
Une visite inattendue de Jerez et un concentré d’Andalousie
Petit article surprise, pour traiter d’une ville que je n’avais pas prévu de visiter : Jerez de la Frontera. En préparant mon voyage, j’avais repéré cette ville, et avait pris quelques notes, au cas où. De toute façon, j’ai déjà suffisamment de lieux à visiter, m’étais-je dit.
C’était sans compter sur les bus ne circulant pas le dimanche, qui m’ont fait retirer la visite d’Olvera du programme. Qui dit village en moins, dit journée en moins. Le dimanche, force est de constater que cette maxime se vérifie. En effet, je termine la visite d’Arcos de la Frontera le samedi soir : il me reste ainsi deux jours avant mon retour en France depuis Séville. Je ressors donc Jerez de la Frontera du placard. Même en ratant le bus, j’arrive là bas aux alentours de midi. Cela me laisse l’après-midi et le lendemain matin pour visiter la ville. Est-ce suffisant ? Non ! A part si tout est fermé !
Un peu d’histoire
La région de Jerez de la Frontera est occupée dès l’époque romaine. Le village de Céret serait peut-être à l’origine de Jerez, qui n’est pas encore “de la Frontera”. C’est près d’ici que la bataille des troupes berbères contre le roi Wisigoth Rodrigo a lieu, marquant le début de la présence islamique dans la péninsule ibérique. Mais les sources écrites ne mentionnent cette ville que depuis 844, ce qui est tout de même pas mal ! Au XIe siècle, elle se trouve dans la taïfa d’Arcos de la Frontera. Au XIIe siècle, le pouvoir almoravide décline et Jerez parvient à gagner une certaine indépendance. Mais celle-ci prendra fin avec l’arrivée des Almohades. Ceux-ci font de Jerez un important centre urbain, qu’ils fortifient grâce à l’Alcazar et des remparts tout autour de la ville.
Le roi Alphonse X vainc les troupes Almohades en 1231, ce qui lui ouvre la voie de Jerez, qu’il place sous protectorat. Il s’en s’empare 33 ans plus tard et fait de l’Alcazar une résidence royale. La ville gagne son patronyme “de la Frontera” car se trouvant à la frontière avec l’émirat nasride de Grenade et subissant plusieurs attaques au XIVe siècle. L’agriculture se développe pour répondre aux besoins d’une population grandissante. Le commerce prend son essor, notamment avec l’Amérique. Les fortifications de la ville se détériorent, au fur et à mesure que le danger devient plus lointain, surtout après la fin de la Reconquête (1492).
La ville s’industrialise au XIXe siècle, bien que la première ligne de chemin de fer arrivant à Jerez au milieu de ce siècle sert surtout pour le transport du vin, la production renommée de Jerez de la Frontera ! La ville a ensuite continué à se développer.
La cathédrale de Jerez de la Frontera
Le dimanche, tout est fermé ! Ou au moins l’après-midi (l’Alcazar ferme à 14h30 par exemple). Enfin, presque tout : ce n’est pas le cas de la cathédrale. En plus de cet atout non négligeable, la collégiale du Sauveur est dotée d’un attribut fort utile en ce dimanche après-midi : un toit. Parfait pour s’abriter de la pluie torrentielle qui s’abat sur Jerez de la Frontera.

La construction de la cathédrale de Jerez de la Frontera débute au XVIIe siècle à l’emplacement de l’ancienne mosquée et se termine au siècle suivant. Cet édifice présente un style gothique, pourtant démodé à l’époque de sa construction, mélangé avec les styles baroque et néoclassique.
La visite est censée durer 40 minutes, j’y reste 1h30, bien que la cathédrale de Jerez n’ait rien d’exceptionnel. Le maître-autel se trouve devant les stèles du chœur et les retables principaux sont dans la nef de l’évangile et dans la nef de l’épître. Il y a de nombreux tableaux et sculptures, notamment dans la sacristie, avec par exemple une Vierge enfant méditant de Francisco de Zurbaran. Il n’y a pas de chapelle tout au long de la nef mais plusieurs retables dont plusieurs sur le côté nord proviennent d’édifices aujourd’hui disparus. Parmi ces retables, l’un d’eux est consacré à Jean-Paul II car c’est lui qui a fait de l’église de Jerez une cathédrale. La nef principale contient les statues des douze apôtres, placés sur les colonnes.


A l’extérieur, ne pas manquer la façade nord-est et s’éloigner un petit peu pour voir la coupole terminée en 1772. Enfin, il est possible de visiter la tour mais pas le dimanche. La visite coûte 7€ pour les deux, mais est un peu plus chère si vous ne prenez pas le billet combiné. Pour ma part, je me suis promené le lendemain et n’ai donc pas visité le clocher.
En sortant, il pleut toujours autant, sauf que le vent vient s’ajouter au déluge. Un vent suffisamment fort pour que je ne sois pas serein en traversant le parc Alameda Vieja, entre la cathédrale et l’Alcazar. Je patiente donc à l’hôtel et heureusement, le vent finit par se calmer. Je ressors donc faire un petit tour en ville. Pour découvrir ce que j’y ai vu, il vous faudra attendre la dernière partie de cet article, qui regroupera les divers endroits où j’ai été après la visite de la cathédrale et le lendemain avant de retourner à Séville. Mais avant cela, je vais présenter un autre monument que j’ai visité le lundi matin : l’Alcazar de Jerez de la Frontera.
L’Alcazar de Jerez de la Frontera
L’histoire de l’Alcazar
Au XIIe siècle, les Almohades lancent la construction de l’Alcazar de Jerez de la Frontera, concrétisant un projet qui avait déjà émergé dans les esprits durant la période des Taïfas. Après la reconquête de la ville par les troupes castillanes, une garnison s’installe. Mais la situation en ville devient explosive et la population en révolte massacre les soldats stationnés dans l’Alcazar. Cela intervient malgré les défenses de l’édifice, construites également vers la médina, et pas seulement vers l’extérieur de la ville. Au XVe siècle, la forteresse se dégrade fortement et d’importants travaux de restauration sont entrepris, à temps pour que les Rois Catholiques puissent y séjourner en 1478. Mais au XVIe siècle, l’Alcazar est de nouveau en mauvais état.
Au siècle suivant, un palais de style baroque prend la place des maisons islamiques. La famille Villavicencio y habite et entretient la forteresse. Il restaure le mur d’enceinte, les bâtiments et aménage un pressoir à huile. En 1960, l’Alcazar a entre-temps changé de propriétaire et s’est de nouveau dégradé. Il regagne de l’intérêt quand on prévoit d’y construire un hôtel. Mais la mairie parvient à bloquer le projet et à acquérir l’Alcazar en 1981. Une bonne nouvelle pour la préservation du patrimoine historique de la ville et pour nous autres visiteurs.
Visiter l’Alcazar

De hauts murs en pisé, comprenant une dizaine de tours, forment l’enceinte de l’Alcazar de Jerez de la Frontera. La visite commence par la cour des Armes, située entre le palais baroque et la mosquée. Cette petite mosquée est d’époque, mis à part l’autel ajouté au XXe siècle. Bien que transformée en chapelle, son aspect était resté inchangé jusque-là.

Près de la mosquée se trouve un bâtiment renfermant un pressoir à huile. De retour sur la cour des armes, le visiteur découvre des jardins, aménagés au siècle dernier. En quittant ces jardins, le visiteur découvre des constructions plus anciennes et divers vestiges de l’édifice d’origine : bains arabes, fours, aqueducs, et la partie accessible du mur d’enceinte. Il est également possible de visiter la tour octogonale, qui offre un point de vue sur la ville.

Enfin, la visite se termine par le palais baroque construit au XVIIe siècle. Il complète judicieusement la visite, en permettant de découvrir une autre époque, représentée au sein du même bâtiment. En plus des salons bourgeois de la demeure, on y trouve l’ancienne pharmacie du village, où règnent le bois et les flacons.

Visiter l’Alcazar de Jerez de la Frontera ne permet pas de voir quoi que ce soit de nouveau par rapport aux précédentes visites des Alcazars de Séville ou Cordoue. Cependant, c’est une visite très intéressante, qui résume bien l’Andalousie. La visite audioguidée m’a pris deux heures, et coûte 5€. J’y suis allé dès l’ouverture, à 9h30. La pluie a très vite cessé, ce qui m’a permis de prendre de belles photos, au début sans personne.
Un petit tour en ville
Le bus pour retourner à Séville est prévu pour 16h. Ce qui m’en laisse bien cinq pour découvrir un peu plus la ville de Jerez et quelques autres monuments. Une petite promenade qui va compléter celle de la veille, quand la pluie a cessé. Voici une liste de ce que j’ai vu.
Le couvent San Domingo
En 1266, le roi Alphonse X de Castille décide de construire la première église en dehors des fortifications de Jerez de la Frontera.
Par chance, la messe se terminait alors que j’arrivais devant le couvent San Domingo et j’ai pu visiter l’église. Sa particularité est qu’elle dispose de deux nefs perpendiculaires. Il y a de beaux retables, notamment dans la chapelle du rosaire. Le couvent San Domingo présente un mélange de styles, allant du style mudéjar au style Renaissance en passant par le gothique.


Le centre de flamenco
Dans un bâtiment avec un charmant petit patio, on en apprend plus sur le flamenco. On y trouve un film avec de la danse, des tableaux et une bibliothèque. Quel meilleur emplacement que le quartier Santiago pour ce lieu visant à préserver ce patrimoine andalou ?

D’autres endroits en vrac
Je suis passé plusieurs fois sur la Plaza del Arenal, la place principale de Jerez de la Frontera. Longtemps, la place a été animée par des duels, des tournois et des spectacles. Au centre se dresse une statue équestre de Miguel Primo de Rivera. Chose peu commune, puisque c’est une statue du dictateur ayant dirigé l’Espagne de 1923 à 1930. Ayant donc régné avant 1931, il échappe ainsi à la loi sur la mémoire historique et sa statue peut donc théoriquement rester sur la place. En revanche, cela crée une vive controverse en ville.

Au sud de la place del Arenal, l’église San Miguel était malheureusement fermée, mais j’ai été surpris par la richesse ornementale de sa façade et son style baroque. Elle présente un portail monumental encadré de colonnes torsadées finement sculptées et de niches abritant des statues. L’ensemble s’élève sur tout le clocher et renforce l’impression de hauteur de celui-ci. D’après ce que je lis sur internet, l’intérieur mérite une visite !

Le dimanche soir, je me suis promené à l’ouest de la cathédrale, un quartier aux maisons blanches parcouru par un réseau de ruelles, une sorte de médina de Jerez de la Frontera.

J’y ai par exemple trouvé la place de l’Ascension, entourée par l’ancienne mairie, l’église de San Dionisio et le palais de la comtesse de Casares. L’ancienne mairie se compose de deux parties. A droite, un bâtiment de style Renaissance avec trois portes, dont les deux petites encadrant la porte principale sont surmontées d’une statue, l’une d’Hercule, l’autre de Jules César. A gauche, une sorte de halle avec trois arcs en plein cintre. La façade de l’église gothico-mudéjare, portant le nom du saint patron de la ville, est plus austère.

En allant à la gare pour retourner à Séville, je suis passé devant le théâtre Villamarta, de style Art déco. Un bâtiment circulaire semble se cacher derrière une façade à deux tours, qui fait un peu penser à celle d’une église.

Dans la rue Araceli, je passe devant quelques maisons avec des céramiques. Celle du numéro 49 par exemple, attire mon attention.

J’arrive ensuite sur la place du minotaure, au centre de laquelle se dresse une statue d’un minotaure démembré réalisée par Pedro Pacheco Jerez en 2003.

Enfin, les murs du bâtiment de la gare ferroviaire sont blancs et couverts en partie de briques ou d’azulejos. Le bus pour Séville part de la gare routière juste à côté à 16h55. Dans le bus, je recroise par hasard le touriste thaïlandais que j’avais rencontré à Zahara de la Sierra. Décidément, le monde est petit !

Où loger à Jerez de la Frontera ?
Pour ma nuit imprévue à Jerez de la Frontera, j’ai dormi à la Vivian’s Guest House, dans une chambre avec salle de bains commune. J’ai trouvé qu’il était bien situé et qu’il avait un bon rapport qualité-prix. Malheureusement, la météo ne m’a pas permis de profiter du toit-terrasse. L’arrivée était un peu déroutante, car tout se fait tout seul, mais il s’est ensuite avéré que le personnel était sympathique.
Le mot de la fin
Voilà le résumé d’une courte visite de Jerez de la Frontera. Une visite imprévue et qui a plutôt servi d’attente avant le retour en France. Elle est donc fortement incomplète, car trop courte. De plus, elle s’est en partie déroulée au pire moment : un jour de pluie quand tout est fermé. Il est difficile de parler de Jerez de la Frontera sans parler de la boisson locale, qui porte le même nom que la ville ! Et pourtant je l’ai fait, n’ayant pas visité de cave et ne parlerai donc pas du xérès. Car avant l’Alcazar ou la cathédrale, le xérès est l’emblème de Jerez. A défaut de visiter une cave, goûtez au moins un plat local en sauce de Xérès !
Un dernier paragraphe pour expliquer un peu ce qu’est le xérès. Ce qui fait l’unicité du xérès, c’est son processus de vieillissement, la solera. Il implique le mélange de xérès de différentes années. Le tout est conservé dans des fûts de chêne, qui participent au goût spécial du vin. En plus du savoir-faire des maîtres de chais, le xérès doit sa renommée à son terroir, des sols calcaires sous un climat chaud, près de la mer. On trouve plusieurs types de Xérès, en fonction du cépage ou du degré d’alcool.


