
L’histoire de l’Andalousie
Avant de commencer la série d’articles sur mon voyage en Andalousie, voici un petit résumé de l’histoire de cette région, entre influences islamiques et espagnoles. Les deux se sont succédé et ont laissé un mélange de styles, qui ne sera pas sans rappeler mes précédents voyages au Maroc. Comme d’habitude, j’espère que cet article permettra au lecteur de mieux situer les différents monuments qui apparaîtront dans les différents articles.
Avant le début de l’Histoire
L’Andalousie est un territoire riche en peintures rupestres, la faune était en effet riche et les températures plus clémentes que dans une large partie de l’Europe, située plus au nord. La peinture rupestre de Nerja, datant d’il y a 42000 ans, pourrait être la plus ancienne œuvre d’art connue. C’est sûrement l’une des dernières terres à accueillir les hommes de Néandertal. Le travail de la terre et l’élevage arrivent d’Egypte vers -6000 ans et les échanges commerciaux commencent à se développer. Entre -3000 et -2000, des dolmens se dressent dans la région. Vers -1900, l’âge du bronze commence dans le sud de l’Espagne. Les Tartessiens occupent le territoire de l’Andalousie, où se trouve d’importants gisements miniers.
Le développement du commerce et l’influence de diverses civilisations durant l’Antiquité
Aux alentours de -1000, les Phéniciens échangent des parfums, de l’ivoire, des bijoux, du vin ou des étoffes contre du bronze et de l’argent. Ils fondent de premiers comptoirs, dont Cadix vers -1100. Au VIIe siècle avant J.-C., les Grecs fondent également des comptoirs commerciaux et participent aux échanges. Ces peuples de Méditerranée orientale apportent avec eux l’écriture, le vin et l’olivier.
Au VIe siècle avant J.-C, Carthage, qui est une ancienne colonie phénicienne, se développe et domine le commerce en Andalousie. Elle va en disputer le contrôle avec Rome, qui remporte les guerres puniques. L’Andalousie devient une riche province de l’Empire romain, qui y construit des aqueducs, des temples et des amphithéâtres. Le latin est la base des langues parlées dans la péninsule. Elle fournit à l’Empire du blé, de l’huile, du vin et des métaux.
Les invasions de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen-Âge
Le grand mouvement de populations germaniques sous la pression des Huns à la fin du IVe siècle voient les Wisigoths s’installer en Espagne. Ils font de Tolède leur capitale. Mais la domination des Wisigoths sur le territoire ibbérique n’est pas franche et des conflits internes minent leur pouvoir. En 711, une armée berbère conquièrent la péninsule et répandent l’Islam. Seule une enclave au nord, dans la zone montagneuse des Asturies, résiste à l’envahisseur. Mais en ce VIIIe siècle, elle ne constitue pas une menace pour la région d’Al-Andalus. Durant leur domination, les musulmans construisent des mosquées et des palais, des universités et des bains publics. Face à l’impôt, les chrétiens se convertissent ou rejoignent les régions du nord échappant au contrôle musulman.
L’Andalousie musulmane
L’émirat de Cordoue
Jusqu’en 750, le califat omeyyade règne de l’Asie centrale à l’Espagne. Mais les Abbassides les renversent et Abd al-Rahman, un Omeyyade, parvient à s’échapper et fonde l’émirat de Cordoue en 756. Il unifie Al-Andalus pendant 250 ans. Cordoue connaît un développement spectaculaire et devient un centre important d’astronomie, de mathématiques, de médecine, de philosophie… Au Xe siècle, le général Al-Mansour organise une cinquantaine de razzias dans le nord chrétien et détruit la basilique Saint-Jacques-de-Compostelle. Après sa mort, l’émirat devenu en 929 un califat, éclate en plusieurs petits royaumes.
L’arrivée des Almoravides puis des Almohades
Au milieu du XIe siècle, Séville devient le plus puissant de ces petits royaumes et la paix refait surface. Mais au nord, les Etats chrétiens s’organisent et en 1085, la Castille prend Tolède. Face à eux, Séville fait appel aux Almoravides, qui ont conquis le pouvoir au Maroc. Ces berbères rigoristes remportent la victoire face au roi de Castille Alphonse VI et prennent le contrôle d’Al-Andalus. Mais en 1143, une révolte éclate face à leur rigueur religieuse.
Au Maroc, les Almohades renversent les Almoravides et conquièrent Al-Andalus en 1173. Ils font de Séville leur capitale et développent l’enseignement et l’art. En 1195, leur roi Yousouf Yacoub al-Mansour écrase l’armée de Castille. Mais en 1212, la Castille, l’Aragon et la Navarre se liguent contre lui et le battent une première fois. Douze en plus tard, les Almohades se retrouvent pris dans un conflit successoral. Les royaumes chrétiens de Castille, de Léon, d’Aragon et du Portugal en profitent et s’emparent de Cordoue en 1236 ou encore Séville en 1248.
L’émirat nasride de Grenade
L’émirat nasride tient son nom de Mohammed ibn Yousouf ibn Nasr, qui se taille un royaume dans le territoire contrôlé par les Almohades. Comprenant les actuelles provinces de Grenade, Malaga et Almeria, il constitue le dernier flamboiement de la culture musulmane en Espagne. L’émirat nasride atteint son apogée au XIVe siècle. Mais en 1476, il refuse de continuer à verser un tribut à la Castille. Mauvaise idée car trois ans plus tard, la Castille et l’Aragon s’unissent par le mariage de Ferdinand d’Aragon avec Blanche de Castille. Ainsi rassemblés, les deux plus puissants États de la péninsule ibérique se lancent dans la dernière phase de la reconquête en 1482. Ils s’emparent de Malaga en 1487 et enfin de Grenade en 1492, après un siège de huit mois.
L’Andalousie chrétienne
L’Andalousie aux premières année post-reconquête
Si lors de la reddition de Grenade, les Rois Catholiques avaient promis la liberté de culte aux musulmans, qui étaient nombreux à avoir trouvé refuge dans l’émirat de Grenade au fur et à mesure de la Reconquista, ils reviennent assez rapidement sur cet engagement. Ils expulsent les musulmans d’Espagne, ainsi que les Juifs, que l’on retrouvera en grand nombre à Amsterdam. Ce sont les juifs Séfarades. Ils subissaient déjà des pogroms au siècle précédent et trouvaient refuge dans l’émirat de Grenade.
Les terres sont attribuées aux nobles ayant participé à la reconquête, mais ceux-ci préfèrent l’élevage de moutons à la mise en culture. La production de laine devient une importante activité économique de l’Andalousie, tandis que les souverains délèguent le commerce et la finance. Ils s’entourent néanmoins d’érudits et sont à l’origine d’une renaissance culturelle andalouse.
Le royaume fait face à plusieurs révoltes dues à la conversion des musulmans d’Espagne. En 1500, l’Inquisition impose des baptêmes forcés, entraînant des révoltes. Dans un but d’unification de la population, le roi Philippe II interdit aux morisques, les musulmans convertis au Christianisme, d’utiliser la langue et les prénoms arabes. Cela entraîne une révolte de deux ans, de 1567 à 1569. Le roi Philippe II déporte les morisques à l’ouest de l’Andalousie puis de 1609 à 1614, le roi Philippe III les expulse d’Espagne.
Au total, ce sont plus de 500 000 personnes qui sont expulsées d’Andalousie. Cela provoque une grave crise économique, malgré les politiques de repeuplement initiées au XVIIe siècle.
La découverte de l’Amérique
L’âge d’or de l’Andalousie chrétienne correspond au XVIe siècle, avec la découverte de l’Amérique. Ce sont les Rois Catholiques qui financent le premier voyage de Christophe Colomb. Ce dernier part pour l’Inde via l’océan Atlantique, il trouve de nouvelles terres. Un nouveau commerce débute au départ du port fluvial de Séville. L’Andalousie devient le centre économique de la péninsule ibérique. Les colonies espagnoles d’Amérique envoient de grosses cargaisons d’or et d’argent vers Séville, où le pouvoir prélève un cinquième de la valeur sous forme de taxes. Séville devient un port d’importance mondiale, jusqu’au XVIIe siècle.
La fin de l’âge d’or espagnol
Cependant, cette période d’opulence touche à son terme au XVIIe siècle. L’import massif d’or et d’argent entraîne une dévaluation de la monnaie et de l’inflation. L’Espagne s’engage dans plusieurs guerres européennes coûteuses et ne développe pas assez son industrie. De plus, son agriculture souffre car trop orientée vers l’élevage. Le port de Séville s’envase et le commerce avec l’Amérique se fait désormais dans le port de Cadix. Malgré quelques avancées, comme la construction de routes ou le développement des cultures de céréales, la région décline, un gros coup lui étant porté par l’indépendance des colonies américaines. Deux lois, de 1836 et 1855, mettent en vente aux enchères les terres de l’Eglise. L’objectif est de renflouer les caisses mais cela prive les paysans de lieux de pâturages communaux. S’il existe une classe bourgeoise et noble riche, une grande partie de la population se compose d’ouvriers agricoles pauvres.
Notons tout de même un événement important : c’est à Cadix, en 1812, alors que les Français en font le siège, que le Parlement adopte la première Constitution espagnole. La Première République est proclamée bien plus tard, en 1873, mais ne dure qu’un an, en absence de gouvernement stable.
Mais globalement, la situation n’est pas glorieuse. Après les famines et les épidémies du XVIIe siècle, l’Andalousie entre dans une crise économique. Trois quarts de la population sont des familles de paysans sans terre. Le pouvoir réprime les émeutes des paysans, qui sont de plus en plus tentés par les idées de l’anarchiste russe Mikhaïl Bakounine. Ce dernier défend le sabotage et les grèves pour mener à une révolution spontanée menant à une société libre avec une coopération des différents groupes populaires. Ces problèmes s’étendent petit à petit à tout le pays et aboutissent en 1936 à la guerre civile espagnole.
L’Andalousie moderne
La guerre civile espagnole
En 1923, un général met en place une dictature militaire avec la coopération du syndicat socialiste de l’Union General de Trabajadores. Mais des difficultés économiques et le mécontentement de l’armée entraînent son éviction. Le mouvement républicain remporte les élections municipales de 1931. La Seconde République qui naît alors voit une forte opposition entre la gauche et la droite. Ces derniers remportent l’élection de 1933. Les forces communistes appellent à la révolution et en 1936, une coalition de gauche remporte de justesse l’élection. Le pays est entraîné dans une spirale de violence. Si un million et demi de paysans adhèrent au parti anarchiste et s’approchent de la révolution, c’est de l’extrême droite que proviendra la révolte. La garnison espagnole de Melilla, de l’autre côté de la Méditerranée, se soulève, et reçoit le soutien d’autres garnisons. La guerre civile débute.
La guerre civile oppose les nationalistes au gouvernement républicain. Les deux camps commettent des massacres dès les premières semaines de la guerre. Les nationalistes gagnent rapidement du terrain en Andalousie, grâce aux ralliement des garnisons locales. L’est de la région reste cependant sous contrôle républicain jusqu’à la fin de la guerre. Les puissances européennes interviennent dans le conflit. L’Allemagne nazie et l’Italie fasciste s’engagent aux côtés des troupes nationalistes tandis que la Russie soviétique soutient le gouvernement républicain, bien que Staline élimine d’abord ses opposants anarchistes.
La guerre se termine le 1er avril 1939, après que les nationalistes aient pris le contrôle de Barcelone et de Madrid. Le général Francisco Franco, à l’origine du complot de Melilla, prend le pouvoir, après une guerre ayant coûté la vie à 350 000 personnes.
L’Andalousie sous la dictature
Cent mille personnes meurent dans les prisons du pays. Franco exerce un pouvoir absolu : il met en place un parti unique et supprime le droit de grève ainsi que le divorce. Le pays ne s’engage pas dans la Seconde Guerre mondiale mais à la fin de celle-ci, l’ONU déclare un embargo commercial sur le pays. En Andalousie, où l’agriculture est historiquement peu développée, les conséquences sont graves sur les populations pauvres. 1.5 millions de personnes se déplacent pour trouver du travail plus au nord dans les années 1950 et 1960. Le tourisme se développe rapidement, offrant quelques opportunités professionnelles. Dans les années 1970, l’électricité ou l’eau sont encore manquantes dans de nombreux villages d’Andalousie et l’illettrisme est encore présent dans les zones rurales.
Le retour de la démocratie
A la mort de Franco en 1975, le prince Juan Carlos monte sur le trône. Avec son Premier ministre Adolfo Suarez, il est un important acteur de la démocratie retrouvée. Un système parlementaire renaît, ainsi que les partis politiques, les syndicats et le droit de grève. Une vague de libéralisation s’abat sur le pays. En 1982, le parti socialiste ouvrier espagnol remporte les élections. Le Premier ministre, Felipe Gonzalez, vient de Séville. Quatre ans plus tard, l’Espagne rejoint l’Union Européenne et connaît un rebond économique. L’Espagne a un système d’autonomie régionale, où chaque région dispose d’un Parlement régional. Le gouvernement est issu du parti qui gouverne l’Andalousie depuis Séville. Ce parti y mène une politique d’emplois ruraux, des indemnités chômage plus généreuses et crée de nombreuses zones protégées.
En 1996, le Parti populaire (centre-droit) remporte les élections et la relance économique continue. L’UE offre d’importantes subventions à l’agriculture locale, le tourisme est en plein essor et le chômage atteint 13%. Bien que ce taux soit le plus élevé d’Espagne, il n’a jamais été aussi bas en Andalousie. Malheureusement, la région est durement touchée par la crise économique de 2008, qui fait rebondir le chômage à 36%. Fin 2018, le Parti socialiste ouvrier espagnol perd l’Andalousie. La situation politique est marquée par l’irruption d’un nouveau parti Vox, d’extrême-droite, qui obtient douze sièges, une première en Espagne. La scène politique espagnole se partage désormais entre cinq partis, le Parti populaire remportant les élections de 2022 en Andalousie.


