
Carte blanche pour visiter la campagne andalouse
Jusqu’ici, nous avons surtout visité des villes. Mais la campagne espagnole est, comme en France, parsemée de villages. Beaucoup sont inconnus des touristes, mais en Andalousie, certains attirent de très nombreux voyageurs. On les appelle les villages blancs. Vous l’aurez compris, ces petits nuages sur la montagne partagent tous une même couleur. Ils s’organisent en général autour d’une église et d’un château, bien utile dans cette zone frontalière, qui s’exprime dans l’acronyme “de la Frontera” présent dans le nom de certains d’entre eux. Après la découverte des grandes villes andalouses, qui constituent l’étape culturelle du voyage, il est temps de ralentir la cadence et de respirer le bon air de la campagne. Même si le programme a connu quelques désagréments, découvrons dans cet article trois charmants villages blancs andalous.
Visiter les villages blancs sans voiture
N’ayant toujours pas de voiture, et ne prévoyant pas d’en louer une, je me suis très tôt demandé comment j’allais pouvoir visiter les villages blancs. Entre les grandes villes, il y a des trains et des bus, donc cela ne pose pas de problème. En revanche, qu’en est-il des villages blancs, de petits villages perdus dans les montagnes ?
Avant le départ, je me rends donc un samedi matin à la médiathèque pour me renseigner dans les guides. Je n’ai guère d’informations. Même chose sur internet, le voyage sans voiture semble très peu plébiscité. Bon, peu importe, je commence à me faire un petit itinéraire. Je dispose de quatre jours pour visiter les villages blancs. Cela fait donc quatre villages, que je choisis assez vite. Le voyage commencera donc à Setenil de las Bodegas, pour ses maisons semi-troglodytiques. Il continuera à Olvera, puis passera par Zahara de la Sierra et finira à Arcos de la Frontera.
Sur les sites des compagnies de bus espagnoles, nous avons plus d’informations. Il y a bien des bus entre les villages blancs ! Mais pas le week-end… Je dois dire que je n’avais pas pensé à cette éventualité en réservant mon trajet Paris – Séville… Mais bon, je me dis que je trouverai bien une solution. Une fois arrivé à Ronda, je me rends compte qu’il n’y en a pas. Je vais donc devoir changer mon programme. Par conséquent, j’annule la visite d’Olvera et limite les visites à Setenil de las Bodegas et à Zahara de la Sierra en aller-retour depuis Ronda. Enfin, je prends un BlaBlaCar pour rejoindre Arcos de la Frontera, toujours depuis Ronda.
Si vous n’avez pas de voiture, vous rendre à la gare routière de Ronda est la première chose que vous devriez faire. Etant donné que c’est là que les bus déposent les passagers arrivant à Ronda, cela ne devrait pas être très difficile. Il existe plusieurs compagnies de bus, et chacune affiche les horaires de départs à l’entrée de leur bureau.
Voici les horaires lors de mon voyage :
| Destination | Horaires aller | Horaires retour |
| Setenil de las Bodegas (lundi à vendredi) | 8h45, 11h50, 13h30, 16h30, 18h | 7h15, 9h30, 12h35, 14h15, 18h45 |
| Setenil de las Bodegas (samedi) | 8h45, 13h30, 16h30 | 7h15, 9h30, 14h15 |
| Olvera (lundi à vendredi) | 14h15 | 6h45, 9h15 |
| Zahara de la Sierra (lundi à vendredi) | 9h, 14h | 10h, 15h |
Cependant, je ne peux que vous encourager à vérifier de votre côté car ils changeront peut-être.
Lors de mon passage à l’Office du Tourisme de Ronda, il s’est avéré que certains horaires de départ n’étaient pas parvenus jusqu’à eux. Je leur ai indiqué les horaires de départ pour Zahara de la Sierra donc normalement ils devraient les avoir.
Setenil de las Bodegas – le village sous la roche
Setenil est un village blanc à 19 km de Ronda. On s’y rend donc en bus en 45 minutes. Les bus reliant Ronda et Setenil de las Bodegas sont plus fréquents que pour les autres villages blancs. On voit ainsi que Setenil de las Bodegas est une destination prisée des touristes.
Pour ma part, je me trouve dans un gros autocar avec trois autres personnes. Autant dire que je n’ai pas eu de mal à trouver une place assise ! On se demande parfois comment le car peut réussir à circuler dans les ruelles des villages blancs que l’on voit en chemin. Mais force est de constater qu’il arrive bien à destination ! A 9h45, je suis donc à Setenil de las Bodegas. Le retour à Ronda est prévu pour 14h15, ce qui me laisse 4h15 pour visiter le village (je prends un quart d’heure de précaution). Ou neuf heures si je rate le bus et prend finalement celui de 18h45.
La visite commence en prenant un peu de hauteur. Depuis l’endroit où le bus me dépose, je ne tourne pas à droite mais monte sur la colline en marchant sur le trottoir de la route principale qui monte en lacets. Il ne faut que quelques minutes pour bénéficier d’un beau panorama sur tout le village.

J’en profite pour me rendre à l’ermitage de San Sebastian, un petit édifice de style gothique tardif. C’est le premier bâtiment construit par les Chrétiens après la conquête du village. Ce fût un hôpital militaire, l’un des premiers dans l’Histoire. Une légende populaire veut qu’il tienne son nom de celui du bébé prématuré, Sebastian, auquel la reine Isabelle a donné naissance lors du siège du village. Ce fût un hôpital militaire, l’un des premiers dans l’Histoire. Dans l’un des jardins, un chien aboie très fortement et ce n’est pas très rassurant ! Je ne reste donc pas trop longtemps.
Après avoir admiré le paysage, je me lance dans l’exploration du village et parcours ses petites ruelles blanches. Par hasard, j’arrive devant l’ancienne mairie. Cette petite maison du début du XVIe siècle abrite maintenant l’Office du Tourisme de Setenil de las Bodegas. Il possède une belle toiture en bois typique du style mudéjar. Une inscription rappelle la prise de la ville par les Rois Catholiques le 21 septembre 1484. Je me rends ensuite au château de Setenil de las Bodegas.

Plutôt que de château, on devrait parler de tour, car c’est surtout une tour qui domine désormais le village. Cependant, on ne doit pas sous-estimer ces fortifications, puisqu’il fallut sept tentatives pour conquérir Setenil de las Bodegas, qui finalement tomba aux mains des Rois Catholiques le 21 septembre 1484, comme inscrit sur le plafond de l’ancienne mairie. Nous sommes ici dans ce qui devait être le centre du village. Nous pouvons y visiter l’église Notre-Dame de l’Incarnation, la tour, la réserve d’eau et la maison de la Damita.
L’église Notre-Dame de l’Incarnation est un petit édifice bâti dans un style gothique tardif à l’emplacement de l’ancienne mosquée du village. Terminée en 1614, elle possède également des éléments de style Renaissance. D’ailleurs, on peut remarquer des différences d’époques sur sa façade principale. Le retable principal, de la fin du XVe siècle, possède neuf panneaux. Il est certes bien moins impressionnant que ceux que nous avons vu précédemment, mais tout de même très joli.

La tour dominant le village est un reste des fortifications de l’époque Almohade, au XIIe siècle. On peut monter au sommet pour bénéficier d’une vue sur toute la campagne aux alentours. Il faut également penser à regarder en haut. En effet, lors de mon passage, plusieurs vautours planaient au-dessus de Setenil de las Bodegas. Tout près de l’entrée de la tour, un escalier s’enfonce sous terre et permet d’accéder à la citerne, une réserve d’eau, bien utile notamment en cas de siège.
En face de la tour, la maison de la Damita expose des objets retrouvés durant des fouilles archéologiques dans le village. On y trouve ainsi la Damita, une petite statue vieille de cinq mille ans. Il y a aussi trois stèles funéraires nasrides et quelques tableaux (un village blanc et des natures mortes). Dans la tour aussi on pouvait admirer des tableaux. La maison de la Damita est donc un petit musée historique de Setenil de las Bodegas. La visite de ces deux lieux coûte 2€.

Pour revenir un instant sur la Damita, elle témoigne de la présence humaine ancienne dans ces lieux. La région, avec ces cavités dans la montagne, offrait un habitat propice aux populations de chasseurs-cueilleurs. Ce que d’autres sites attestent, comme nous avons pu le voir lors de la visite du Musée de Ronda.
Après ces visites, il est temps d’aller voir ce qui fait la renommée de Setenil de las Bodegas, les habitats troglodytiques. En effet, les collines de Setenil de las Bodegas se composent de plusieurs couches de calcaire et de marnes argileuses. La rivière a creusé la roche en s’infiltrant. Les couches d’argiles se sont davantage érodées. Ainsi, la rivière a créé des cavités. De nombreuses maisons de Setenil de las Bodegas se sont donc construites sous ces cavités rocheuses. Ainsi, les propriétaires ont économisé sur la construction d’un toit pour leur demeure ! Et ont donné au village son attrait touristique actuel.

Les lieux les plus notables sont les rues Herreria, Mina et Calcetas, dans lesquelles le passant se retrouve à moitié sous le bleu du ciel et à moitié sous le gris de la roche. Ensuite, deux rues se font face : la rue Cuevas de la Sombra, au sud de la rivière, qui passe entièrement sous la roche et est donc sombre sur quelques mètres, et la rue Calle Cuevas del Sol, au nord de la rivière, plus éclairée et où une grande plante semble tomber de la montagne vers la rivière. Par endroits, on dirait que les maisons soutiennent la montagne. Mais on espère bien que ce n’est pas le cas, ou elles se retrouveraient vite écrasées !






J’ai failli manquer la seconde rue, et je m’y suis rendu en courant dix minutes avant l’arrivée du bus retournant à Ronda. La pluie commençant à tomber, je suis bien content de ne pas prendre le bus de 18h45. Je pourrai visiter des musées à l’abri.

Zahara de la Sierra – le château au dessus du lac
Deux bus se rendent à Zahara de la Sierra depuis Ronda. Il y a donc le choix entre un départ de Ronda à 9h ou 14h et un retour à 10h15 ou 15h15. Etant donné que je dois retourner à Ronda le soir même, le choix est vite fait. Me voici donc à 8h en train d’attendre le bus. C’est la même chose que la veille, nous sommes quatre dans le bus. Je retrouve les deux touristes argentins qui sont également allés la veille à Setenil de las Bodegas. Une heure et quart sont nécessaires pour atteindre ce charmant village perché sur une montagne, surplombant un lac à l’eau azur. Un lac qui n’est pas naturel, mais cela n’enlève rien à la beauté du paysage !
A peine descendus du bus, les quatre touristes que nous sommes grimpons au sommet de la colline. Quatre touristes qui devenons trois, les deux argentins et moi-même, le quatrième s’étant arrêté en chemin. Nous passons tout d’abord devant la tour de l’Horloge puis devant la chapelle de San Juan de Latran, avant d’arriver sur la place principale du village. Depuis celle-ci, nous pouvons admirer le paysage, grandiose. Une vue splendide qui nous accompagnera pendant toute la durée de notre visite de Zahara de la Sierra. Une fête est en préparation, pour ce soir, à en croire le touriste thaïlandais que nous croisons sur place. Nous continuons à monter jusqu’à l’entrée du château. Un petit bureau délivre les billets d’entrée, qui coûtent 2€. Une somme qu’il fallait avoir en liquide car la machine permettant de payer par carte bancaire n’avait pas accès à internet !
Nous en profitons pour interroger la personne de l’accueil à propos de l’endroit d’où le bus repart pour Ronda. En effet, ce n’était pas très clair. J’avais l’impression pour ma part qu’il partait d’un endroit différent de celui du lieu d’arrivée. Mais non, la personne du bureau de vente nous confirme qu’il suffit de se rendre à l’endroit où nous sommes arrivés tout à l’heure.


Il est temps maintenant d’entrer dans le périmètre de l’ancienne ville médiévale. Nous commençons la visite par les vestiges de l’ancienne église, où un centre d’interprétation a pris place. Le visiteur peut y découvrir de vieux vestiges et des panneaux explicatifs de l’histoire des lieux et de la région. L’autre point d’intérêt est le château nasride, qui s’élève dans ce village se trouvant entre Ronda et Séville, et dont la construction a d’ailleurs commencé bien avant cette période.

Zahara de la Sierra s’est longtemps trouvé dans une zone frontalière, entre la Castille et l’émirat de Grenade, entre Ronda et Séville. Le petit village d’Olvera, à quelques kilomètres de là, était en effet, pendant plus de deux siècles, sous le contrôle du royaume de Castille. Un château était donc nécessaire à Zahara de la Sierra. Enfin, quand je parle de château, c’est un bien grand mot ! Il n’en reste qu’une tour, que l’on gravit en quelques minutes. Si l’intérieur permet de découvrir la vie à Zahara de la Sierra et celle de la région au Moyen-Âge, le sommet de la tour est le point de vue le plus élevé pour admirer les alentours.

Le paysage se compose d’une retenue d’eau, vers laquelle on aperçoit Olvera au loin. Nous pouvons ainsi surveiller le village rival ! C’est pour cette raison que j’aurais voulu visiter Olvera, qui va de pair avec Zahara de la Sierra.

Ailleurs, il y a une vue sur la campagne et les montagnes à perte de vue. Le tout avec des jeux de lumière provoqués par les nuages que le soleil tente de temps à autre de percer. Tout comme Setenil, le village de Zahara de la Sierra est survolé par plusieurs vautours. J’ai manqué d’en prendre un en photo de près, mais je venais de zoomer au maximum sur l’un d’entre eux quand un autre a surgi de derrière la falaise à quelques mètres de moi !
Une fois tous les chemins du village médiéval parcourus, je redescends vers la place principale du village. En chemin, je croise la touriste hollandaise qui était avec nous dans le bus. Ça tombe plutôt bien, elle avait l’air un peu perdue à l’aller et je peux lui indiquer l’emplacement de départ du bus. Quel surprise de réaliser que c’est la même personne que j’avais croisée à Ronda, avant de commencer ma promenade à l’ouest de la ville. Comme quoi, nous avons tous à peu près le même programme !
Une fois de retour sur la place du village, je constate que les préparatifs de la fête battent leur plein. Avant de déjeuner, je visite l’église Sainte-Marie de la Table, la plus grande église du village. Construite au XVIe siècle, elle renferme elle aussi des retables de style baroque. Le retable principal est plutôt riche en décors et en détails pour une église de petit village. Des statues et quelques tableaux, comme celui du retable des âmes, complètent le décor de l’église Sainte-Marie de la Messe.
En contrebas de la place principale se trouve le jardin des sapins d’Espagne, un jardin où se trouvent de nombreux arbres, plus précisément des… Sapins d’Espagne ! Ces arbres sont endémiques d’Andalousie. Mais il y a des milliers d’années, ce n’était pas le cas. Durant la période glaciaire, ils colonisèrent une bonne partie de la côte méditerranéenne. Mais quand les températures augmentèrent, ils disparurent petit à petit. Quelques spécimens subsistent sur des sommets de montagnes, isolés les uns des autres. Ce jardin est donc d’un grand intérêt scientifique pour les étudier.
Je déjeune près d’une fenêtre donnant sur la vallée puis me rend là où le bus nous a déposés en début de matinée. Et je peux ainsi confirmer qu’il repart bien de cet endroit en direction de Ronda. Demain, les touristes argentins vont aussi à Arcos de la Frontera. Faute de bus, ils y vont en train. Je n’avais pas pensé à regarder les trains ! J’ai cependant trouvé un BlaBlaCar en direction de Cadix, qui me dépose à Arcos de la Frontera. Un moyen de transport auquel je ne pense pas assez en voyage, mais ça peut être pratique ! Petit bonus : l’autre passagère est française, ce qui m’évitera un tête à tête de plus d’une heure en espagnol. Même si j’avais travaillé cette langue avant de partir en vacances, je ne pense pas pouvoir tenir de longues conversations.
Arcos de la Frontera – Le dernier village blanc
Oui, je n’étais pas spécialement inspiré pour le titre de celui-ci. Toujours est-il que j’ai passé une journée et une nuit à Arcos de la Frontera et voici ce que j’y ai fait. Le premier endroit de la ville où je me rends est l’Office du Tourisme. Un bon choix puisque j’y récupère un plan avec 36 lieux à voir. 37 en réalité mais je ne visiterai pas celui qui est hors-plan. Autant dire que je me retrouve bien occupé pour la visite de ce dernier village blanc. Je parcours un peu le centre-ville pour me rendre à l’hôtel, déposer mon sac, et je retourne au premier endroit indiqué sur la carte pour commencer la promenade.
Montée vers le centre d’Arcos de la Frontera
La visite commence par l’église San Miguel, une petite église qui passerait presque inaperçue. A l’origine, c’était une ancienne forteresse, rôle qu’elle eût jusqu’au XVe siècle. On peut imaginer qu’elle défendait l’accès à la vieille ville, dans laquelle nous allons entrer. L’édifice devint ensuite un ermitage. Mais en 1684, le bâtiment s’effondre et il faudra attendre le siècle suivant pour que la reconstruction se fasse. Il redevint église et orphelinat pour filles. C’est maintenant un salon d’expositions.
Un peu plus loin, nous remarquons un bâtiment ayant une façade baroque. C’était au XVIIIe siècle un entrepôt de blé, désormais un dispensaire. Une fonction sûrement mieux adaptée à sa façade travaillée. On ne s’attend pas à ce qu’un entrepôt soit particulièrement décoré !
Quelques mètres plus loin, cette fois à droite de la rue, se trouve l’hôpital San Juan de Dios. On peut visiter son église de style baroque et ainsi voir son retable en bois de pin de Flandre, le Christ de la Veracruz, de 1545, ainsi qu’une statue de la Vierge que la ville a présentée à l’Exposition ibéro-américaine de 1929.
La montée se fait plus abrupte désormais, après que nous ayons passé la porte de Xérès, l’une des trois portes de la ville au XVe siècle.

Peu après, nous trouvons successivement l’Office du Tourisme et le palais du comte d’Aguila. Le bâtiment de l’Office du Tourisme héberge également un musée présentant l’histoire d’Arcos et de la région. C’était intéressant, mais il vaut mieux avoir quelques souvenirs en espagnol. Le palais du comte d’Aguila est un bâtiment du XVe siècle dont la façade mélange les styles gothique et mudéjar.
Le centre ville entre château et églises
Le centre-ville s’organise autour de la place du Cabildo, en travaux lors de ma visite. Depuis le palais du comte d’Aguila, nous pouvons y accéder en continuant notre marche sur la côte de Belen, ou en tournant à droite, rue Neuve. Cette rue fût construite après que le séisme de Lisbonne, survenu en 1755, eût détruit le mur nord du château. On aménage donc une rue à la place.
Trois importants bâtiments d’Arcos de la Frontera jouxtent la place du Cabildo. Le château d’Arcos de la Frontera était un alcazar durant la période musulmane, puis fût remanié aux XIVe et XVe siècles. C’est maintenant une propriété privée, et nous ne pouvons donc pas le visiter. La mairie s’installe également sur cette place, en 1634, et se distingue avec un portail orné de la statue de Saint Michel. Je ne sais pas si nous pouvons y entrer et admirer le plafond mudéjar à caisson et le portrait de Charles IV mentionnés par le plan fourni par l’Office du Tourisme…
Enfin, la basilique Sainte-Marie de l’Assomption date des XVe et XVIe siècle et domine la place, avec son clocher. Elle fût construite à l’emplacement de l’ancienne mosquée, dont elle conserve les fondations. Elle possède une façade de styles gothique et plateresque, tandis que le clocher est de style néoclassique. Il est intéressant de noter que les architectes responsables de sa construction ont aussi œuvré à celle de la cathédrale de Séville.

Pour 4€, il est possible de visiter l’église avec un audioguide et de monter au sommet du clocher, d’où on bénéficie d’une vue sans pareil sur tout le village et ses environs.


Ce qui la distingue des autres, ce sont les arcades gothiques au plafond, et le magnifique retable principal. J’ai consacré une heure à cette visite, qui m’a permis de découvrir une église d’un village blanc plus grand que les deux précédents. C’était intéressant, même si au bout de deux semaines, on commence un peu à faire une overdose de retables baroques !
Du côté opposé à la place du Cabildo, la ruelle des religieuses passe sous les arcs-boutants de l’église, qui s’appuient sur les bâtiments se trouvant face à l’église.

Le couvent de l’Incarnation se trouve parmi eux. Construit dans la première moitié du XVIe siècle, il présente une façade de style plateresque et une autre de style gothique flamboyant. On pourrait rater cette petite rue en passant par la place, et ce serait dommage ! En effet, c’est sûrement l’une des ruelles les plus pittoresques d’Arcos de la Frontera.
Nous continuons notre promenade en prenant la rue des Escribanos, qui passe devant la façade du couvent de las Mercedarias Descalzas, de 1642. Etant donné que le bâtiment est fermé, nous ne pouvons pas voir le seul cloître subsistant à Arcos de la Frontera. Nous arrivons sur la place Boticas, endroit animé par la présence de plusieurs restaurants. Ils ont également pris place dans l’enceinte de l’ancien temple des Jésuites. Nous pouvons en voir l’un des murs, longeant la rue Maldonado. Par contre, nous ne voyons rien d’autre de ce temple, car il est resté inachevé à la suite de l’expulsion des Jésuites d’Espagne, survenue en 1767. Plusieurs autres sites se trouvent entre la rue Maldonado, la rue Boticas et l’église Saint Pierre.
Tout d’abord dans la rue Maldonado, nous passons devant le théâtre Olivares Veas, construit de 1910 à 1912, puis restauré et inauguré en 1994. Un bâtiment récent donc, cela change avec tous ceux du XVIIe et du XVIIIe siècle ! Ensuite, dans la rue Boticas, nous passons devant le couvent des Jésuites, maintenant école Notre-Dame des Neiges (Nuestra Senora de las Nieves). Ce bâtiment, construit en 1675, aujourd’hui une école, arbore sur sa façade l’écu d’Espagne et les fleurs de lys, signe des Bourbons, puisque ceux-ci règnent sur l’Espagne à partir de 1700. Leur accession au trône entraîne la guerre de Succession d’Espagne, car bon nombre de pays européens ne voient pas d’un bon œil l’accession au trône d’Espagne d’un roi français.
Un peu plus loin, sur le côté gauche de la rue, se trouve la chapelle de la miséricorde, construite en 1490 dans un style gothique. Ancien hôpital pour femmes et enfants, c’est maintenant un centre d’expositions. A côté se trouve la rue Cuna, qui doit justement son nom à une ancienne fondation recueillant des enfants abandonnés. Mais c’est davantage le bâtiment d’en face qui attire l’attention. Le palais de Mayorazgo date du XVIIe siècle et est de style herreriano. Sa façade se distingue avec des colonnes toscanes. Il abrite deux cours intérieures avec des colonnes, des intérieurs avec leur plafond à caissons et possède un jardin andalou qu’il est possible de visiter. Il accueille également des expositions artistiques, mais je n’ai pas eu le temps d’y porter une attention particulière.

Le style Herreriano doit son nom à l’architecte Juan de Herrera, qui l’a exprimé dans le monastère de l’Escurial. Il se caractérise par l’influence du style de la Renaissance, mais avec simplicité et rigueur géométriques. Les parties du bâtiment sont disposées avec symétrie autour d’une ou plusieurs cours intérieures. Ce style connaît son apogée au XVIe siècle.
Nous arrivons enfin devant l’église Saint-Pierre. Cette fois, ce n’est pas sur les fondations d’une ancienne mosquée que l’on a construit l’église, mais sur celles d’une forteresse. Les Chrétiens construisent d’abord une collégiale puis une église au XVIe siècle, qu’ils dotent au siècle suivant d’un clocher au niveau de la façade principale, l’ensemble étant de style baroque. Il y a là aussi de beaux retables, dont le plus ancien de la région, placé derrière le maître-autel. La plus belle chapelle est sûrement celle au sud de l’église.

Dans les petites ruelles et les points de vue
Nous sommes montés tout à l’heure vers le centre-ville, nous allons maintenant descendre. Et pas qu’un peu : la pente est raide ! Derrière l’église Saint Pierre se trouve le palais de los Virues de Segovia e inestal, une construction du XVIIe siècle arborant un blason en marbre. La rue Juan de Cuenca nous mène devant plusieurs autres demeures bourgeoises. A droite, le palais Juan de Cuenca y Farfán de los Godos date lui aussi du XVIIe siècle, et présente également le blason de la famille.
Accolé à celui-ci, le palais de los Nunez de Prado date du XVIIe siècle et fût ensuite un grilloir de café et une usine de farine. Enfin, en face, le palais du marquis de Torresoto présente un beau portail du XVIIIe siècle, ainsi qu’un signe de l’Inquisition. Si un panneau explicatif se trouve devant chacun de ces bâtiments, le plan est tout de même fort pratique afin d’être sûr de voir l’ensemble des bâtiments. Notons d’ailleurs que nous avons ici changé d’époque par rapport au centre-ville.
Un peu plus loin dans la rue Martin Moreno, nous devrions voir l’ermitage de Saint-Antoine dans une petite ruelle à gauche. Je pense ne pas l’avoir trouvé… Un peu plus loin, nous arrivons devant le belvédère de la Pena Vieja, qui offre une belle vue sur la rivière et la campagne au nord d’Arcos. A partir de là, j’ai vu tous les monuments signalés sur le plan mais j’avoue avoir eu un peu de mal à m’orienter…
De retour à l’arrière de l’église Saint Pierre, nous pouvons prendre la rue Abades pour rejoindre le belvédère d’Abades, où un banc permet d’admirer le paysage, sur le sud d’Arcos de la Frontera cette fois et de se reposer.

Ensuite, retournons sur nos pas et descendons la côte del Socorro puis continuons tout droit, rue Alanises. Nous sommes dans une partie de la ville avec plusieurs petites ruelles dans lesquelles se perdre durant un petit détour.

Nous passons devant l’église Saint Augustin, construite en 1539, c’était alors le couvent de San Juan de Letran. Je ne sais pas sur quelle rue j’étais mais je ne suis pas passé devant l’entrée. De toute façon, l’église n’est ouverte que de 10h30 à 13h le samedi, je n’aurai donc pas pu entrer ! Un peu plus loin, nous pouvons voir les vestiges de l’ancienne muraille almohade du village. C’est à ce niveau que nous franchissons la porte Matrera, la porte est d’Arcos de la Frontera. Elle possède une tour défensive accolée (sur les deux originales) et est gardée par une statue de la Vierge, visible à travers la fenêtre.
Une partie plus récente d’Arcos de la Frontera
Nous rejoignons, par la rue Mantrera, une partie plus récente d’Arcos, située en dehors des anciens murs d’enceinte du village.
Nous passons déjà devant le palais Matrera Abajo, un bâtiment blanc et gris avec un petit écu héraldique. De ce que je vois sur internet, au moins une cour se cache entre ses murs. Sinon, la façade n’est pas très jolie. Un peu plus loin, à gauche alors que nous faisons nos premiers pas sur la place Modesto Gomez, nous pouvons voir le palais Garcia de Veas, construit au XVIIIe siècle. Plus coloré et plus joli que le précédent, un écusson orne le fronton de la porte. Elle cache elle aussi une cour intérieure. A l’angle de la place Modesto Gomez et de la rue Obispo Bellido Caro se trouve l’église de Maria Auxiliadora, de l’ancien couvent des Franciscains Déchaux. Ils y enseignaient l’Art et la Théologie. On ne peut malheureusement pas visiter l’intérieur de cette église du XVIIe siècle.
Continuons notre promenade à droite, rue Calvario, qui mène à la place de la Caridad. L’hôpital de la Caridad, qui a donné son nom à la place, est un bâtiment de style colonial datant de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Nous pouvons voir sa façade à trois arches, par dessus laquelle il est possible d’apercevoir l’église et ses deux clochers, disposé symétriquement autour du centre. Enfin, dirigeons-nous vers la rivière. Le chemin le plus rapide est de continuer par la rue du Calvario puis tourner à droite, avenue Alphonse X le Sage puis tourner à gauche, un pont est visible depuis l’avenue. Ce pont d’architecture métallique inauguré en 1920 permet de traverser la rivière.
Se promener autour d’Arcos de la Frontera
Après cette promenade qui a traversé tout le centre historique d’Arcos de la Frontera, je souhaitais retourner dans le centre. Mais plutôt que de refaire cette promenade en sens inverse, j’ai suivi la rivière afin d’effectuer une boucle indiquée sur le plan fourni par l’Office du Tourisme.
Avant toute chose cependant, après avoir traversé le pont, tournez à gauche, même si la promenade continue à droite. Il suffit en effet de parcourir quelques mètres pour admirer la vue typique des cartes postales d’Arcos de la Frontera ! Ce n’est que le soir, en voyant une de ces cartes postales que j’ai réalisé que je n’avais même pas pensé à voir un peu cette vue… J’ai tourné directement à droite et j’ai continué ma promenade.


A droite, tout n’est pas perdu, car il y a aussi de belles vues sur le village, et surtout sur la paroi rocheuse de la falaise sur laquelle il se dresse.

Par contre, il est préférable de ne pas se lancer dans la montée vers le centre historique sous le soleil du milieu de la journée. Je me suis également promené sur la route au nord d’Arcos. C’est également sympathique mais malheureusement, les photos se font à contre-jour en fin de journée.

Le mot de la fin
Malgré mes difficultés de transport, je suis ravi de ma visite des villages blancs. J’ai effectivement pu visiter deux villages qui sont, pour moi, parmi les incontournables, à savoir Setenil de las Bodegas et Arcos de la Frontera. L’un est intéressant pour ses habitations semi-troglodytiques, une caractéristique qui le distingue des autres, l’autre l’est pour sa taille et la beauté de son environnement. Quant à Zahara de la Sierra, j’en suis très satisfait. Les vues sur le lac sont inoubliables et ne me font pas regretter le château d’Olvera, qui semble plus imposant que celui de Zahara, du moins sur les photos que j’en ai vu.


