Cordoue des jardins de l’Alcázar aux arches de la Mezquita

Cordoue des jardins de l’Alcázar aux arches de la Mezquita

Cordoue est connue pour avoir été une très grande cité à l’époque du califat de Cordoue (Xe siècle). C’était alors l’un des principaux centres culturels mondiaux, qui rayonnait bien au-delà de l’Europe. Si aujourd’hui, la ville est moins connue que Séville ou Grenade, elle conserve des traces de son riche passé, à commencer par la mosquée-cathédrale. Alors que je prépare mon voyage en Andalousie, Cordoue me paraît être une étape incontournable. Si la mosquée-cathédrale, qui domine de Guadalquivir, attire toute mon attention, que dire de l’Alcazar ou des musées cachés dans les petites ruelles, traces de l’ancienne médina ? Il faut bien un article pour présenter tout ça !

Un peu d’histoire

Au IIIe siècle avant J.-C, les Romains fondent la colonie de Corduba, afin de disposer d’un point de ravitaillement pour les troupes. Autour de – 25, la ville de Cordoue devient la capitale de la Bétique, l’une des trois provinces de la péninsule ibérique. C’est déjà un centre culturel important où naissent des auteurs célèbres, tels que Sénèque et Lucain. Mais au IIIe siècle, Cordoue est en déclin. Elle regagne une grande importance en 726. Après la conquête maure de la péninsule, Abd al-Rahman Ier y fonde la dynastie des Omeyyades. Il fait construire une grande mosquée ainsi que d’autres édifices.

Sous le règne d’Abd al-Rahman III (912-961), la ville connaît son âge d’or, alors que débute le califat de Cordoue. C’est alors la plus grande ville d’Europe de l’Ouest avec 250 000 habitants et une économie prospère. On trouve entre ses murailles des centaines de mosquées, des bains publics, des fontaines, ainsi que de nombreux artisans (cordonniers, fabricants de papier et de livres). Nombre d’érudits fréquentent la cour et Cordoue devient un important centre de savoir avec son université, sa bibliothèque et ses observatoires.

A la fin du Xe siècle, le général Al-Mansour renverse les califes. Des troupes berbères pillent la ville et le califat omeyyade s’effondre en 1031. Le petit royaume de Séville annexe la ville de Cordoue en 1069. Au XIIe siècle, la ville connaît un certain renouveau et voit naître les savants Averroès (musulman) et Maïmonide (juif). Ces deux philosophes doivent leur célébrité à leurs travaux visant à réconcilier la foi avec la raison aristotélicienne. Malgré une meilleure situation, le roi Ferdinand III de Castille conquiert Cordoue en 1236. La ville connaît un long déclin, dont elle ne sort qu’à la fin du XIXe siècle, avec une période d’industrialisation.

L’organisation de cet article diffère de celle du précédent, car je ne vais pas citer les monuments dans l’ordre exact dans lequel je les ai visités. En effet, celui-ci ne permet pas une bonne organisation de l’article. Je préciserai ce que j’ai fait chaque jour dans une partie à part.

Visiter les bâtiments religieux de Cordoue

La Mezquita-Catedral

vue sur la mosquée-cathédrale et la chapelle majeure
Plus mosquée ou cathédrale vu de l’autre rive du Guadalquivir ?

La Mezquita-Catedral est le monument phare de Cordoue ! Son histoire commence au IIIe siècle avec un premier sanctuaire, construit sur le site d’un temple romain. A la suite de la prise de la ville par les Wisigoths, ceux-ci reconstruisent le sanctuaire et le dédient à Saint Vincent de Saragosse. En 714, les musulmans passent un accord avec les Wisigoths pour exproprier une partie de leur plus grande église, soit le sanctuaire de Saint-Vincent de Saragosse. Ils prennent le contrôle de tout l’édifice en 786 et un an plus tard, débutent la construction de la grande mosquée. Pour ce faire, ils réutilisent les matériaux du sanctuaire et des églises environnantes. Ainsi, de nombreuses colonnes toujours présentes dans la Mezquita-Catedral appartenaient à l’église précédente.

L’édifice connaît ensuite trois agrandissements. Il devient ainsi l’œuvre la plus aboutie de l’art omeyyade. Couvrant une surface de 2.3 hectares, la Mezquita-Catedral est alors la plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque. Au sein de ses murs s’étendant sur 180 mètres de long pour 130 mètres de large, 856 colonnes (sur les 1293 à l’origine) forment dix-neuf nefs. Les colonnes qui séparent les nefs sont reliées de doubles fer à cheval avec une alternance de briques et de pierres, reprenant un motif wisigoth. A la suite du dernier agrandissement, le plus conséquent, entreprit par Al Mansour en 987, le mihrab se retrouve excentré, alors qu’il n’est déjà pas orienté vers la Mecque. Il se trouve au fond de la salle, par rapport à l’entrée. Il se distingue par ses riches décors réalisés avec l’apport d’artistes byzantins.

colonnes reliées par des doubles fer à cheval avec une alternance de briques et de pierres
Des colonnes à perte de vue !
coupole formée d'arc entrecroisés coiffée d'une coupole monolytique côtelée décorée de mosaïques inspirées de l'art byzantin
Quelque-part après toutes les colonnes, une magnifique coupole !
mihrab de l'ancienne mosquée avec décor d'inspiration byzantine
L’ancien mihrab de la mosquée et ses décors d’inspiration byzantine.

Le 18 mai 1146, Alphonse VII de Castille prend Cordoue et consacre la mosquée en cathédrale. Peut-être un peu trop tôt puisqu’un mois plus tard, il perd le contrôle de la ville. C’est finalement le 28 juin 1236 que Ferdinand III de Castille conquiert Cordoue et fait de la mosquée une cathédrale, fonction qu’elle conserve encore aujourd’hui. Ainsi, la mosquée se pare d’éléments chrétiens. On construit d’abord plusieurs chapelles près des murs. En 1523, débute la construction de la chapelle majeure, qui manquait jusqu’alors. Semblant être une église incrustée dans la mosquée, c’est bien une chapelle qui s’élève entre 1523 et 1607, grâce à l’architecte Hernan Ruiz. Elle présente un plan en croix, typique des églises, un chœur avec du bois sculpté et un grand retable. Rompant l’uniformité des colonnes, l’édifice brille de sa lumière blanche et éclaire le centre de la Mezquita-Catedral, autrement très sombre.

chapelle majeure à murs blancs et plafond sculpté
Ca ne se voit pas trop sur la photo, mais la chapelle majeure est éblouissante grâce au contraste entre la blancheur de ses murs et le reste de la mosquée-cathédrale.

L’édification de la chapelle majeure résulte en un savant mélange de style. Si elle semble tout d’abord ne pas se marier avec le style bien plus ancien du reste de l’édifice, les architectes de la Renaissance ont su préserver la beauté des parties préexistantes, offrant à la Mezquita-Catedral de Cordoue une apparence unique.

grand retable en marbre rose avec tableaux
Il est moins doré que le retable de la cathédrale de Séville. Un style très différent ! Vous préférez le quel ?

Je me suis rendu à la Mezquita-Catedral de Cordoue dès le premier matin de mon séjour en ville, à 8h30. J’ai pour habitude en effet de débuter les visites le plus tôt possible pour éviter le flot de touristes. Avec la mosquée-cathédrale de Cordoue, c’est inutile, car l’entrée est gratuite à 8h30.

L’entrée à la cathédrale de Cordoue est gratuite de 8h30 à 9h20. Ce n’est pas vraiment une entrée gratuite, mais un horaire durant lequel l’édifice ouvre pour préparer la messe. La visite est libre et se fait sans audioguide. Beaucoup de monde profite de cette gratuité, mais on échappe au moins aux voyageurs en groupes.

En venant à 8h30, vous ne bénéficierez pas d’audioguide et ne pourrez pas visiter la chapelle majeure.

J’ai profité de cet horaire pour prendre un maximum de photos. En effet, il est parfois un peu difficile pour moi de me concentrer à la fois sur la prise de photos et sur l’écoute de l’audioguide. Je suis donc revenu le lendemain après-midi pour visiter le monument avec l’audioguide. J’ai repris quelques photos forcément, mais j’ai pu mieux me concentrer sur ce qui était dit. C’est grâce à l’audioguide que j’ai pu remarquer les différences sur les colonnes dues aux agrandissements successifs par exemple. Je n’avais rien remarqué lors de ma première visite !

Le billet de la mosquée-cathédrale inclut la visite d’une dizaine d’églises de Cordoue. C’est pourquoi je vous conseillerais de réserver votre billet au début de votre séjour, afin de pouvoir en profiter.

Enfin, je mentionnerai la possibilité de visiter le clocher. Du haut de ses 54 mètres, il offre une belle vue sur toute la mosquée-cathédrale, mais aussi sur la ville de Cordoue. Pour le visiter, il faut réserver un créneau. Les visites se font toutes les demi-heures, le nombre de personnes pouvant y accéder étant limité.

La mosquée-cathédrale de Cordoue est vraiment le monument immanquable de la ville, même si le prix d’entrée est très élevé quand on le compare à celui d’autres monuments (17€ contre 5€ pour l’alcazar, qui est pourtant un très bel endroit). La visite avec audioguide m’a pris une heure et demie. Cela s’ajoute à l’heure que j’y avais déjà passé la veille au matin pendant l’horaire gratuit. Il faut dire que ce n’est pas de trop pour admirer 856 colonnes ! Et espérer repartir avec une belle photo sans trop de monde !

La chapelle mudéjar de San Bartolomé

Cachée dans les ruelles de l’ancien quartier juif de la médina de Cordoue, la chapelle de San Bartolomé est un très bel exemple d’architecture mudéjare du tout début du XVe siècle. Elle se compose d’une petite chapelle présentant des croisées d’ogives et des murs ornés de carreaux de faïence, ainsi que d’une petite cour, depuis laquelle on peut voir un retable baroque. Un mélange de styles que l’on apprécie grâce à une visite audioguidée coûtant seulement 1.50€.

cour intérieure avec palmier, retable à l'arrière plan et porte d'entrée de la chapelle
Une petite chapelle mudéjare.
murs intérieurs avec carreaux de faïence et plâtre
Jolis décors intérieurs et l’on remarque des restes de peintures murales.

Le tour des églises de Cordoue

Le ticket d’entrée pour la mosquée-cathédrale de Cordoue offre la visite d’une dizaine d’églises. Je n’avais pas réservé le bus pour Grenade. Ainsi, j’ai eu une matinée de plus à Cordoue, en attendant le départ du bus suivant. J’en ai profité pour visiter les églises Saint Michel, Saint-Pierre et Saint-Paul. Forcément, après la visite de la mosquée-cathédrale, ces églises font pâle figure, mais c’était tout de même intéressant de découvrir différents styles. Un livret fournit des explications bienvenues, même s’il ne présente malheureusement pas toutes les églises. A part sur un long séjour (3 ou 4 jours), je ne pense pas qu’il soit très intéressant de faire ce tour des églises. Il y a en effet d’autres sites de plus grand intérêt. En revanche, cela est toujours sympa de bénéficier de ces entrées quand on passe devant l’une des églises du parcours.

coupole avec motifs végétaux sculptés en relief
Petite surprise dans l’une des églises de Cordoue (l’église Saint-Pierre d’Alcantara).

Découvrir l’ancien quartier juif de Cordoue

L’ancienne synagogue

La synagogue située Calle de los Judios témoigne depuis 1315 de la présence juive à Cordoue. Les Juifs ayant été expulsés d’Espagne en 1492, les synagogues ont progressivement été détruites. Celle-ci est la dernière subsistant en Andalousie, cachée dans une habitation pendant plusieurs siècles. Des décorations de stucs représentant des plantes et des étoiles ainsi que des inscriptions en hébreu ornent ses murs intérieurs.

La Casa Sefarad

Située à quelques mètres de la synagogue, la Casa Sefarad présente la culture séfarade, autrement dit les juifs vivant dans la péninsule ibérique. Les thèmes exposés permettent de découvrir le mode de vie de cette population, leurs rituels et leur culture, par exemple avec la musique, des instruments se trouvant au sous-sol. La visite dure entre vingt et trente minutes et coûte 4.50€.

La Casa Andalusi

Située elle aussi à quelques mètres de l’ancienne synagogue, la maison andalouse témoigne des demeures de la période califale. Elle abrite également une mosaïque romaine et une exposition présentant la fabrication du papier. La visite dure vingt minutes et coûte 4€.

mur de la cour intérieure de la casa andalusi
Cette photo donne une bonne idée de l’atmosphère du lieu.

La statue de Maimonides

Curieusement, la statue de Maimonides ne se trouve pas sur la place qui porte son nom, et qui était la place principale du quartier juif de la médina. Elle se dresse en effet depuis 1964 sur la place de Tiberiades.

Moïse ben Maïmon naît dans une famille aristocratique en 1138. Il est notamment connu pour avoir rédigé le Guide des égarés, dans lequel il tente de faire des rapprochements entre le judaïsme et la philosophie d’Aristote. Il rédige aussi un important code de lois juives. Interprète de la pensée d’Aristote, théologien, Maimonides est aussi médecin. Il a exercé en tant que médecin personnel de Saladin et de son fils. Car bien que né à Cordoue dans une période durant laquelle les juifs pouvaient vivre dans les territoires musulmans sous réserve de s’acquitter d’une taxe, la famille s’exile en 1148. En effet, les Almohades prennent alors le pouvoir à Cordoue et entendent rétablir un islam sans influences extérieures. La famille de Maimonides choisit l’exil, à Fès puis en Egypte.

rue entre le mur d'enceinte médiéval et des maisons
La visite de l’Alcazar commence de bonne heure. J’en profite pour me promener un peu près du centre historique.

Visiter l’Alcazar de Cordoue et ses environs

L’Alcazar de Cordoue

L’autre grand monument de Cordoue, se trouvant à quelques mètres de la mosquée-cathédrale, est l’Alcazar. Ce sont d’abord les Wisigoths qui construisent sur cet emplacement une forteresse, puis les Omeyyades le reconstruisent. Elle devient un palais au cours du califat de Cordoue (929-1031) et abrite la plus grande bibliothèque d’Occident. De cette période, il ne reste que peu de traces. En effet, lorsque Alphonse X de Castille s’empare de Cordoue en 1236, il ne conserve que quelques morceaux de la forteresse de ses prédécesseurs. Nous visitons donc ici l’Alcazar des rois chrétiens de Cordoue, où Christophe Colomb a rencontré le couple royal avant son premier voyage vers l’Amérique.

Les apparences sont donc trompeuses et l’architecture mauresque est en fait un style mudéjar réalisé par les architectes chrétiens après la reconquête de Cordoue. L’Alcazar de Cordoue est ainsi, avec celui de Séville, un bel exemple de l’architecture mudéjare en Andalousie. Si les murs et les tours sont de style Almohade, l’intérieur des tours présente des caractéristiques gothiques.

cour d'entrée de l'alcazar de cordoue
La cour intérieure semble n’être plus que des ruines ! Le jour se lève à peine…

La visite commence par le bâtiment face à l’entrée, où sont exposées de nombreuses mosaïques romaines, découvertes à l’emplacement de la place de la Corredera, dont il sera question un peu plus loin dans l’article. Elle continue par la découverte de la tour des Lions et de la tour de l’Hommage. Ces deux tours offrent une belle vue sur la ville et sur les éléments suivants de la visite : les jardins. Les jardins occupent en effet la plus grande partie du site de l’Alcazar de Cordoue. En plus des patios autour des fontaines, on trouve un grand jardin avec des bassins entourés d’orangers et d’autres arbres.

tour au lever du soleil
Le lever de soleil sur l’Alcazar !
jardin en quatre parties
Un jardin en quatre parties comme nous en trouvions à Marrakech.
étendue d'eau dans laquelle l'alcazar se reflète
Une vue sur l’Alcazar depuis le passage des rois. Avec personne à l’horizon !
L’autre côté est sympa aussi !

J’ai visité l’Alcazar le matin, dès l’ouverture à 8h15. La façade du bâtiment face à l’entrée est orientée sud, et bénéficiait donc d’un mauvais éclairage, le soleil se levant à peine. En revanche, les jardins étaient très paisibles, nous étions cinq touristes à nous y promener ! J’ai ainsi d’autant plus apprécié la visite de l’Alcazar, elle m’a pris 1h20.

Bien que ce soit un important site touristique de la ville, l’entrée ne coûte que 5€ ! C’est très étonnant, surtout quand on compare aux 17€ de la cathédrale (!!!), ou aux 4€ des sites mineurs traités dans la partie précédente. Le seul problème que je déplore est que je n’ai pas réussi à faire fonctionner l’audioguide sur mon téléphone. D’autant plus regrettable que le texte de la plupart des panneaux était effacé. Je pense néanmoins que j’aurais pu le faire fonctionner en cliquant sur “Afficher dans le navigateur” après avoir scanné le QR Code… Ce fût néanmoins une très belle visite de presque une heure et demie.

Les bains royaux

En face de l’Alcazar se trouvent les bains de l’Alcazar califal. Ces bains du Xe siècle représentent la seule partie restante de l’Alcazar califal. Si les bains sont nécessaires à l’hygiène, les musulmans devant alors y aller avant la prière, c’était aussi un lieu de réunion politique pour le calife. Lorsque les chrétiens construisent l’Alcazar des rois chrétiens, ils ensevelissent les bains califaux, qui ne seront redécouverts par hasard qu’en 1903. Mais on les enterre à nouveau, et il faudra attendre les années 1960 pour que des historiens mettent à jour le site et l’étudient.

ancien hammam du calife de cordoue
Il semblerait qu’il y ait eu une petite rénovation !

Les bains de l’alcazar califal abritent maintenant un musée présentant leur histoire, en les replaçant dans leur contexte historique, ainsi que les bains arabes de façon plus générale. Heureusement que les panneaux sont là pour nous expliquer quelles sont les différentes parties de l’édifice. Entre la salle froide, la salle chaude, les ajouts de l’époque des taïfas ou de l’époque almohade, je m’y serais perdu !

La visite dure vingt minutes et coûte 3€.

Le pont romain

pont en pierres de seize arches et centre historique en arrière plan

Le pont romain traverse avec ses seize arches le Guadalquivir face à la mosquée-cathédrale. S’il a bien été construit à l’époque romaine, il a été reconstruit à plusieurs reprises. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce fût le seul pont de la ville, c’est dire son importance. Il est encadré par la tour de la Calahorra et la porte du pont. Le pont est réservé aux piétons, qui peuvent souvent y écouter de la musique, car il semble être le lieu privilégié des musiciens, qui y viennent jouer. C’est aussi un lieu intéressant pour les observations ornithologiques. En effet, de nombreux oiseaux évoluent sur les rives et au milieu du Guadalquivir.

La torre del Calahorra

Ce sont les Almohades qui construisent la tour de la Calahorra pour défendre le pont romain. Un pont qui mène à une porte de la ville, c’est donc un emplacement stratégique. Si en 1236, elle arrête bien l’avancée de l’armée de Ferdinand III de Castille, elle ne peut l’empêcher de traverser le fleuve en radeau ! Plus d’un siècle plus tard, en 1369, Henri II de Castille ajoute une tour carrée et deux tours circulaires du côté opposé du fleuve.

Un musée consacré à Al-Andalus et aux échanges interculturels entre chrétiens, juifs et musulmans se trouve dans la tour de la Calahorra. Il présente également la vie à Cordoue au Moyen-Âge et une maquette de la mosquée-cathédrale. Le sommet de la tour de la Calahorra offre une perspective différente sur le pont et le centre historique.

La visite coûte 4.50€ et dure 50 minutes.

Profitons de ce rapide passage de l’autre côté du Guadalquivir pour parler d’une révolte survenue en 818. Artisans, marchands et membres du clergé réalisèrent la fameuse « convergence des luttes » chère à certains de nos jours, et se révoltèrent contre les taxes qu’ils jugeaient trop importantes. Le sultan Hakam Ier écrasa la révolte durant un massacre de trois jours. Mais pourquoi est-ce que je vous en parle ? Eh bien, parce que quelques centaines de personnes survécurent, Hakam Ier les expulsa donc de la ville. Certains traversèrent la mer Méditerranée et s’installèrent à Fès, dans ce que l’on appelle encore aujourd’hui le quartier des andalous. Où se trouve une mosquée que nous avons évoquée lors de notre visite de Fès, il y a déjà quelques années.

La porte du pont

D’un tout autre style, la porte du pont se trouve de l’autre côté du Guadalquivir. Construite en 1572, elle est de style Renaissance, ce qui dénote avec les autres monuments de la ville.

Se promener dans le centre historique

Le centre historique de Cordoue, aux airs de médina, est un lieu qui invite aux flâneries. On découvre ainsi des portes mystérieuses dans des petites ruelles. Si les murs de celles-ci sont blancs, certains s’ornent de couleurs. C’est le cas notamment de la rue aux fleurs, à quelques mètres au nord-est de la mosquée-cathédrale.

ruelle étroite avec maisons aux murs blancs
Une petite ruelle aux airs de médina ! Qui pourrait être la rue des fleurs, mais qui n’en a pas le nom !

Le long du mur d’enceinte qui part de la porte d’Almodovar, une autre statue représente un savant cordouan.

Averroès, né à Cordoue en 1126, est un juriste, médecin et philosophe andalou. Averroès fût nommé à deux reprises juge suprême à Séville, puis juge suprême à Cordoue. Il devient en même temps le médecin privé du sultan. Tout comme Maimonides, Averroès était un intellectuel polyvalent. Mais puisque faire du droit et de la médecine ne lui suffisait pas, il y a un travail, une passion, qui a occupé Averroès toute sa vie : la philosophie. Une discipline qu’il applique notamment dans des traductions et commentaires de l’œuvre d’Aristote.

Il tente de concilier la philosophie du grand penseur grec avec la théologie islamique. Il pense que la raison et la foi peuvent coexister, et développe petit à petit ses thèses dans ses propres ouvrages. Sa pensée rationaliste finit par le faire accuser d’hérésie. Son œuvre a cependant eu une portée au-delà de l’Espagne, dans toute l’Europe de l’Ouest, où elle a permis une meilleure transmission de la philosophie aristotélicienne et influença de nombreux penseurs du Moyen-Âge.

Visiter le nord de Cordoue et les patios

Le palacio de Viana

patio avec palmier au centre
Il manque quelque-chose sur cette photo, mais quoi ?

Le palais de Viana est un édifice bâti au XIVe siècle pour les marquis de Villaseca. D’une architecture novatrice pour l’époque, ses propriétaires prennent soin de laisser une vue sur son patio principal depuis la rue. Parlons-en, de ces patios. Ils sont au nombre de douze et présentent des apparences diverses et variées. S’ils constituent un élément important de la visite, ils ne doivent pas faire oublier les œuvres d’art et antiquités, les tapisseries et le mobilier se trouvant dans la demeure.

patio avec plusieurs arbres, mosaïques et sculptures
Un patio au calme avec quelques éléments décoratifs.
cour avec bassin, fleurs et plantes
Est-ce un patio ou un jardin ? En tout cas, il n’est qu’à moitié à l’ombre !

Je suis content d’avoir pu visiter le palacio de Viana, qui m’a permis de voir un palais avec patios à Cordoue, après ceux de Séville. La visite a duré une heure et était gratuite car je l’ai faite le mercredi après-midi. Elle coûte 11€ sinon.

Le tour des patios

En fin de journée, lors de mon deuxième jour à Cordoue, j’ai voulu visiter le patio San Basilio. Construite aux XVe et XVIe siècles, cette demeure hébergeait plusieurs familles jusque dans les années 1960. C’est maintenant le siège de l’association Les Amis des Patios, qui y a installé un marché artisanal. Il s’organise autour d’une cour très fleurie, qui lui a permis de remporter plusieurs fois le concours organisé lors de la Fête des patios de Cordoue.

Ayant lieu durant la deuxième et la troisième semaine de mai, la Fête des patios de Cordoue récompense la plus belle cour intérieure dans la catégorie “architecture ancienne” et dans la catégorie “architecture nouvelle”. Il est alors possible de visiter une cinquantaine de patios, parés de leurs plus beaux atouts. En dehors de cette période, il est tout de même possible d’en visiter certains, lors d’un parcours inclus dans le billet donnant accès au patio San Basilio. Un tour des patios rivalisant avec le tour des églises de tout à l’heure ! Malheureusement, je suis arrivé trop tard dans la journée pour en profiter. Je me console en me disant que j’en ai quand même vu un certain nombre dans le palacio de Viana !

Le temple romain de Cordoue

Bien plus au nord de Cordoue se dressent onze colonnes antiques. Vestiges d’un temple romain du premier siècle, on peut en voir une bonne partie depuis la rue Claudio Marcelo.

colonnes d'ordre corinthien d'un ancien temple romain
Sous ce soleil, on aimerait bien que le temple retrouve son toit pour avoir un peu d’ombre !

La plaza de la Corredera

A quelques mètres au sud-est du temple romain se trouve la place de la Corredera. Cette place est elle aussi liée à l’Antiquité : les mosaïques présentées dans l’Alcazar de Cordoue ont été découvertes ici. Elles ont été découvertes en 1959, lors de la destruction du marché pour le reconstruire en sous-sol. En effet, on trouvait à cet emplacement un cirque romain dans l’Antiquité. Mais ce sont les corridas, s’étant déroulées bien plus tard sur cette place aménagée en 1683 dans un style baroque, qui lui ont donné son nom.

place quadrangulaire avec bâtiments blancs et roses
Des bâtiments baroques très homogènes !

Les musées de Cordoue

La liste présentée ici n’est pas exhaustive et correspond à ceux que j’ai visités.

Le musée archéologique

Pour rester dans le thème de l’Antiquité, je commence cette partie sur les musées en présentant le musée archéologique. Grâce à l’exposition de statues ou de monnaies, il présente la vie domestique et religieuse de la région de l’Antiquité à la Reconquête (période durant laquelle les royaumes chrétiens du nord reprennent le contrôle de la péninsule ibérique). Au sous-sol se trouvent les ruines d’un ancien théâtre romain. Cela complète les sites déjà visités et offre une bonne vision sur la richesse culturelle de Cordoue dès l’Antiquité.

La visite, gratuite, a duré un peu plus d’une demi-heure. J’avais ainsi le temps de visiter ensuite le musée des Beaux-Arts.

Le musée des Beaux-Arts

Si la richesse culturelle de Séville, en particulier durant le siècle d’or espagnol, garantissait à son musée des Beaux-Arts d’être bien fourni, c’était peut-être un peu moins évident pour celui de Cordoue. Se trouvant dans l’ancien hôpital de la Charité, qu’il partage avec le musée Julio Romero de Torres, il présente des œuvres du XVe siècle jusqu’à l’époque actuelle.

Créé en 1844, il s’enrichit d’œuvres provenant de confiscations des biens ecclésiastiques et nobles de 1835 et 1868. Plusieurs dons, legs ou achats viennent compléter la collection. Le musée présente ainsi des tableaux de Rafael, Enrique ou encore de Julio Romero de Torres. On y découvre également des objets archéologiques et une section dédiée aux arts décoratifs. Les artistes cordouans sont majoritairement représentés, et c’est bien ce qu’on attend du musée des Beaux-Arts de Cordoue ! La visite dure une heure et demie et est gratuite pour les citoyens de l’Union Européenne (1.50€ sinon).

La confiscation des biens ecclésiastiques et nobles, ou désamortissement, est un processus qui s’est étendu de la fin du XVIIIe siècle aux années 1920. Le gouvernement a mené cette action afin que la vente des biens accumulés par le clergé ou les nobles augmente la richesse du pays et fasse émerger une classe moyenne. Cependant, le désamortissement avait également un but politique afin de s’attaquer à l’Ancien Régime. Le désamortissement eût de nombreuses conséquences, parmi lesquelles un enrichissement effectif de l’état, mais qui se fît parfois au bénéfice de grands propriétaires qui accaparaient les terres mises en vente. Les nouveaux propriétaires devenaient dépendants du gouvernement libéral, dont une chute pouvait remettre en question leur nouveau patrimoine. Si certains monuments furent achetés par l’Etat, qui les entretint, d’autres tombèrent en ruines ou virent leurs œuvres dispersées à l’étranger.

Le musée Julio Romero de Torres

D’abord annexe du musée des Beaux-Arts, le musée Julio Romero de Torres présente les œuvres de ce peintre cordouan. Julio Romero de Torres exprime son style symboliste à travers notamment de portraits féminins sensuels. Il commence sa carrière avec, entre autres, sa participation à la restauration de la mosquée-cathédrale de Cordoue (notamment la toiture), puis s’inscrit en 1906 à l’Exposition nationale des Beaux-Arts. Mais son tableau représentant l’intérieur d’une maison close n’est pas accepté. Il se rabat donc sur l’exposition de peintres indépendants organisée à Madrid en 1907. C’est dans les années 1920 qu’il accède à la renommée, jusqu’à son décès en 1930.

La visite coûte 4€ et m’a pris une heure. A noter qu’il est interdit de prendre des photographies des œuvres, et les gardiens veillent scrupuleusement au grain.

La maison-musée Guadameci Omeya

Lors de mes promenades dans le centre historique de Cordoue, je suis passé devant la maison-musée Guadameci Omeya. Dans ce magasin avec une partie musée, nous découvrons un atelier mettant en pratique la technique du guadamacile. Cette technique était utilisée par les Omeyyades pour décorer le cuir, afin d’orner les palais et maisons. Le procédé spécifique au guadamacile est le modelage de motifs dans le cuir avec des feuilles d’argent grâce à des moules et des outils permettant de créer des détails plus fins. L’artisan peut ajouter des couleurs à sa réalisation. Ramon Garcia Romero est le seul artisan à perpétuer cette technique, et la succession est pour l’instant assurée par son fils.

La maison arabe

La casa arabe est une maison de style mudéjar du XVe siècle. La cour intérieure n’est pas extraordinaire, mais présente des arcs nasrides. La maison accueille des expositions d’art arabe. Elle se veut être un point de rencontre entre la culture arabe et la culture occidentale.

Mon programme de visite de Cordoue

Mon programme de visite de Cordoue a été un peu désorganisé. En effet, j’ai appris en arrivant que la visite du palacio de Viana est gratuite le mercredi après-midi (de 14h à 17h) et mon premier jour de visite se trouvait être le mercredi. Je devais donc en profiter !

Mon séjour à Cordoue s’est donc déroulé ainsi : 

Mercredi matin : Visite de la mosquée-cathédrale, du pont romain, du centre historique et du nord (temple romain, plaza de la Corredera) puis retour dans le centre pour visiter la synagogue et la chapelle mudéjare de San Bartolomé.

Mercredi après-midi : Visite du palacio de Viana (1h), de la casa arabe, du musée Guadameci Omeya, de la tour de la Calahorra, du musée archéologique et du musée des Beaux-Arts. Pour ces deux derniers, j’ai profité du fait qu’ils ferment tard (21h) pour les visiter en fin de journée.

Jeudi matin : Visite de l’Alcazar, des bains califaux, de la casa sefarad, du minaret de la mosquée-cathédrale et du musée Julio Romero de Torres.

Jeudi après-midi : Visite de la casa Andalucia, de la mosquée-cathédrale, promenade dans le centre historique et coucher de soleil depuis la tour de la Calahorra.

Vendredi matin : Visite de la mosquée-cathédrale, puis passage à la station de bus. En attendant le départ du bus, promenade dans le nord et visite des églises de Saint Michel, Saint Pierre et Saint Paul.

A ne pas manquer

La mosquée-cathédrale et ses centaines de colonnes s’étirant à l’infini.
Les ruelles de l’ancienne médina.
Le pont romain.
Des patios, comme le palacio de Viana ou le parcours de patios.

Le mot de la fin

Pour conclure cet article, je dirais que je suis très satisfait de ma visite de Cordoue. J’ai pu bien profiter des deux sites majeurs cordouans : la mosquée-cathédrale et l’Alcazar. De plus, j’ai pu découvrir des sites mineurs qui m’ont permis d’avoir une vue globale sur l’histoire de Cordoue, en particulier sur les modes de vie des populations, l’architecture ou les décorations de cours intérieures. J’ai beaucoup apprécié également les promenades dans les petites ruelles qui rappellent un peu les médinas marocaines, ainsi que les observations ornithologiques qui offraient un angle de découverte très différent.

Vue sur la Vézère et la vallée de la Vézère

La vallée de la Vézère : entre grottes préhistoriques et habitats troglodytiques

Note avant de commencer : cet article date en fait de 2019. Il était resté dans mes brouillons depuis, car je souhaitais en faire un deuxième, à publier juste après. Les plans ayant changés, il est temps de lui donner de la visibilité ! Le week-end de quatre jours l’Ascension a été l’occasion de profiter d’un temps de repos bien mérité. Avec ma tante, j’en ai donc profité pour me lancer dans l’exploration de la vallée de la Vézère ; de…

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parc avec un ballon météorologique

Visiter le 15e arrondissement de Paris

Dans cet article, nous allons faire une visite qui est pour moi peu commune. En effet, ce n’est pas tous les jours que l’on publie sur un blog voyage un article sur une destination qui est à seulement deux arrêts de RER ou de métro de chez soi ! Le quinzième arrondissement, je connaissais un petit peu, car c’est là que je vais au cinéma. Alors par curiosité, j’ai ouvert mon guide pour voir ce qu’on y trouvait. J’ai ainsi…

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La pagode Avalokitesvara à Semarang

Semarang et les temples bouddhistes

Quand on associe « Indonésie » et « temple bouddhiste », les gens pensent tout de suite à Borobudur. En tout cas, quand ça leur dit quelque-chose. Mais il y a des temples bouddhistes ailleurs, dont à Semarang. Comment arriver à Semarang ? Il y a un aéroport qui relie Semarang aux principales villes d’Indonésie, mais aussi une gare. Personnellement, je suis arrivé de Bandung en train. Le voyage a duré plus de sept heures mais je n’ai pas de mal à dire sur…

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