne bénéficient donc pas d’aides pour leur conservation. Malgré leur potentiel touristique de nombreuses kasbahs sont ainsi dans un état de ruine. C’est peut-être du tourisme que viendra leur salut, l’argent des visites pouvant aider leur restauration. De plus, après les riads à Marrakech, pourquoi ne pas loger dans une kasbah, dans un village tranquille au son du ruissellement de l’oued dans le désert ? De plus, ces habitats répondent à des enjeux environnementaux grâce à leur utilisation de matière locale, peu transformée et bien isolante. Espérons que le salut vienne avant la disparition définitive de ces représentants du patrimoine architectural marocain.

Découvrir des dunes : Merzouga et l’erg Chebbi

Un jour, une famille refusa d’héberger une femme pauvre frappant chez eux. Pour les punir, Dieu ensevelit leur maison sous des dunes de sable. Étant donné le nombre et l’étendue de ces dunes, cette famille devait avoir une très grande maison ! Les dunes s’étirent sur 28 km et font désormais le bonheur des touristes.

La route entre Rissani et Merzouga traverse un paysage de palmiers et de sable jaune-beige. Puis en approchant de Merzouga, la végétation se fait plus rare et le sol se recouvre de cailloux gris. Entre l’hôtel et les dunes, les maisons sont en pisé mais adoptent la couleur locale. Fini le rouge, place aux murs jaunes-beiges.

Il n’y a pas si longtemps, Merzouga n’était qu’un petit village de nomades. Les habitants transportaient des marchandises à travers le Sahara. Ils se sont sédentarisés au siècle dernier, mais au début, tout manquait. Il y a encore dix ans, il n’y avait pas d’électricité dans le village. La majorité des habitants ne voyaient pas l’intérêt de payer pour relier leur village au réseau électrique. Mais de telles dunes ne pouvaient pas rester isolées bien longtemps, et si l’électricité n’y arrivait pas, les touristes ont fini par découvrir cet endroit fort sympathique et ses dunes d’où on peut admirer le coucher du soleil, se promener en dromadaire… Ils ont vite été de plus en plus nombreux en ces lieux ! Puis l’électricité s’est frayé son chemin et les hôtels ont poussé dans le désert, à défaut de palmiers.

Le coucher de soleil dans le désert de Merzouga

Il y a plusieurs façons de visiter le désert et les dunes. J’ai choisi de faire une promenade à dos de dromadaires et de passer la nuit dans un campement. Et pouvoir ainsi photographier le coucher et le lever du soleil au-dessus des dunes. Je pars donc avec un guide pour une heure et demie de promenade. Au début, le sable n’est qu’à certains endroits. Le sol est toujours constitué de cailloux gris. Puis on entre dans l’univers des dunes. Il y a de rares touffes d’herbe et quelques petits oiseaux gris et blanc. Les dromadaires semblent être nombreux à emprunter le même chemin à travers les dunes, à en juger par les traces et les déjections qu’ils laissent. D’autres touristes ont opté pour le 4×4. Ça va plus vite ! En revanche, les 4×4 sont responsables de l’érosion des dunes, à une vitesse bien plus importante qu’avec les dromadaires.

dunes de l'Erg Chebbi à Merzouga
Comme vous pouvez le voir, il n’y a pas que les dromadaires qui parcourent l’Erg Chebbi.

Je n’aurai malheureusement pas les photos orangées vues  sur d’autres blogs, puisque le ciel est nuageux et que ces nuages cachent en partie le soleil. Peut-être aurai-je plus de chance demain, lors du lever de soleil ? Quoi qu’il en soit, le désert accueille beaucoup de touristes en cette fin de journée, et de nombreux sommets de dunes des groupes de touristes. Comme quoi, ce n’est pas forcément dans le désert qu’il faut aller si on cherche à être seul. On aurait pu le croire ! Et encore, en cette période de restrictions sanitaires, il y a sûrement moins de monde que d’habitude.

maroc désert merzouga
Les nuages font de l’ombre au tableau…

A un moment, alors que nous montons sur une dune, le dromadaire refuse d’avancer. La piste que l’on suivait a été modifiée par le passage de véhicules, et le passage semble un peu le perturber. Le chamelier me fait faire demi-tour, mon dromadaire descendant, j’ai presque l’impression que je vais tomber. Nous nous engageons dans la montée différemment et continuons notre route. Nous approchons du campement. Il y en a plusieurs les uns à côté des autres, composés de grandes tentes avec des lits. On trouve même des toilettes et des douches dans les tentes dédiées !

Malgré les dizaines de touristes que j’ai vus au loin, aucun ne partage celui ou je suis. Je l’ai pour moi tout seul ! Certains touristes ne passent pas la nuit dans le désert et se contentent du coucher de soleil. Au dîner, le menu se compose de salade, d’un tajine et de fruits (clémentines, pommes et bananes). Les chameliers viennent ensuite jouer de la musique du désert.

La partie la plus compliquée survient après, quand ils me passent un instrument. Je ne sais pas si j’ai beaucoup de talent, je me contente de taper sur le tam-tam en essayant de suivre le rythme ! A la fin, ils me demandent de chanter une chanson. Un conseil donc : révisez les paroles de votre chanson préférée ! De mon côté, ce sont surtout des chansons indonésiennes qui constituent mon répertoire, mais je n’en connais aucune complètement… Ce soir, je m’endors alors que les toiles sont agitées : il y a du vent dans le désert !

nuit tombant sur les dunes de Merzouga
Le soleil se couche, et les dunes deviennent grises, au lieu du orange tant attendu !

Le début de la journée dans les dunes

Quand je me réveille, j’entends des bruits de gouttes tombant sur les tentes. Je dois être encore un peu endormi. Mais en sortant, je réalise que c’est bel et bien des gouttes de pluie qui sont en train de tomber en plein désert ! Inutile de dire que pour photographier le lever du soleil, c’est raté… Je commence à comprendre pourquoi les autres touristes ne sont pas restés dormir dans le désert : ils devaient avoir regardé la météo ! Il faut dire que j’étais loin d’imaginer que le seul jour où il pleuvrait de tout le voyage serait celui où je serai dans les dunes… 

En parlant des dunes, je les ai pour moi tout seul ! Il faut croire qu’il n’y a qu’un seul touriste qui choisissent de rentrer à l’hôtel en dromadaire. On m’a bien proposé un 4×4, mais pluie ou pas, ce n’est pas tous les jours que je parcourrai le désert en dromadaire, et aujourd’hui est la dernière chance que j’ai pour le faire. Et comme il faut bien qu’ils retournent en ville, autant que j’y aille avec eux. Le départ se fait dès que la pluie se calme. Ça fait deux ans que les chameliers n’ont pas vu de pluie ici ! Alors certes, j’ai raté le lever de soleil, et le coucher de soleil d’hier n’était pas extraordinaire, mais je vis un moment exceptionnel ! En tout cas, c’est ce que j’essaie de me dire… De plus, les cultures ont bien besoin d’eau.

dunes de Merzouga sous la pluie
Au réveil, les dunes de Merzouga ont bien changé…
erg chebbi sous la pluie
Les dunes de Merzouga, sans les touristes. Admirez bien, car vous ne verrez que très rarement ces photos ! A moins que vous reveniez lire ThibaudVoyage !

L’entrée dans le désert avec Rissani

A première vue, Rissani n’a pas grand intérêt. Aucun site notable en ville et peu d’hébergement. En effet, nombreux sont les touristes se pressant à Merzouga pour passer la nuit dans les dunes. Néanmoins, Rissani mérite qu’on s’y attarde un moment. C’est ce que j’ai fait après Merzouga, en attendant le bus de nuit allant vers Rabat. La pluie ne m’a pas empêché de me promener dans la ville !

maroc rissani porte monumentale
La porte monumentale emblématique de la ville de Rissani. Elle comporte les deux couleurs que l’on retrouve ici : ce jaune foncé et le vert.

Le style est néanmoins distinct de celui des portes que nous avions vues lors de notre visite de Meknès par exemple.

Le mausolée de Moulay Ali Chérif

Ce sanctuaire fût construit en 1666 en l’honneur du fondateur de la dynastie alaouite, dont fait partie l’actuel roi du Maroc. En effet, ceux-ci se sont installés dans la région dès le XIIIe siècle et ont gagné en influence. Au XVIIe siècle, ils passent à l’offensive et renversent la dynastie des Saadiens. L’édifice actuel date de 1965, le mausolée d’origine ayant été endommagé par une crue de l’oued le plus proche ! Comme les non musulmans ne sont pas autorisés à entrer dans le mausolée, je ne peux pas en voir grand-chose.

mausolée de Moulay Ali Shérif
L’entrée du mausolée de Moulay Ali Shérif rappelle une architecture que nous avons quittée depuis longtemps, à Marrakech. Avec cependant des touches locales.

Sijilmassa

On en voit une partie depuis la gare routière : la ville de Sijilmassa était un important lieu de commerce à partir du IXe siècle. Mais sa mise à sac au XIVe siècle et le détournement du commerce de l’or vers les voies maritimes ont entraîné son déclin. Si vous ne voyez rien, approchez vous un peu. Eh oui, ce sont les petits vestiges de murs que l’on peut voir de l’autre côté de la route. Car désormais, il ne reste presque plus rien de cette ville ! A peine une porte et quelques morceaux de murs…

ruines de Sijilmassa
Il va falloir beaucoup d’imagination pour faire apparaître l’ancienne cité de Sijilmassa sur cette photo ! Peut-être un peu moins pour le soleil ?

Faire ses courses au souk

Ou juste le visiter pour passer le temps, puisqu’il n’y a pas grand chose à faire à Rissani. Et puis le souk a l’avantage d’être en centre-ville, accessible à tous et plein de vie. Enfin, ça, c’est quand il a lieu, soit chaque mardi, jeudi et dimanche !

souk de Rissani
Sous ce déluge, je suis le seul à m’aventurer dans le souk de Rissani. Si on m’avait dit que je verrai un jour un souk désert !

Le souk de Rissani est le plus important de toute la région du Tafilalet.

Un circuit dans les ksars de Rissani

Le principal intérêt de Rissani se trouve à l’extérieur de la ville ! Si vous n’avez pas vu assez de kasbahs pendant le voyage, rassurez-vous, vous allez être servis. Une route de 21 km parcourt la palmeraie de Rissani et de nombreux ksours, pour certains encore habités. Entre le ksar Oulad Abdelhalim et sa porte monumentale, le ksar Tinheras avec une belle vue sur les environs, le ksar Akbar, datant du XIXe siècle et ayant abrité une partie du trésor royal au sein de trois enceintes de fortifications, ou encore le ksar El-Fida il y a l’embarras du choix.

Malheureusement, c’est ici que le manque de véhicule se fait sentir. Difficile de faire ce circuit sans avoir son propre véhicule, d’autant plus que la ville de Rissani ne dispose pas d’une grande offre de transports…

Circuler à Rissani

Pour un déplacement en ville, il faut attendre de voir passer un triporteur. Il n’y a qu’un seul petit taxi dans toute la ville, le seul à avoir obtenu une licence officielle de taxi. Pour le trouver, il faut demander. En général, les gens le connaissent et nombreux sont ceux à avoir son numéro de téléphone. Mais l’attente peut être un peu longue si d’autres personnes le sollicitent également !

Rissani est reliée au reste du pays par des grands taxis et des bus. La gare routière pour les bus se trouve à la sortie de la ville, à l’ouest. La station de taxis se trouve dans la ville, également à l’ouest, sur la nationale 13.

Le mot de la fin

Il n’est pas facile de conclure cet article qui réunit deux endroits bien différents. En tout cas, le voyage se termine en beauté, au calme dans le désert. Au calme, c’est vite dit. Il y a de fortes chances que ce calme relatif soit dû aux conditions météorologiques et sanitaires. En effet, de nombreux touristes parcouraient les dunes. Il est fort à parier qu’il y a beaucoup plus de monde en temps normal. Mais comme souvent, le nombre de touristes s’explique par la beauté des lieux.

Mon seul regret est de ne pas avoir pu visiter les ksours de Rissani. Cependant, je commence à penser à un prochain voyage au Maroc, sur le thème des ksours, et en sortant un peu des sentiers battus. Ce n’est que partie remise ! 

Si mon voyage au Maroc se termine à Merzouga, la série d’articles se conclura dans le prochain. Ce sera également l’occasion de voir comment visiter le sud du Maroc sans louer de véhicule. Pratique très courante mais qui n’est à mon sens clairement pas indispensable. Alors rendez-vous le mois prochain pour que je vous partage ça !

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